BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

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REVUE DE PRESSE

Big Bang n°64 - Hiver 2006 / 2007

Prog is back ! Qu’on se le dise ! Le progressif est de retour. Classic Rock l’a proclamé haut et fort en consacrant près de la moitié de son numéro de septembre à un dossier intitulé «Sex ! Drugs ! Revolution ! The Secret History of Prog !». Dix ans après un numéro historique de Rockstyle, qui posait la même question : «Où en est le progressif ?», CR dresse un état des lieux pour saluer le retour en force d’un genre que l’on croyait honni à tout jamais. «Ah, le prog !» écrit Scott Rowley, le rédacteur-en-chef. «Pendant un bon bout de temps, on l’a cru mort et enterré», quand il n’était pas un sujet de dérision. Et puis, à un certain moment, les choses se sont mises à changer. «Les fans de rock indie, qui pourtant doutent de tout, se sont pris de passion pour Radiohead. Les métalleux, pour leur part, ont regardé un peu plus loin que les formules pop superficielles du nu-metal et ont (re-)découvert un monde plus étrange et plus merveilleux». De leur côté, les proggers ont suivi un cheminement inverse, en empruntant au punk, au rock industriel, aux musiques ambiantes et électroniques. En 2006, le constat est là : le prog est partout.

Assorti d’un CD bonus (Shine On) présentant 12 morceaux de new prog «épique, ambient, symphonique, métal et complètement fou – garanti 0% d’elfes et lutins» (où l’on retrouve, aux côtés de valeurs sûres comme Porcupine Tree et Mostly Autumn, des nouveaux venus prometteurs, tels Frost ou Circulus – sorte de hard-folk électrique à la Jethro Tull), l’énorme dossier de plus de 40 pages est une véritable mine : après un article faisant le point sur la folie réelle ou supposée de Syd Barrett, et une introduction historique de Jon Hotten retraçant la (toute relative) descente aux enfers, puis le renouveau du genre, Tommy Udo tord le cou à la légende selon laquelle le punk aurait tué le prog; suivent un dictionnaire des 20 albums progressifs «les plus fous» une carte du monde présentant l’internationale prog (des Aphrodite’s Child à Goblin et Magma, en passant par les croates de Drugi Nacin, les japonais de Strawberry Path et les Turcs de 3 Hür-E), des interviews de Matthew Bellamy (Muse), Greg Lake et Iron Maiden, et un dialogue entre Robert Fripp et Joe Strummer, publié pour la première fois en 1981 dans le magazine américain Musician ; mais le clou du numéro est l’interview croisée d’une vingtaine de personnalités (et non des moindres) soumises à une batterie de questions…

  En prologue, donc, un article de Mick Wall sur le Lunatique : «Le ‘Diamant Fou’ était-il vraiment fou ? La vérité sur un pionnier du prog». L’auteur s’évertue à démontrer que Syd Barrett était, somme toute, sain d’esprit, et que personne, dans sa famille, ne l’a jamais tenu pour un «malade mental». Certes, il n’a jamais été interné, mais tout, dans l’article, montre que ses désordres mentaux étaient réels, et profonds, et que le LSD n’a pu exercer des effets aussi dévastateurs que parce qu’il était déjà fragile (Syd ne se serait jamais remis de la mort de son père alors qu’il était adolescent). La réponse qu’il fit au journaliste Nicky Horne, venu l’interroger chez lui dans les années 80, résume tout : «Syd ne peut plus vous parler maintenant». Ce qui était vrai, «en ce sens que Syd était mort depuis longtemps». En 2001, après avoir regardé à la télévision une rétrospective de la BBC sur Pink Floyd, il confia à sa sœur qu’il avait été content d’entendre «See Emily Play», mais qu’il avait trouvé tout ça «un peu bruyant…»

  Fut-il le créateur du rock progressif, comme on a pu le lire dans Libération en juillet dernier ? En tous les cas, il fut l’un des tout premiers à cesser de copier les productions d’Outre-Atlantique, et à tenter de l’acclimater aux vertes meadows de Cambridge, en cherchant notamment son inspiration chez les grands auteurs anglais du XIXè siècle (notamment Edward Lear). Car s’il y a une chose à retenir sur le rock progressif, précise J. Hotten dans l’article introductif, c’est qu’il s’agit d’une affaire éminemment anglaise. Que les Anglais le veuillent ou non, il fait partie de leur culture. Après tout, ce sont eux qui l’ont inventé (dans le quart sud-est de leur île). Et une étrange relation d’amour-haine les lie à notre genre de prédilection.

