BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

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REVUE DE PRESSE

Big Bang n°71 - Hiver 2008-2009

Quand le rock progressif fait la une des journaux, c’est en général mauvais signe, ou plus exactement, parce qu’il y a une mauvaise nouvelle à annoncer. On a pu le vérifier en septembre dernier : deux ans après la mort de Syd Barrett, Pink Floyd a encore fait largement parler de lui – cette fois lors de la disparition aussi triste qu’inattendue de Richard Wright. Au moins celui-ci a-t-il reçu les hommages qu’il méritait. Tous, en effet, insistent sur le rôle-clé que ce musicien discret et sous-estimé a joué dans la formidable montée en puissance du groupe de Waters et Gilmour entre 1971 et 75. «Déjà dans l’ombre du fantôme de Syd Barrett», a écrit Y. Bigot dans Libération (17/09), «puis brutalisé par la paranoïa dominatrice de Waters et écrasé par la virtuosité de Gilmour, le dandy mélancolique Rick Wright était l’âme de Pink Floyd». Dès la première période, ses envolées d’orgue, ses touches de piano free donnent un son étrange, «dérangé», à la musique du groupe. C’est ensuite la période planante et la prise de distance par rapport au blues et au folk de l’époque, qui s’appuient sur «les coulées haschischines de Wright, ses sonorités aigres et sinueuses, ses trilles et dissonances sidérales» qui font de Pink Floyd «l’ovni des temps More». Mais quand le groupe prendra le chemin de la pleine maturité, c’est encore lui, inspiré par Miles Davis, qui invente «les notes épurées de piano électrique ciselant le silence, et les progressions harmoniques d’Echoes». Et un peu plus tard, le timide claviériste signera les musiques essentielles de ‘Time’, ‘The Great Gig in the Sky’ et ‘Us & Them’, et «contribuera largement au plus pur des morceaux du Floyd, ‘Shine on You Crazy Diamond’».

Dans Le Monde (18/09), Bruno Lesprit s’est demandé pour sa part «ce que serait le son de Pink Floyd sans les orgues, synthétiseurs et pianos de ce musicien autodidacte (…) personnalité la plus effacée d’une formation déjà peu réputée pour son extraversion». Peu porté sur l’esbroufe technique, «à l’inverse d’autres claviéristes du rock progressif comme Wakeman et Emerson», Wright préférait créer des atmosphères en travaillant sur la texture, «dans l’esprit du jazz et de Miles Davis, le musicien qu’il admirait le plus». Et Lesprit de rappeler la contribution de Wright à la construction du son psychédélique, puis son rôle essentiel dans les B.O. des films More, La Vallée et Zabriskie Point.

Mojo septembre 2008

Lesprit raconte ensuite sa marginalisation progressive, quand le fonctionnement de Pink Floyd se met à ressembler à celui «d’une cellule stalinienne des années 50» (Wright prend part à la tournée de The Wall en tant que simple musicien salarié, «ce qui lui permettra ironiquement d’échapper à son naufrage financier»). Puis ce sont les années noires, de l’exil intérieur et du doute, jusqu’à sa réintégration par Gilmour et sa participation aux concerts et aux albums des années 80 et 90 - sans qu’il n’ait jamais vraiment retrouvé pleinement sa place. Dans l’interview (une de plus !) qu’il a donnée dans le n° de septembre de Mojo, quelques jours ou quelques semaines avant le cancer fulgurant de Wright, David Gilmour parle de celui qui est toujours resté son ami et a adoré jouer sur son dernier album solo On An Island : «Au début des années 80, il était facile d’oublier les talents de Rick, parce qu’il les avait oubliés lui-même. Mais il est sorti de sa coquille. Bien sûr, Rick a toujours été un peu ronchon. Il dit toujours des trucs du genre : ‘Ma foi, ce n’est pas vraiment la direction musicale qu’à mon avis nous devrions prendre...’ Il a dit ça de tous les disques que nous avons faits. C’est Rick, il faut le prendre comme il est».

