BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Actualités

REVUE DE PRESSE

Big Bang n°68 - Hiver 2007-2008

Tout va bien pour Porcupine Tree, dont le dernier opus Fear of a Blank Planet, vogue allègrement vers les 200 000 exemplaires vendus. Les dithyrambes de la presse - même celle qui, d'ordinaire, est la plus rétive à notre genre de prédilection - y sont peut-être pour quelque chose. Après Q Magazine, qui a fini par reconnaître que P.T. était un groupe avec lequel il fallait compter (malgré la noirceur désespérante de ses textes), Mojo (n° 164) a décerné 4 étoiles (sur 5) au neuvième album de la formation de Steve Wilson : "Pendant la plus grande part de ces trois dernières décennies, le rock progressif était devenu la risée des journalistes. 'LE PROG N'EST PAS MORT, pouvait-on lire dans la presse. TOUS AUX ABRIS !'. Mais depuis OK Computer, le prog est lentement sorti de son hibernation, et son influence sur le métal contemporain est indéniable [...]. L'heure de Porcupine Tree est venue". Resté pendant longtemps un groupe 'culte' pour une poignée d'initiés, P.T. pourrait, selon Mojo, connaître enfin la consécration, ...Blank Planet méritant de toucher un auditoire beaucoup plus large que ses prédécesseurs. "Sa pièce de résistance est 'Anesthetize', une stupéfiante odyssée de 17 minutes où le guitariste de Rush, Alex Lifeson, fait une apparition. Robert Fripp fournit des 'soundscapes' sur un morceau à la Tool, 'Way Out Of Here'. Mais le meilleur titre est 'Sleep Together' : on croirait entendre Radiohead jouant 'Kashmir', et c'est brillamment dirigé par l'ancien claviériste de Japan, Richard Barbieri. Oui le prog est de retour - et Porcupine Tree est son chef de file".

Abstraction faite de la qualité de ses compositions, le succès de cet album tient peut-être aussi à la portée universelle des thèmes qu'il véhicule, capables d'interpeller jeunes et moins jeunes. Steve Wilson s'en est expliqué dans une interview donnée à MTV.com (reprise dans un communiqué de presse de l'agence Shore Fire, 23/03/07). Le titre de l'album, selon S.W., est à comprendre de façon quasi littérale : "Mes craintes vont à la génération actuelle d'ados, qui sont nés avec cette révolution de l'information, et ont grandi avec Internet, les téléphones portables, les iPods, cette culture du téléchargement, la télé-réalité, les médicaments prescrits à la demande, les Playstations - toutes choses qui détournent les gens de ce qui est important dans la vie". En cette époque où, moyennant quelques clics de souris, la gratification peut être quasi instantanée, cette explosion de l'information peut avoir des conséquences funestes sur l'équilibre mental et moral des générations futures. "Plus les choses viennent facilement à nous, moins nous tendons à les apprécier, poursuit S.W.. Aujourd'hui, la musique est si facilement disponible - et gratuitement - que je ne pense pas que les gens l'apprécient réellement de la manière dont j'appréciais la musique quand j'étais gamin. Si tout est si facilement disponible, cela devient presque une sorte de bruit de fond indifférencié, de la musique aux films en passant par la pornographie, qui est un bon exemple. Quand j'avais 14 ans, je ne savais même pas à quoi une femme nue pouvait ressembler. [...] Tous ces enfants grandiront sans la moindre curiosité ou motivation, et sans savoir réellement qui ils sont".

En consacrant la totalité des morceaux de Fear of a Blank Planet à ce même thème, Porcupine Tree n'a jamais poussé aussi loin la formule du concept-album - au risque d'aller à l'encontre de l'air du temps (c'est un euphémisme), mais apparemment, 200.000 acheteurs n'ont pas été rebutés par la résurrection d'un genre souvent honni. "L'album nécessite une écoute très attentive. On n'y trouve nul 'répit' - des chansons que l'on pourrait isoler et passer en radio. Il a été très largement pensé de la façon dont les groupes concevaient leurs disques dans les années 70, quand on avait les deux faces d'un vinyle, et qu'on pouvait quasiment écouter le même morceau de musique pendant 50 minutes, de façon continue, et essayer de s'immerger dans un univers pendant toute cette durée".

