BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

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REVUE DE PRESSE

Big Bang n°69 - Printemps 2008

Qui l’eût cru, le rock progressif est en passe de devenir un «marronnier». Pour ceux qui l’ignorent, un «marronnier», dans le langage de la presse, est un de ces sujets bateaux qu’affectionnent les journalistes en mal de copie, et que l’on voit réapparaître une fois tout les six mois, du genre : «Où vit-on le mieux en France ?» (les Yvelines partagent en général la palme avec les Hautes-Alpes), ou «Les primes des fonctionnaires», ou encore «Comment va le moral de Nathalie Baye (ou, en option, Sophie Marceau) ?». Dans la presse musicale, on voit ainsi revenir régulièrement des classements du type «Les 100 meilleurs disques» ou la «Bibliothèque idéale du prog», et même les publications en principe les plus hostiles au genre n’hésitent pas s’y coller – ainsi Q Magazine dans son n°258 de janvier 2008, dans le cadre de sa rubrique «How to buy…». Contre toute attente, le résultat est assez objectif, et – globalement - dénué des âneries et préjugés qu’on a l’habitude de lire dans ses colonnes.

Q couverture

Q fait remonter la naissance du rock progressif aux Beatles, en 1967 : «Après Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band, la musique rock ne devait plus jamais être aussi simple. Le rock progressif devint l’étendard de ces groupes qui exploraient un nouveau monde dans lequel l’album, et non plus le single, était roi, et dans lequel des idées étaient développées dans des compositions durant plus de 2’30». Au début des années 70, c’était là la conséquence naturelle du «gonflement des egos» des musiciens rock : le rock était élevé au rang de Grand Art, ses créateurs voulant être pris tout aussi au sérieux que Mozart. «De même qu’Emerson, Lake & Palmer réécrivirent la musique classique, Genesis élabora des chansons qui sonnaient comme des comptines de nourrice victoriennes, et Pink Floyd créa la bande-son de la course que se livraient les superpuissances pour la conquête de l’espace». L’influence du rock progressif perdure, conclut Q, tandis que les fondateurs du genre nous rappellent une époque «où, dans le rock, tout semblait possible».

Pour Mark Blake, l’auteur du dossier, quatre albums devraient figurer dans toute discothèque essentielle (rubrique «Every home should have one»). En tête de liste, Close to the Edge de Yes. «Peu de groupes incarnèrent aussi bien l’esprit du prog rock des années 70 que Yes (…). Sur Close to the Edge, chaque musicien joue comme s’il jouait d’un instrument soliste. Et cependant, Yes parvient ici à une rare unité, avec une chaleur qui devait faire défaut dans ses œuvres ultérieures. Le morceau-titre à lui seul devait servir de modèle pour tout un courant de musique rock cérébrale qui, via Paranoid Android de Radiohead, «continue encore aujourd’hui avec Hyper Music de Muse, et au-delà».

Viennent ensuite The Lamb Lies Down on Broadway de Genesis («Si on a encore l’impression que le claviériste Tony Banks est payé à l’arpège, certains titres comme ‘Back in NYC’ sont empreints d’une concision qui annonce le type de pop incisive à laquelle excellerait plus tard Peter Gabriel dans sa carrière solo»), Wish You Were Here de Pink Floyd et Moving Pictures de Rush.

Dans la catégorie «Recommandé. Vous ne serez pas déçu», Q range In The Court of the Crimson King de King Crimson («Alors que les années soixante tiraient à leur fin, les groupes de rock se livraient à une course effrénée : c’était à celui qui repousserait le plus loin ses horizons musicaux. KC courut plus vite que les autres. La musique de Crimson était brutale, sans compromis, et inspirée davantage du jazz et du classique que du blues… Des ballades baroques (‘Epitaph’) au heavy-metal avant-gardiste (‘21st C. Schizoid Man’), l’opus inaugural de Crimson ne ressemblait à rien de ce qu’on avait entendu auparavant – et de ce qu’on a entendu depuis».). C’est aussi Fish Rising de Steve Hillage («Un blizzard de soli de guitare transcendantaux»), Absolution de Muse («Une économie de style qui les distingue du reste du troupeau. Les concepts grandioses et l’énergie inépuisable de Muse sont canalisés dans des chansons durant rarement plus longtemps que 5 minutes. Du rock progressif pour la génération post-Nirvana») et Moonmadness de Camel («Piano jazzy et flûtes pastorales : imaginez Traffic ayant viré au prog rock. Idéal pour une écoute à l’horizontale»).