  Certains lyrics des grands albums des années 70 sont passés dans leur langage courant. Dans un documentaire récent de la BBC, le nageur David Walliams, interrogé alors qu’il s’apprêtait à traverser la Manche, répondait tout-à-trac : «You’ve got to get in to get out» (Pour pouvoir sortir de l’eau, il faut d’abord s’y plonger…). Le critique de télévision de l’Observer reconnut immédiatement derrière cette apparente lapalissade une phrase extraite des «Carpet Crawlers» de Genesis (1974, The Lamb…). Dans une revue de presse de 2005, votre serviteur vous signalait que des milliers de Kayleigh allaient bientôt atteindre leur vingtième anniversaire (elles ont aujourd’hui 21 ans !). Les années 80 passent pourtant pour une période de «bas étiage…». C’était l’époque, poursuit J. Hotten, où Yes recrutait d’ex-membres des Buggles, et où Ian Anderson troquait ses redingotes pour une combinaison de cosmonaute… Mais le progressif survivait, contre vents et marées. «Les enragés du NME pensaient qu’ils avaient enfin tué le prog», a dit un jour Fish. «Et puis on est arrivés, et ils se sont dit : ‘Eh ! On croyait que vous étiez morts !’...».

  A dire vrai, le prog traversa sa plus mauvaise passe dans la deuxième moitié des années 80. Selon Mike Portnoy, interrogé par J. Hotten, «le terme devint alors un gros mot. C’est à cette époque que les grands groupes classiques, tels Yes et Genesis, réinventèrent leur son pour fuir les comparaisons avec le prog. Mais je pense que dans les années 90, jusqu’à aujourd’hui, le mot n’est plus le tabou qu’il a été. De temps en temps, on voit apparaître un groupe prog mainstream comme Tool, Mars Volta ou Coheed & Cambria, terrifié à l’idée de voir ce mot associé à eux, de peur que cela ne gâche leur image dans la presse grand public. Mais en règle générale, cette génération entièrement nouvelle de groupes prog – et il y en a des centaines – n’a aucun problème avec ce qualificatif».

  Deux des plus grands événements musicaux de ces derniers mois, conclut J. Hotten, ont à voir avec le progressif : la reformation de Pink Floyd (seul sujet de conversation lors de la grand messe caritative du Live 8), et le décès de Syd Barrett, qui a ouvert les Nine O’Clock News des télés anglaises ; et le «Syd B. auquel on a alors rendu hommage n’était pas un homme réel, mais un symbole d’un passé idéalisé. Il représentait une époque où l’exploration artistique était louée et encouragée, plutôt que soumise aux ravages du marketing de l’industrie musicale et du cynisme professionnel».

Le prog est-il insubmersible ? T. Udo, dans un autre article historique, enfonce le clou en niant carrément que le Punk ait tué le Prog… «Une pure invention de journalistes» en mal de copie. «L’idée que le punk ‘devait arriver’ parce que toute une génération se serait paresseusement lassée de la complexité de King Crimson ou de la théâtralité plus que pompière – et effectivement, elle l’était – de l’adaptation que fit Rick Wakeman de la Légende du Roi Arthur, est tout simplement absurde». Pour avoir lui-même arboré tous les signes distinctifs des punks à l’époque (à défaut de partager tous leurs idéaux), l’auteur certifie que les jeunes de sa génération avaient vraiment autre chose à faire que de haïr le prog ! S’il y avait une chose qu’ils détestaient, c’étaient – déjà – les m… dont Radio One et le Top of the Pops les abreuvaient.