Wright avait participé au Live 8, et à l’hommage à Syd au Barbican, en 2006, avec Mason et Gilmour. Il aurait sûrement été de la partie en cas de réunion du groupe. Gilmour revient une fois de plus sur le sujet (à la demande du journaliste, car la question l’exaspère profondément) : «Je mesure à quel point cette histoire de reformation de Pink Floyd est importante pour un grand nombre de gens. Mais elle ne l’est pas pour moi. J’ai connu certains des plus beaux moments de ma vie et nous avons créé de la musique magnifique, mais le refaire serait un truquage. A mon âge, je suis profondément égoïste et j’ai envie de me faire plaisir. Je ne ferai plus jamais de tournée avec Pink Floyd». Mais on ne lui posera plus jamais la question, car la mort de Wright a mis définitivement un terme aux spéculations sur la renaissance du Floyd. Point final.

L’espoir de voir renaître de ses cendres leur groupe favori étant définitivement enterré, les fans de Pink Floyd pourront cependant se consoler avec les concerts des tribute bands auxquels Télérama à consacré un copieux dossier le 30/07/08. L’auteur de l’article, Stéphane Jarno, s’attarde particulièrement sur le cas des Australian Pink Floyd, formation hyper-professionnelle (aussi remarquable et efficace que The Musical Box), qui a beaucoup impressionné Waters et Gilmour et commence à tourner de plus en plus souvent dans nos contrées. Grâce aux APF, des spectateurs anglais ont pu avoir l’illusion de voir remonter sur scène – au Royal Albert Hall, ni plus ni moins – les créateurs de Dark Side of the Moon. «Le concert vient de débuter. Dès les premiers accords, on retrouve la magie du son Pink Floyd, ce mélange unique de blues lourd, de violence contenue et d’envolées psychédéliques, la voix âpre de Waters, la Stratocaster légendaire de Gilmour. Pas le moindre dérapage, pas une once d’improvisation, tout est joué à la note près. Seule différence frappante : un étrange kangourou rose s’invite périodiquement sur les images projetées sur scène (…). Les Pink Floyd australiens ont voulu marquer leur différence».

S. Jarno rappelle que le phénomène existe depuis toujours. Il y a un demi-siècle, des clones de Sinatra ou de Cliff Richard écumaient déjà les pubs de banlieue et les casinos de province. Mais depuis une dizaine d’années sont apparus de véritables pros, capables de vivre de leur art. Et les petits théâtres des débuts ont été remplacés par de gigantesques salles. «Tête de file de l’élite des tribute bands (avec The Musical Box), les APF, originaires d’Adelaïde, existent depuis 20 ans. Eloignée des grandes tournées internationales et trop peu peuplée pour constituer un marché intéressant, l’Australie se prête particulièrement bien à l’exercice de l’«hommage». «Hormis 3 ou 4 concerts confidentiels au début des années 70», explique Colin Wilson, membre fondateur des APF, «les Australiens ont dû attendre 1988 pour voir les Pink Floyd. Du coup, nous avons pris les choses en main et nous sommes débrouillés tout seuls. Ce n’est pas un hasard si les plus grands tribute bands viennent de l’Australie : là-bas, il n’y avait pas d’autre choix !». En 88, Wilson et ses compères étaient les seuls à faire ça, et ce type de groupes s’appelait encore cover bands («groupes de reprises»). C’est en 1993, à la demande d’une convention mondiale des fans de Pink Floyd, que les APF sont partis jouer en Angleterre et que tout a vraiment démarré. Ils sont maintenant installés à Londres, mais l’énorme machinerie que sont devenus leurs shows est désormais trop coûteuse pour leur permettre d’aller jouer en… Australie ! (A quand des clones de clones ?)

Les APF ont été adoubés par Waters et Gilmour, qui les ont fait jouer lors de leurs fêtes d’anniversaires ou les ont parfois rejoints sur scène. Hormis le kangourou rose et l’accent australien, il n’y a quasiment aucune différence avec l’original. Et de toute façon, commente Wilson, «pas question de prendre des libertés avec leur musique. Nous avons trop de respect pour eux, et les gens qui viennent nous voir n’attendent pas qu’on en fasse trop». De fait, au Royal Albert Hall, règne un recueillement inhabituel pour un concert de rock. On applaudit à tout rompre, mais entre les morceaux. Quand un fan s’agite et manifeste un peu trop fort son enthousiasme, il est courtoisement rappelé à l’ordre. «Pour un peu», conclut St. Jarno, «on se croirait à Salzbourg pendant le festival Mozart. Le rock progressif, nouvelle musique classique ?».