On entre ensuite en terrain plus dangereux, M. Blake invitant le lecteur à la circonspection (dans la rubrique «A ne pas mettre entre toutes les oreilles») avec les trois albums suivants : Pawn Hearts de VDGG («Imaginez les nouvelles d’horreur victoriennes d’Edgar Poe mises en musique, avec des beuglements de saxophone, un orgue gothique et la voix de Peter Hammill faisant penser à un acteur déclamant à longueur de temps des passages de Hamlet… Le morceau final de 23’, ‘A Plague of Lighthouse Keepers’, ressemble à un long râle halluciné. Interrogé en 1976, Johnny Rotten avait avoué être un grand fan de VDGG. On comprend pourquoi»), Aqualung de JethroTull («Une mixture goûtue de flûte, de claviers symphoniques et de guitare hard») et Brain Salad Surgery d’ELP («Les vocaux maniérés de Greg Lake étaient la seule note humaine à côté de la précision scientifique du claviériste Keith Emerson et des expérimentations incessantes du batteur Carl Palmer. Et pourtant, on peut éprouver un certain plaisir masochiste à se complaire dans l’excès. Un peu comme l’équivalent musical d’un fromage fort accompagné d’un porto vieux de 50 ans – avec un arrière-goût amer inévitable»).

Dans la colonne «A éviter. Pour fanatiques exclusivement», le journaliste a classé – allez savoir pourquoi – Olias of Sunhillow de Jon Anderson («Sa voix fluette et ses paroles impénétrables fonctionnaient quand il avait le reste de Yes derrière lui, mais ce concept-album est pour la plus large part [ça n’engage que lui !] insipide. (…) Dépourvu de mélodies, ça ne s’arrange pas quand Anderson se met à psalmodier dans une langue inventée») et… The Pentateuch of the Cosmogony de Dave Greenslade : «Le punk n’a pas tué les groupes de prog de première ligue, mais il a sévèrement mis à mal ceux des deuxième et troisième divisions. Au milieu des années 70, Greenslade (le groupe) vivotait dans le circuit des universités avant que son leader et virtuose des claviers ne commette cette folie en solo l’année de Blondie et de Police [1979]. Concept-album extravagant (avec extraterrestres et langue inventée – encore une !), ce disque était voué à l’échec, à commencer du fait du coût du livret de 47 pages réalisé par l’artiste Patrick Woodroffe et du packaging luxueux».

Pour les paresseux, Q recommande enfin la compilation de 3 CD réalisée en 2003 par Virgin TV à l’occasion de la… Fête des Pères (The Best Prog Rock Album in the World... Ever!). Public visé : les quinquas et quadras ex-babas conservant pieusement dans leurs garages leurs collections de vinyles, et passant leur temps à se lamenter que le rock «n’est plus ce qu’il était». Aux côtés de Jethro Tull et Yes figurent des groupes moins connus comme Egg et Caravan. Cependant, l’inclusion de Van der Graf Generator aurait dû être assortie d’un avertissement : «A tenir hors de portée des oreilles des animaux domestiques, des enfants en bas âge et des épouses». Presque aussi drôle que les blagues de Nicolas Ungemuth dans Rock & Folk… !

Rush, on l’aura noté, fait partie du panthéon de Q Magazine. Le lecteur français est toujours un peu surpris de l’importance qu’occupe le trio canadien aux yeux de la critique anglo-saxonne. Alors que le groupe n’a jamais réussi à s’imposer au même titre que Kansas ou Saga sur le Vieux Continent (comme l’a bien montré Jean-Guillaume Lanuque dans le dossier consacré par BB à la formation en avril 2007, n°65), Rush est une véritable institution en Angleterre et sur le continent américain (40 millions d’albums vendus en un tiers de siècle ; 15 000 exemplaires de Moving Pictures vendus en moyenne chaque mois depuis plus de 120 ans…), au Nord comme au Sud (le trio déchaîne les foules au Brésil – voir la video Rush in Rio quintuple platine de 2003).