  Après avoir retourné leur veste, les trois grands hebdos musicaux anglais du moment, NME, Melody Maker et Sounds s’étaient ligués pour décréter que le prog était «l’ennemi de classe». Alors que le punk était la voix du «sel de la terre» - le prolétariat opprimé -, le progressif était l’œuvre de «méchants glandus de droite, votant conservateur». La réalité était légèrement différente. Alors qu’à l’école (publique) de l’auteur, les groupes favoris du moment (1976) étaient Zappa, Mahavishnu Orchestra et l’Incredible String Band, les jeunes bourges du collège (privé) d’en face ne juraient que par les Ramones. L’attitude des musiciens progressifs, il est vrai, fut parfois condescendante : Wakeman écrivit une lettre au directeur d’A&M dans laquelle il lui demandait de virer les Sex Pistols ; Waters fit savoir qu’il haïssait les punks (rendant ainsi à Johnny Rotten la monnaie de sa pièce), et qu’il méprisait la médiocrité de leur musique et leur manque de technicité… «Ils se sentaient en fait menacés, même s’ils n’avaient aucune raison de l’être. En dehors du monde imaginaire créé par la presse musicale, c’est le prog qui régnait en maître».

  Dans l’histoire officielle, 1977 est l’année d’Anarchy in the UK, mais c’est surtout l’année d’Animals, de Going for the One et de Wind & Wuthering, trois albums du Top 10, accompagnés de tournées massives. «Non seulement le prog n’était pas mort, mais il connut l’un de ses âges d’or». Au début de la décennie suivante, des groupes comme Asia, issus «du réalignement des super-puissances du prog», jouèrent à guichets fermés et vendirent des millions d’albums, malgré le silence de la presse, et sans aucune couverture télé ou radio. Et très vite, sous couvert de la «new wave», d’autres groupes recommencèrent à expérimenter avec autant d’ardeur que leurs prédécesseurs des seventies : Cabaret Voltaire, les Simple Minds (notamment avec leur album de 1981, Sons & Fascination, produit par Steve Hillage), Ultravox (en vrais héritiers du Roxy Music première manière). Le critique Nick Lowe, horrifié, compara Siouxsie & The Banshees à une resucée de Curved Air, tandis que Wire, combinant le minimalisme punk des Ramones et l’extrême complexité du prog, composaient un morceau de 15’, « razy About Love», pour une session du Show de John Peel - au grand dam de ce dernier, qui y vit «une régression».

  Aujourd’hui, conclut T. Udo, «le prog est quasi omniprésent», du prog-métal de Dream Theater au rock post-indie de Radiohead, en passant par les superstars de Tool (un des groupes favoris de… Nick Kent !). Après avoir volé la vedette à Bob Geldof au Live 8, Pink Floyd a vu les ventes de ses albums «crever le plafond». «L’influence de King Crimson, du Floyd et de Yes est partout (King Crimson lui-même continue à se situer aux avant-postes de la musique). Pas mal pour quelque chose censé avoir définitivement coulé 30 ans plus tôt !».

  L’affrontement punk/prog n’aurait donc été qu’un non-événement ? Ce ne sont pas Joe Strummer et Robert Fripp qui le démentiront. Leur confrontation de 1981 – à fleurets plus que mouchetés – le confirme. Elle est à dire vrai un brin décevante, du style «J’ai toujours adoré ce que vous faites» (J. Strummer), tandis que Fripp pousse un peu loin le bouchon dans le registre du reniement : «En 1977, j’attendais depuis six ans d’entendre ce type d’engagement total : entendre un fou furieux taper sur une batterie comme si tout ce qu’il avait voulu faire dans sa vie était de taper sur une batterie. C’était pour moi une grande déclaration politique. Parce que le mouvement dont je faisais partie avait déraillé». Que s’est-il passé ? lui demande le journaliste. Fripp a alors cette étrange réponse : «Ça a déraillé parce qu’une bande de type de la classe ouvrière a essayé de se hisser au niveau de la classe moyenne en singeant les traditions de la classe moyenne». Les bras nous en tombent…