Mais comme on sait, P.T. et les concepts-albums ne sont pas les seuls moyens d'expression créatrice de Steve Wilson, loin s'en faut ! "J'écoute et j'apprécie un si grand nombre de genres différents de musique que j'éprouverais de grandes frustrations si je n'avais pas d'exutoire pour exprimer les différentes facettes de ma personnalité musicale. A certains égards, c'est une chose très salutaire [...]. Si je voulais mettre tout ce que je voulais faire dans un seul projet, je pense qu'on obtiendrait le groupe le plus ridiculement éclectique. Personne ne voudrait l'écouter !". Après Blackfield II, S.W. compte se consacrer à un autre duo très attendu - celui qu'il va bientôt former avec Mikael Łkerfeldt d'Opeth. Des chansons sont déjà écrites, un CD pourrait voir le jour en 2008. "Les supergroupes sont parfois décevants. En l'occurrence, les gens espèrent que ce sera l'addition de Porcupine Tree et d'Opeth, et que ce sera deux fois meilleur que chaque groupe pris séparément. Je pense que ce sera légèrement different, et que ce sera bon. J'espère seulement que les attentes ne sont pas trop énormes". Vivement l'année prochaine !

Pour rester aux confins du prog et du hard rock, sachez que le magazine briton Terrorizer (voué au doom, trash et autres formes extrêmes du hard) a publié en deux volets, dans ses numéros d'octobre et novembre 2007, (n°162/3) un volumineux et passionnant dossier spécial Prog. Contrairement à ce qu'on aurait pu penser, il n'y est pas question de hard-prog (ou à peine), mais de courants méconnus d'hier et d'aujourd'hui, où les frontières entre grandes catégories telles que le prog et le punk ont tendance à se brouiller : le black prog, le blues progressif, le krautrock, ou encore toute une kyrielle de mouvements en marge du punk, du grunge et du hardcore. Un dossier qui démontre une fois de plus - mais Steve Wilson en a depuis longtemps fait l'expérience - que l'ouverture d'esprit est une qualité largement partagée au sein des milieux hard.

Terrorizer donne d'abord la parole à plusieurs figures en vue du hard extrême d'aujourd'hui. Si Jason Mendonca (Akercocke) rappelle que Gentle Giant fut l'une des ses premières passions musicales, Lee Dorian (Cathedral) est un collectionneur de raretés prog au goût le plus sûr: il reçoit le journaliste non dans une grotte hantée de dragons, mais dans un appartement londonien tout ce qu'il y a de plus cosy, où il garde précieusement sa collection de vinyles des années 68-74. Des 33 tours de Czar, Ramases, Dark, T2, Spring, Curved Air, ou encore, Comus, en sont les joyaux. Ce sont aussi tous les groupes qui devaient être crédités plus tard de la naissance de cet "enfant bâtard" qu'est le heavy-metal, et qui étaient alors généralement enrôlés sous la bannière de "blues progressif", tels Andromeda et Necromandus, aux confins du prog naissant et du hard : "Plus je me suis plongé dans Black Sabbath et le doom, plus je me suis passionné pour les groupes (essentiellement anglais) avec qui ils jouaient à leurs débuts, et qui avaient un son si unique. Comment ont-ils pu créer cette musique si expressive et fantastique, et pas encore engoncée dans les conventions ? Cela reste pour moi un mystère insondable. Les gens n'avaient alors pas peur de repousser les frontières".