Guitar Legends couverture

On en voudra pour preuve le numéro du magazine briton Guitar Legends (fév. 2008) entièrement consacré aux Canadiens. A côté d’une compilation d’articles anciens parus dans Guitar World, Classic Rock et Bass Guitar (trois interviews de Geddy Lee et Alex Lifeson lors des sorties de Different Stages, Vapor Trails et Snakes & Arrows en 1999, 2002 et 2007 respectivement ; une interview-bilan – parfois douloureuse – d’un Neil Part faisant retour sur 30 ans de carrière, par-delà épreuves et heures de gloire, en 2004 ; une « dissection » de douze des plus grands morceaux de la carrière du trio par A. Lifeson en 1996 ; et une leçon de guitare basse par G. Lee en 2007), le dossier comprend une longue introduction historique inédite de J.D. Considine, un panorama des morceaux de l’histoire du rock favoris de Lee et Lifeson, et les transcriptions de 5 hits du groupe : «Limelight», «2112 (Overture/The Temples of Syrinx)», «Red Barchetta», «The Spirit of Radio» et «La Villa Strangiatto»).

Ce numéro spécial montre bien le statut de groupe-culte de Rush aux États-Unis et Outre-Manche, où il parvient à toucher un public bien plus large que les simples progmaniacs. Il faut dire que tant par les influences qu’il a subies à ses débuts, que par l’influence qu’il a pu exercer sur d’autres groupes, le trio occupe une place à part dans le monde progressif, en ce sens qu’il ne s’y est jamais laissé enfermer, sans jamais pour autant perdre son âme.

D’innombrables groupes d’aujourd’hui, de toutes obédiences (on ne parle même pas de Dream Theater et autres groupes prog), ont reconnu leur dette envers Rush, «de Metallica et des Smashing Pumpkins à Primus et Rage Against the Machine», les Canadiens ayant eu le mérite de «placer la barre très haut pour le rock mainstream, à la fois en termes de créativité et de technicité. Apprendre à jouer des morceaux de Rush était une manière pour les jeunes musiciens de prouver ce dont ils étaient capables».

Quant à la liste des artistes et des œuvres ayant «compté» dans les années de formation du duo de choc Lifeson-Lee, elle est très instructive. Le premier ne cite que trois groupes progressifs dans son panthéon personnel (Pink Floyd pour «Comfortably Numb» - qui «lui tire des larmes chaque fois qu’il l’entend», UK pour «In the Dead of the Night», le jeu d’Holdsworth ayant exercé une forte influence sur le sien circa Moving Pictures, et Tool), à côté de Buffalo Springfield, The Who («My Generation»), Jimi Hendrix, Jeff Beck, Eric Johnson, Led Zeppelin («How Many More Times», «Kashnmir») et les Rolling Stones. Quant à Lee, après avoir rappelé sa dette envers Jethro Tull (et le «très sous-estimé Martin Barre»), Genesis («Watcher of the Skies») et Yes (pour le jeu de basse, bien sûr, de Chris Squire, qui forme l’armature - le «squelette» - de toutes les chansons du groupe), il cite lui aussi Led Zeppelin (pour le même morceau, «How Many More Times»), Jeff Beck, les Who (également pour «My Generation»), les Yardbirds, Jefferson Airplane et Cream. Et quand il s’est agi de négocier le tournant pop des années 80, en resserrant le propos du groupe, pour le rendre plus accessible, et marier «l’épique et le concis, le cérébral et le viscéral», les Canadiens, de leur propre aveu, furent très influencé par Police et U2.