  Pour clore le dossier, donc, un questionnaire géant, auquel ont bien voulu répondre une brochette de stars (Fish, S. Wilson, D. Cavanagh, G. Lake, S. Hackett, M. Portnoy, H. Cornwell – des Stranglers -, et des valeurs montantes comme Mikael Åkerfeldt d’Opeth et C. Bixler-Zavala de The Mars Volta), dont on donnera ici un florilège. D’abord, la question incontournable «Qu’est-ce que le prog ? que veut dire ‘progressif’ ?» (D. Cavanagh : «Une musique qui se libère des conventions»; Captain Sensible, de The Damned : «Synonyme d’'intéressant’»; Fish : «Une musique issue des clubs de jazz, quand les musiciens se sont intéressés au rock : (…) soudain, plus rien n’était confiné au single de trois minutes et demie»).

  Suivent : «Considérez-vous que ce que vous faites est du prog rock ?» (Portnoy : «Oh, absolument ! Dream Theater est un groupe progressif !»; Mike Vennart, d’Oceansize : «Non, mais notre musique est progressive, ce sont deux choses différentes. Nous ne sommes pas Dream Theater ! [sic]»; S. Wilson : «Tout comme The Mars Volta, Massive Attack ou Björk, nous créons une musique ambitieuse, centrée sur des albums. Comme je le dis toujours, j’essaie d’apprendre du passé, mais en regardant vers l’avenir»).

  «Pourquoi tant de groupes de prog sont-ils embarrassés par l’étiquette prog ?» (Jon Courtney, de Pure Reason Revolution : «Je pense que ça remonte à ces histoires de capes. C’est cela et d’autres niaiseries du même genre qui ont peut-être fait de cet adjectif un gros mot»).

  «Le prog est-il un style bien défini, ou un état d’esprit (a sound or an ethos) ?» (M. Losbjer, de Wolverine : «Depeche Mode est à bien des égards un groupe progressif, car ils ont créé un son nouveau»; Lake : «C’était jadis un style. Son principe de base était d’être différent – de s’aventurer dans de nouveaux territoires. Personnellement, je qualifierais Hendrix et Pink Floyd de progressifs… La musique progressive est quelque chose qui est aujourd’hui très rare, et je regrette sincèrement sa disparition»; M. Vennart : «Toute bonne musique devrait être progressive. Les Beatles et les Sex Pistols ont fait quelque chose qui n’avait jamais été fait avant eux»).

  «Que pensez-vous de l’interprétation selon laquelle les groupes prog sont devenu trop auto-complaisants, et que l’arrivée du punk, qui est retourné au véritable esprit du rock’n roll, était une nécessité ?» (Hackett : «C’était jeter le bébé avec l’eau du bain. Toutes sortes de choses intéressantes sont tout d’un coup passées de mode. Mais c’était la relève de la garde, et ça devait arriver»; Lake : «Bien sûr, ce qu’a fait ELP était – parfois – prétentieux, boursouflé et auto-complaisant. mais vous n’arriverez jamais à rien si on ne s’écarte pas des sentiers battus»).

  «Est-ce à l’origine une affaire typiquement britannique ?» (Lake : «Alors que le rock’n roll était basé sur le blues, les principes progressifs s’appuyaient sur l’héritage européen»; Portnoy : «Assurément. Si on considère le quintet de tête : Pink Floyd, King Crimson, Genesis, Yes et ELP. C’est donc à vous revient la honte d’avoir inventé ce son !») .

  «Pourquoi les filles n’aiment pas le prog ?» (Hackett : «Trop de notes»; Wilson : «Je ne suis pas sûr que ce soit vrai, mais les garçons tendent à être plus obsessionnels en matière de musique»).