Classic Rock été 2008

Déception avec le numéro de 122 (été 08) de Classic Rock. On pouvait croire avoir affaire à un numéro annuel spécial Prog comme les deux années passées. Mais le dossier se limite cette fois à un Bonus CD (Prog Spawn. Brain Melting New Prog from Both Sides of the Pond) et à une interview (encore, diront certains) de Rush à la veille d’un concert à Las Vegas.

Sur le premier, pas grand-chose à dire, sinon qu’on a l’impression d’avoir affaire au Christmas CD du fan-club de Mostly Autumn. Sur douze titres, hormis l’extrait du dernier album Glass Shadows, trois ont un lien direct ou indirect avec le groupe de Bryan Josh, s’agissant de titres extraits d’albums d’Odin Dragonfly (le side-project d’Heather Findlay), Panic Room (le groupe d’Anne-Marie Helder, nouvelle co-chanteuse de M.A.) et Breathing Space (la formation de Iain Jennings, copie conforme de son groupe d’origine, avec chanteuse romantique, robes à froufrous et soli floydiens). Les autres groupes présentés sont, sans surprise, Big Big Train, Pineapple Thief, Manning ou No-Man, et, pour le hard-prog, Mystery et Touchstone. Pas de coup de cœur comme les années passées avec Amplifier ou Circulus.

Pour ce qui est de l’interview de Rush, elle confirme ce qu’on savait déjà : à savoir que nos trois Cannucks sont de drôles de rockers, préférant, pendant les temps libres des tournées, prendre des cours de français (lors de la série de concerts donnés au Québec - il serait temps, pour des Canadiens !) ou jouer aux voitures téléguidées plutôt que de fumer des joints ou de fricoter avec des groupies. Plutôt que de brûler la vie par les deux bouts, le trio a réussi à survivre envers et contre tout, au point de constituer un modèle dont beaucoup de groupes seraient bien avisés de s’inspirer. Ignorés des medias, de MTV et du Hall of Fame, Rush bénéficie du soutien «d’un réseau souterrain extrêmement complexe», un peu à la manière de Marillion, mais à une échelle encore plus vaste.

Autres secrets du groupe, dont le public rajeunit et se féminise d’année en année : une capacité d’adaptation hors du commun («Stylistiquement, tant de groupes n’ont pas survécu aux 70s, 80s et 90s parce qu’ils n’ont pas su s’adapter, alors que pour nous c’était une question de vie ou de mort», explique Neil Peart), et un détachement délibéré par rapport à la mystique des rock stars («Nous sommes tout à fait transparents, et c’est intentionnel, car nous refusons cette mystique»).

Il faut dire qu’après les épreuves qu’il a endurées, il est compréhensible que Neil Peart et, avec lui, ses deux compères soient devenus philosophes. CR rappelle avec pudeur ce que Part a raconté dans son livre Ghost Rider. Le 10 août 1997, Neil et sa femme Jackie avaient embrassé leur fille Selena, qui devait regagner en voiture Toronto pour y commencer ses études à l’université. Le soir même, vers minuit, ils entendirent sonner à leur porte. C’était le chef de le police locale, avec un fax à la main : «Nous avons essayé de lire les phrases qui étaient écrites sur le papier, de trouver un sens à l’incompréhensible, de croire l’inacceptable. Mon esprit tentait désespérément d’absorber ces mots : ‘Accident impliquant une seule voiture… aurait apparemment perdu le contrôle… tuée sur le coup.’ Quelques heures plus tôt, Neil avait regardé un documentaire à la télévision sur la terrible odyssée des Mormons dans l’Ouest américain en 1847. Le film citait le témoignage d’une femme ayant réchappé aux épreuves que la communauté avait traversées : «La seule raison pour laquelle je suis encore en vie est que je ne pouvais pas mourir». Cette terrible phrase devait le hanter dans les mois qui suivirent. Il devint vite évident que l’univers de sa femme s’était complètement effondré. «Elle ne fut plus jamais la même». Quelques mois plus tard, un cancer en phase terminale fut diagnostiqué («Les médecins appelèrent ça un cancer, mais c’était un cœur dévasté»), et un «deuxième cauchemar commença». Jackie Peart mourut 10 mois après sa fille, en juin 1998. Après avoir informé ses deux compagnons qu’il mettait une croix sur sa carrière avec Rush, Neil sillonna à moto l’Amérique du Nord pendant 14 mois, pour tout oublier. Mais très vite «au plus profond de mon chagrin et de mon désespoir, quelque chose en moi sembla déterminé à continuer. Quelque chose devait renaître». Pour CR, il ne fait aucun doute que «les répercussions de la double tragédie se font encore sentir aujourd’hui», et qu’elles sont «partiellement responsables de la spectaculaire renaissance du groupe».