S’il a flirté de loin avec la new-wave (notamment en étendant leur palette sonore au moyen de synthés, samplers et séquenceurs – et de courtes incursions dans le reggae et… le rap sur «Roll the Bones»), Rush n’a toutefois jamais cédé aux sirènes du mainstream. Mais comment se fait-il qu’un groupe faisant rarement la couverture des magazines musicaux ait vendu autant de disques, et dure depuis si longtemps ? La subtilité et la complexité de ses morceaux et de ses arrangements ont constitué «une pierre angulaire pour une génération de musiciens», faisait remarquer Guitar World en 2002, et pourtant, Rush n’a jamais reçu le soutien de l’establishment de la critique. «Un peu comme si les gens ne voulaient pas donner à Rush son dû». G. Lee reconnaît que Rush ne s’est jamais fondu dans le courant mainstream : «Nous pouvions être le groupe-culte le plus populaire du monde, comme Black Sabbath dans ma jeunesse, mais personne ne nous entendait jamais dans un supermarché. Ou alors, cela aurait été un supermarché vraiment bizarre».

Une partie de la réponse tient dans l’étiquette de «rock cérébral» qui lui colle à la peau depuis ses fresques de science-fiction des années 70, lesquelles avaient fini par les ennuyer : «Bien que nous n’ayons aucun problème avec le style de vie du rock and roll», explique Lifeson, «l’essentiel pour Rush a toujours été la qualité de l’écriture musicale. Si cela nous rend ‘cérébraux’, eh bien pourquoi pas. Il est certain qu’à mesure que Neil s’est imposé comme notre parolier, notre musique est devenue plus poignante. En tous cas, une chose est sûre à propos de Rush, c’est que nous nous sommes toujours bien amusés, même si nous n’en avons pas l’air».

En bref. Classic Rock lui ayant demandé si l’étiquette «rock progressif» l’indisposait (fév. 08), Cedric Bixler, de The Mars Volta, a répondu tout à trac que ça lui est parfaitement égal. Le punk et le prog ont été ses deux passions de jeunesse. Il a grandi avec eux, et les considère un peu comme ses parents – des «parents divorcés», certes, qu’il voit séparément, un week-end sur deux, mais «qu’il aime autant l’un que l’autre». Une situation attristante pour certains, mais dont il s’accommode parfaitement.

L’une des dernières coqueluches arty-psyché du moment a pour nom Patrick Watson. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, il ne s’agit pas d’un nouveau songwriter, mais d’un quatuor canadien, auteur d’un magnifique second album, Close to Paradise, rempli de compositions panoramiques et sophistiquées, et que certains critiques ont comparé à Jeff Buckley ou Pink Floyd. Toujours dans son n° de janvier, Q raconte comment la carrière du groupe a failli connaître une fin prématurée et définitive à cause de… sa passion pour le groupe de Gilmour et Waters. En avril 2007, le groupe en tournée sillonnait en camionnette les routes glacées du Dakota du Nord, quand le bassiste-conducteur, Mishka Stein (d’origine ukrainienne), entendant à la radio le début de «Comfortably Numb», se pencha subitement pour monter le son. Lâchant le volant, il perdit alors le contrôle du véhicule, qui bascula et alla finir sa course les quatre roues en l’air dans un fossé. Il y eut heureusement plus de peur que de mal. Le guitariste Simon Angell, qui dormait à l’arrière, se réveilla sur le toit en criant «What the fuck ?». Voilà pour la petite histoire. Pour le reste, à suivre. Dans son classement des 50 meilleurs albums de l’année, Q place Close to Paradise à la 43ème place et confirme une forte parenté en esprit avec les paysages sonores «grandioses» et «intersidéraux» de Pink Floyd…

Dans Le Monde du 26 janvier 2008, à l’occasion de l’interprétation d’une de ses œuvres classiques dans le cadre du 10è anniversaire de l’Orchestre OstinatO, au Théâtre du Châtelet, William Sheller raconte comment il est revenu à son amour de jeunesse, la musique dite «sérieuse». Pour Sheller, la frontière entre les genres savant et populaire a toujours été ténue, mais il se sent bien seul… Le fait que son nom côtoie celui de Mozart ou de Berlioz à l’affiche du Châtelet est pour beaucoup de mélomanes un scandale : «Cette manie bien française du cartésianisme et du classement en catégories… Alors que ça fait très longtemps que le London Symphony Orchestra s’est acoquiné avec des musiciens pop, comme Procol Harum !».