Quant à Justin Broadrick, qui a œuvré au sein de certains des groupes les plus novateurs de ces dernières années (Godflesh, Final, Jesu), il voue une passion secrete au rock progressif allemand, tel que pratiqué par Faust, Neu!, Can, Cluster ou encore Popol Vuh. "J'ai une relation d'amour-haine avec le prog. Comme pour moi la musique est essentiellement une question de feeling, les choses qui sont trop techniquement démonstratives - premiers King Crimson mis à part - ne m'impressionnent pas". Avant d'embrasser la cause punk, Broadrick avait grandi dans une famille où l'on écoutait Can et Roxy Music en boucle. Roxy (période Eno) l'amena tout naturellement à découvrir tous les autres groupes du krautrock, via l'album Cluster & Eno. "C'était du punk avant l'heure". Ce fut ensuite la découverte des albums I et II de Kraftwerk ("parce que - mais je ne le savais pas à l'époque - Kraftwerk avait commencé sous l'inspiration de Pink Floyd et du Velvet"), et des premiers Tangerine Dream et Hawkwind, dont l'influence sur le krautrock avait été elle-même considérable. Broadrick s'étonne aujourd'hui que le rôle capital joué par le krautrock dans les années 70, et au-delà, soit à ce point ignoré. "Le krautrock a imprégné pratiquement tous les courants musicaux, y compris le métal".

Terrorizer fait œuvre pédagogique en rappelant ce que fut la branche allemande du rock progressif - une "approche unique, par son côté expérimental, une musique faite pour être déconstruite et reconstruite, sans le classicisme et l'emphase qui avait très tôt caractérisé le prog anglais. Une attitude qui avait préfiguré le punk". Nourri de musique contemporaine, de rythmes africains et de funk, le krautrock fut en fait extrêmement divers. Cela allait de Neu !, qui cultivait une esthétique européenne "d'autoroutes sans fin, d'architecture industrielle et d'angoisse existentielle", au psychédélisme dépouillé d'Amon Düül II, avec ses rythmes motorik inlassablement répétitifs et ses paysages électroniques cosmiques. Un point commun, tout de même : un souci permanent de minimalisme et d'expérimentation. "Nous ne voulions pas être monumentaux ou romantiques. Nous voulions être précis et rythmiquement très puissants", explique Irmin Schmidt (Can). Mais le groupe le plus extrême fut peut-être Faust, qui peut être considéré, avant Einstürzende Neubauten, comme le parrain du rock industriel, et qui récusa farouchement l'étiquette progressive : "Le son de Faust reflétait une attitude d'opposition au mouvement rock soi-disant 'progressif'", explique Hans-Joachim Irmler, membre fondateur du groupe. "Je détestais moi-même tous les groupes en vue de l'époque". Le groupe, qui en fin de compte reste (du moins aux yeux de votre serviteur, mais ça n'engage que lui) le plus écoutable, et le plus proche de l'esthétique de notre mouvement de prédilection, comme on dit, est Popol Vuh, surtout connu pour les B.O. élégiaques qu'il composa pour les films les plus fascinants de Werner Herzog, Aguirre ou Cœur de Verre.

Mais revenons à nos lutins. Dans la foulée, le dossier offre un panorama des innombrables sous-courants issus du hardcore et du grunge (noisecore, spazz punk-core, metalcore, math-metal, tech-metal), qui ont, depuis vingt ans, amorcé peu ou prou un retour vers le progressif en "enrichissant leur son de quelque chose de plus". Et d'énumérer toutes sortes de groupes qui, vite lassés des accords binaires du punk, et ne pouvant se satisfaire du statu quo, n'ont pas hésité à transcender les genres, pouvant se réclamer en même temps de Rush, de Miles Davis et des Ramones. Cela va de Hüsker Du et NoMeansNo, au début des années 80, à The Dillinger Escape Plan, Naked City (John Zorn) et Neurosis plus récemment (il manque à la liste, bizarrement, The Mars Volta...). Outre un goût prononcé pour la complexité et la virtuosité, la caractéristique première de cette fusion inédite est d'être essentiellement nord-américaine, le journaliste faisant remarquer que le progressif n'a jamais été ostracisé aux Etats-Unis et au Canada comme il l'a été sur le Vieux Continent : "Yankees et 'Canucks' ont toujours pu compter sur un réseau de stations de radio diffusant à longueur de journée du 'classic rock', de Kansas à Jethro Tull, en passant par Led Zeppelin et ELP".