Brève de comptoir. On conseillera de tendre une oreille au dernier album (Avatars) de William Sheller, que Le Monde a rencontré le 25 octobre dernier. Avec «cordes et voix, rythmiques, tourbillons de voix, et beaucoup de guitares», explique Sylvain Siclier, le dernier opus du créateur de «My year is a day» met en relief la part pop et rock qui a toujours structuré sa pensée musicale. Le son anglas des années 60 et 70, des Beatles, de Procol Harum, des Moody Blues, les expérimentations de King Crimson… «Il y a cette écriture d’une époque qui se découvrait au jour le jour dans l’expérimentation, le mélange. Il y avait une telle soif de faire plus avant-garde que le copain, de trouver des sons ! Un nouveau truc chaque semaine». Ah, nostalgie, quand tu nous tiens !

Volume été 2008

Pour finir, on a testé pour vous… le n°2 (juillet-août 2008) de Volume, nouvelle publication consacrée au rock et appendice des Inrockuptibles. La raison de l’apparition de ce nouveau Magazine Musical (c’est son sous-titre) dans un paysage déjà bien encombré tient vraisemblablement à l’effritement lent mais sûr du lectorat de l’organe des preux chevaliers défenseurs du rock pur et dur des années 80. Les dandys punkoïdes du début des eighties de triste mémoire sont en effet devenus 25 ans plus tard des quadras bobos bon teint bien installés, formant les gros bataillons de l’électorat de Bayrou, que les fatwas esthétiques des Inrocks (qui parlaient de moins en moins de musique et de plus en plus d’autre chose) ont peut-être fini par lasser. D’où cette tentative de renflouement, après le lancement d’un supplément TV il y a quelques années mais qui n’avait pas eu le succès escompté. Mais vu le résultat, il est douteux que l’objectif recherché soit une nouvelle fois atteint.

Le fait que la moitié des articles soient rédigés par Christophe Conte et JD Beauvallet n’augurait rien de bon. Peut-être, malgré tout, pouvait-on espérer que l’apparition de nouveaux courants musicaux (on ne citera que Radiohead) depuis, mettons, le milieu des années 90, aient incité ces «incorruptibles» à mettre un peu d’eau dans leur sectarisme. Eh bien non.

On passera sur l’indigence du sommaire de cette pâle copie du Q Magazine britannique. Avec deux articles potables sur Christophe et les 50 ans de la bossa nova, la seule chose à sauver est un papier bien pensé sur Coldplay, où le même Ch. Conte prend curieusement la défense du groupe de Chris Martin, tête de turc d’une certaine presse britannique («groupe chiant d’une époque chiante, équivalent sonore d’un épinard flétri», selon The Independent). Le fait est qu’après l’usine à tubes que fut le précédent album X & Y, Ch. Martin a confié les manettes de l’album suivant (Viva la Vida) à Eno pour un lifting salvateur. L’ancien compère de Fripp a su apporter «ce petit décalage accidentel qui fait basculer une chanson d’autoroute dans un décor inattendu». Autre influence bénéfique «obligeant à considérer Coldplay avec une oreille neuve» : «l’empreinte de Pink Floyd», qui se révèle encore plus profonde qu’auparavant, notamment quand Martin emprunte à Waters sa manière de «construire des mélodies comme échappées d’un brouillard sensoriel, dans un état appartenant plus volontiers à la lévitation qu’à l’enracinement pop». Plusieurs titres conjuguant rythmiques martiales et chant flottant sont «nimbés d’un écho floydien du meilleur effet». Et, conclut Conte, «il ne manque à ‘42’ qu’un filament de guitare à la Gilmour pour figurer sur une version modernisée de Dark Side of the Moon».