Sachez (Le Monde, 2 février 2008) que le dîner de gala du Midem, le 28 janvier, a été donné en l’honneur de la «personnalité de l’année», Peter Gabriel, venu avec sa mère octogénaire, «une passionnée de musique qui, dans le fond, n’a pas craint de voir son fils rater tous ses examens». Le Gab a apparemment fasciné son auditoire : «P.G. a si souvent fait preuve dans le passé de ses qualités de visionnaire - artistique, technologique, politique – qu’on l’écoute attentivement quand il parle, avec un charme et un humour jamais démentis, de l’avenir de l’industrie». Le Monde en profite pour nous rappeler ses récents succès dans le business : «Cofondateur au début des années 2000 d’OD2, société pionnière (rachetée depuis par Nokia) de la vente de musique en ligne, il a investi en 2007 dans le lancement de We7, un site de téléchargement gratuit et financé par la publicité». Toujours à la pointe du progrès, notre Peter préféré. On espère tout de même, avec tout ça, qu’il trouvera le temps de terminer son prochain album solo, que Phil Collins - voir RdP, BB 67 - désespérait de voir sortir un jour !

Penthouse couverture

Et maintenant, le meilleur pour la fin. Un camarade de la rédaction (dont je tairai le nom) m’a demandé de faire un effort particulier pour le n°… 69 de Big Bang – en d’autres termes (du moins c’est comme cela que je l’ai compris), de trouver un «magazine spécialisé» comportant un article présentant un rapport, même extrêmement lointain, avec le rock progressif (du style «la playmate du mois est fan de Rush, ou de Marillion», ou «Rocco Siffredi a failli faire partie de PFM»…). Hercule découvrant la liste de ses 12 travaux n’aurait pas été plus accablé que moi. J’avais en effet, à mon sens, autant de chances de parvenir à mes fins que de trouver une playmate en double page intérieure dans le bulletin de ma paroisse, ou dans le dernier n° de Modes & Travaux. Décidé malgré tout à consacrer une bonne partie de mes économies mensuelles, et de mes week-ends, à accomplir la tâche qui m’était impartie, et attiré par la photographie en couverture de Bree Olson (la star porno du moment, toutes catégories confondues – ci-contre), j’ai donc fait l’acquisition du numéro de février de Penthouse (US edition), et – bingo ! – quelle ne fut pas ma stupéfaction de découvrir en p. 18 un article entier consacré… aux «prog-rockers allumés de The Mars Volta», encore eux, avec discographie commentée complète !

Je vous en donne ci-dessous de larges extraits, au cas où vous ne me croiriez pas : «Le brain trust de The Mars Volta, composé d’Omar Rodriguez-Lopez et Cedric Bixler-Zavala, peut être taxé de beaucoup de choses – ‘maniaque’, ‘symbiotique’, ‘chevelu’ viennent à l’esprit – mais ‘hésitant’ n’est pas leur genre. Depuis la séparation de leur quintet art-punk At The Drive-In, les deux Texans d’adoption n’ont pas dévié d’un iota de leur programme diabolique : transformer un groupe de rock rentable, signé par une major, en un projet arty survolté, génial dans ses meilleurs moments. The Bedlam in Goliath est leur quatrième production, et si les ‘intrigues’ compliquées de leurs concept-albums précédents lui font défaut, avec ses 75 minutes, il n’est certainement pas moins dense. (…) Goliath part dans toutes les directions, avec ses volutes de guitares proggy suraigües (certaines dues au Chili Pepper John Frusciante, invité) et ses soli de sax incisifs. L’insolite ‘Cavalettas’ contient les parties de flute jazzy les plus jubilatoires qu’on ait entendues depuis ‘Anchorman’ de Ron Burgundy. Avec le falsetto entêtant de Bixler et l’imagination instrumentale apparemment sans limites de Rodriguez, Goliath écrase la concurrence».

A qui on dit merci ?

Philippe BABO