Puisqu'on parle des anciens, Terrorizer leur donne aussi la parole. Davy O'List raconte comment, avec Keith Emerson et les futurs membres de The Nice (avec qui il accompagnait la chanteuse de soul P.P. Arnold), il eut l'idée le premier l'idée de mélanger classique, jazz et rock, pour une faire un mélange détonant et inédit, le "class-rock" [sic]. Rick Wakeman, quant à lui, a sa petite idée sur la lutte des générations, dont le prog fit les frais au mitan des années 70. A ses yeux, une révolution musicale se produit à peu près tous les dix ans : "Les crooners ont été balayés par les groupes pop, puis ces derniers l'ont été par les groupes prog et heavy, puis ceux-là par les punks, eux-mêmes supplantés par la vague techno [...]. S'il est une chose qu'on veut entendre dans la bouche de ses parents, c'est 'Eteins-moi ça, c'est horrible !!!'. Les jeunes refusent en général la musique de la génération qui les précède immédiatement. En ce moment, les années 70 et 80 connaissent un certain retour en grâce, et ce sont les années 90 dont on ne veut plus entendre parler. Le prog a, de cette manière, été attaqué très très durement par le punk. On ne pouvait pas imaginer genres plus opposés. On ne s'attendait pas à ce que le prog soit cloué à ce point au pilori. C'est devenu le porno de l'industrie musicale. On entrait dans un magasin de disques et on chuchotait à l'oreille du vendeur : 'Vous n'auriez pas du prog ?', et il répondait : 'Allez au bout du comptoir, on vous en donnera dans un sac en papier kraft'". Sans aller jusqu'à dire que le prog est à nouveau à la mode, Wakeman constate que ce n'est plus un gros mot : "J'adore quand Radiohead dit 'Nous ne sommes pas prog'. Désolé les gars, vous l'êtes !".

Pour en rester à la période l'âge d'or, le dossier propose aussi un passionnant article sur Roger Dean, Paul Whitehead et autres grandes figures de l'artwork progressif, mettant en lumière, à la suite d'Ed Macan, la double influence du surréalisme à la Salvador Dali et des prodiges de la conquête spatiale sur leurs œuvres. Mais Terrorizer sait ne pas se limiter aux groupes-phares du genre en emmenant le lecteur "à la recherche du prog perdu", titre d'un article présentant cinq groupes des années 70-71 aujourd'hui oubliés, du moins du grand public, voire des amateurs éclairés (Andromeda, Catapilla, Il Balletto di Bronzo, Spring - avec ses trois Mellotrons ! - et T2), mais dont les œuvres ne sont pas loin d'égaler celles du quatuor de tête Genesis-Floyd-Yes-Crimson. Et de faire remarquer que le genre connut sa plus belle floraison en Grande-Bretagne, car "comme pour le thé, les sitcoms et les queues interminables, le prog est quelque chose auquel les Anglais ont toujours été les meilleurs !".

Quand on aura ajouté que le dossier comporte également une interview de Mike Portnoy de Dream Theater et un panorama du "black prog" (Goblin, Lucifer, Comus, Monument, Dr. Z, Coven, et autres groupes "roccults", au nombre desquels ont figuré, l'espace d'un album - leur dernier - les Aphrodite's Child !), on n'aura donné qu'un faible aperçu de sa richesse et de son originalité.

Mais je sens poindre une certaine inquiétude chez le lecteur. Une revue de presse peut-elle être une vraie revue de presse sans qu'il y soit question de... Pink Floyd ? Je le rassure tout de suite, Mojo a consacré la une de son n° d'octobre au quatuor, à l'occasion de la réédition du premier album du groupe, The Piper At The Gates of Dawn - pour évoquer une fois de plus l'ombre tutélaire et écrasante de Syd Barrett, qui n'a cessé de peser sur la formation tout au long de son histoire. En dehors du fait que le dossier est presque hors sujet de notre strict point de vue (car traitant de l'année psychédélique 1967, dont PF aurait " écrit la bande-son "), on avouera ne pas y avoir appris grand-chose de neuf.