Ch. Conte devait avoir un coup dans le nez en écrivant son article, car dans le reste du numéro règne le musicalement correct le plus rigoriste, donnant la pénible impression que l’histoire du rock a commencé en 1977, et que le temps s’est arrêté au début des années 90. On en voudra pour preuve l’inévitable dossier «Les 200 disques qui ont changé le rock» où l’on relève bien évidemment une sur-représentation de la période 1977-1992, et où les plumitifs susnommés nous resservent leurs éternels poncifs sur l’«urgence rock». Sectarisme ou inculture crasse (ou les deux à la fois), les lacunes sont trop nombreuses pour qu’on perde son temps à les relever… In The Court of the Crimson King a malgré tout droit à une notule, en tant qu’«acte de naissance du prog, pour le meilleur et pour le pire» : «Tout le rock progressif s’est engouffré dans ces narines-là. Pas de Van der Graaf Generator ni de Genesis sans cette gueule béante et hallucinée. Robert Fripp y transgressera en 1969 toutes les règles du rêve ouaté pour imposer les siennes, à la fois sophistiquées et baroques, aventureuses et perfectionnistes. Son ‘Epitaph’ sera la genèse d’un mouvement de fond pas toujours regardant sur la valeur de ses disciples pompeux [ ? - sic], mais ici au zénith d’une poésie encore fraîche et aérienne».

Même traitement pour Dark Side of the Moon qui, lui, a droit à dix lignes (à côté d’une page entière pour le Velvet Underground) : «Grand Barnum ampoulé pour les orphelins de Syd Barrett ou œuvre cosmique digne de 2001 Odyssée de l’Espace pour les autres, le plus célèbre des albums de Pink Floyd reste un sujet de division. Pendant longtemps miroir repoussant chez les amateurs de rock lapidaire, il est revenu en grâce lorsque l’expérimentation est venue supplanter l’instinct, aussi bien chez Radiohead que chez Air».

Ce sera tout pour le prog, sur un dossier de 40 pages. Ah non, j’oubliais la hargne dont Christophe Conte semble poursuivre Yes. Quand il consacre une notule aux Buggles, c’est pour préciser aussitôt que le duo Downes-Horn eut ensuite «la mauvaise idée de rejoindre les dinosaures de Yes». Et quand il parle du groupe hip-hop / blue-eyed soul N*E*R*D, c’est pour signaler illico avec horreur qu’il a commis le crime inouï de reprendre «Owner of a Lonely Heart» : « Le retour redouté. On n’était pas pressé de le voir revenir. Yes période 80’s… Emblème du rock progressif pompier des 70’s, Yes fut un malfaisant récidiviste. En 1983, alors qu’on le pensait hors d’état de nuire, cet embarrassant phénix renaissait de ses cendres (…). On retrouve, un peu gênés, ce son métallique et ces effets synthétiques bon marché sur un morceau du dernier album de N*E*R*D. Alors, heureux ? Euh, pas trop, non.» (Conte aurait sûrement crié au génie si 90125 avait été signé par n’importe quel autre groupe.)

Mais, Christophe, sache que tu n’es pas seul. La médecine a fait de grands progrès. Ce genre de troubles obsessionnels se soigne maintenant très bien. Il faudrait juste que tu te fasses une raison : le temps a passé ; les eighties, Duran Duran et Billy Idol, les vestes à paddings et aux manches retroussées, les nouveaux romantiques, la new wave hard et cool et toutes ces inepties, c’est fi-ni.¹

Philippe BABO

¹ Je me suis replongé avec délectation dans Les mouvements de mode expliqués aux parents d’Hector Obalk (Laffont 1984), dans lequel toutes ces vieilleries sont décrites par le menu (avec le ska, les New Waves hard, cool et fun, le post-punk, le punkabilly et j’en passe…). C’était déjà drôle à l’époque. Aujourd’hui, c’est à mourir de rire. Les paddings sont de larges épaulettes, pour ceux qui ne s’en souviendraient pas.