Waters se montre toujours aussi ronchon, déniant toute véritable qualité à ce Piper préhistorique : "Exploratoire et transcendant les formes ? Certainement pas ! Hormis 'Interstellar Overdrive', tout le reste est tout à fait ordinaire". Il faut dire qu'il ne garde pas forcément de bons souvenirs de cette période où la direction du groupe était assurée par le Lunatic, pour la simple raison qu'il "écrivait les chansons", et où il lui fallait - déjà - affronter les critiques sur ses insuffisances techniques. On y lira aussi que le mélancolique et introverti Rick Wright, dès cette époque, passait son temps à ressasser ses pensées ("thinking about thinking") et que la musique était déjà pour lui "une forme de consolation et de thérapie"; que Mason n'a "jamais vraiment eu sa place dans Pink Floyd", et qu'il éprouvait dès cette époque une méfiance instinctive à l'égard de la contre-culture (illustration de la schizophrénie dont a très tôt fait preuve le groupe, proclamé porte-drapeau du mouvement hippie, dont il ne partageait en rien les valeurs); et que Gilmour voit dans "Echoes" le tournant de la carrière du groupe, traumatisé jusque-là par le naufrage mental de leur ancien leader-compositeur - le moment où il a enfin réalisé qu'il allait quelque part : "Bien que ses deux prédécesseurs, Ummagumma et Atom Heart Mother, aient bénéficié de la croissance du nouveau marché progressif fondé sur les albums, personne dans le groupe ne parle aujourd'hui avec aménité de ces deux disques. 'Il y eut une période assez longue pendant laquelle nous étions un peu perdus', reconnaît Gilmour".

Un CD vendu avec le n° de Mojo et réunissant 15 artistes (des Mothers of Invention aux Flaming Lips, en passant par Hawkwind et Kevin Ayers) donne un aperçu de l'influence considérable qu'a exercée Syd Barrett sur ses contemporains et les générations suivantes, malgré la brièveté météorique de sa période créatrice. Mais contrairement à ce que veulent nous faire croire certains beaux esprits, le Pink Floyd Mk 2 de Gilmour a tout autant marqué les esprits, et il continue à le faire, comme en témoigne l'inventaire dressé par Hugo Cassavetti dans Télérama (21-11-07) des récentes reprises de ses titres-phares par des artistes de toutes obédiences : du "Comfortably Numb" du groupe néo-disco Scissor Sisters, au "Cirrus Minor" d'Etienne Daho, via les versions nu-metal fusion, rap et techno de "Proper Education" par Korn, Salt'n'Pepa et Eric Prydz, sans oublier les "Echoes" cabossés du groupe punk-metal expérimental californien Qui, et la lumineuse résurrection du fameux hommage à Barrett "I Wish You Were Here" d'Alpha Blondy.

Pour finir, à l'occasion de la parution de son autobiographie (Changeling, Virgin Books), Mike Oldfield a récemment répondu dans Mojo (n°165) à une sorte de questionnaire de Proust en forme d'autoportrait. On y apprend que tout a commencé pour lui en écoutant Hank Marvin et les Shadows, qui lui donnèrent l'envie de se mettre à la guitare. Ce furent ensuite John Renbourn [de Pentangle] et Bob Dylan, qui l'aidèrent à comprendre comment on jouait de la guitare, puis Sgt Peppers, acheté le jour de sa sortie. La dernière fois qu'il s'est senti mal ? Le jour où il a dû jouer pour la première fois Tubular Bells en public, au Queen Elizabeth Hall en 1973. Tous les musiciens se plantaient, mais le public n'y a vu que du feu et a adoré. Est-il plutôt vinyle, ou MP3 ? Le top du top reste pour lui le 78 tours. Comme il se cassait en mille morceaux, quand on le faisait tomber par terre, on avait vraiment l'impression de tenir entre ses mains quelque chose de précieux. D'un autre côté, "on n'a pas de problème de rayures avec le MP3 !". Son plus grand regret... "J'aurais aimé être un oiseau afin de pouvoir voler avec mes propres ailes. Mais si j'avais été un oiseau j'aurais aimé être un humain. L'herbe est toujours plus verte...". Quand on meurt, "nous sommes réabsorbés par la terre, comme une goutte de pluie tombant du ciel dans la mer ou une rivière, dont on devient partie intégrante".

Sur ces paroles profondes, on s'arrêtera là.

Philippe BABO