  «Est-il possible de rendre le prog à nouveau cool [fréquentable] ?» (Lake : «Ça a toujours été cool, mais jamais branché»; Gaz Cobain, d’Amorphous Androgynous : «Rien à foutre d’être cool ! Si les chansons de 20 minutes et les longs solos ne sont pas cool, eh bien, vive les suites et les solos !»; Portnoy : «Fin 70, voir Emerson planter des poignards dans ses claviers était infiniment plus cool que d’assister à un concert des Eagles !»).

  «Quel est le premier album prog ?» (C. Sanchez, de Coheed & Cambria : A Saucerful of Secrets; Åkerfeldt : Revolver; Captain Sensible : SF Sorrow, des Pretty Things (68); Van Leer (Focus) : We’re Only in for the Money de Zappa; Hackett : le Boléro de Ravel; Fish : In the Court of the Crimson King)…

  Mais le mot de la fin ira à Cedric Bixler-Zavala de The Mars Volta, lorsqu’il tente de définir l’esprit de notre genre de prédilection : «Progressif signifie repousser les frontières de la musique, essayer toujours de nouvelles choses. Cela ne veut pas forcément dire ressembler à Yes vers 1973. John Wetton a dit ceci à propos d’un album de King Crimson : ‘Voici notre nouvel assaut contre la culture’, et c’est que nous essayons de faire, du moins je l’espère».

Puisqu’on parle des fous-furieux de l’ex-At The Drive-In, voici la suite du feuilleton des amours étonnantes de Nick Kent pour The Mars Volta (Libération, 16/09/06). Autant il avait adoré Frances the Mute, l’album précédent («qui s’était vendu comme des petits pains dans le monde entier et avait atteint la 4è place dans les charts US», autant le dernier opus, Amputechture, semble avoir mis à rude épreuve sa largeur d’esprit (qui a tout de même ses limites). NK rappelle en préambule que ces transfuges d’At The Drive In «tirent une gloire singulière de leur évocation obsessionnelle du bon vieux rock progressif», à tel point qu’ils font passer des groupes «supposément affiliés au même genre», comme Radiohead ou Tool, pour du Justin Timberlake ! Tout est là : chansons de 16 minutes aux titres imprononçables, changements de tempo à tout va, paroles paraissant écrites dans une langue inconnue, démonstrations sans fin de virtuosité guitaristique… Mais il n’est pas sûr, à son avis, qu’Amputechturevraiment très difficile à écouter»), avec ses soli abrupts et superposés et ses vocaux haut perchés, puisse dupliquer le succès de son prédécesseur. «Très vite, c’en est trop pour l’auditeur épuisé par une telle charge implacable». Mais c’est déjà bien de l’avoir écouté jusqu’au bout, surtout de la part de l’ayatollah du NME des années 70, de triste mémoire. Comme quoi, une fois de plus, les temps changent.

Progression du virus progressif (suite). Encore un nouveau groupe flirtant avec la mouvance alt-prog, Ratatat, un étrange duo instrumental new-yorkais, difficile à situer dans le temps et dans l’espace, qui utilise d’étranges instruments comme le clavecin et l’orgue, et ne «ressemble à rien de connu», précise Libération (24/10/06) - pour aussitôt ajouter que son dernier CD, Classics, fait fortement songer «au son progressif des années 70». Le groupe appartiendrait à cette génération «adepte du téléchargement compulsif, dont la mélomanie n’est affaire que de télescopage stylistique improbable», à tel point qu’on peut le rapprocher d’un certain rock expérimental des seventies «progressif, psychédélique ou allemand». «On a écrit bien pire à notre sujet», précise Evan Mast, le guitariste, qui «semble apprécier la définition».

Quand on vous dit que le prog va même finir par devenir glamour… Après King Crimson ventant les mérites d’une marque de fringues branchée, voici un trio de jeunes nymphettes étrangement baptisé The Konki Duet, qui, nous annonce Alexis Bernier dans Libération (28 octobre 2006), vient de pondre un disque «d’une ampleur inattendue», une collection de «majestueuses chansons aux arrangements de cordes ciselés», en guise de «doux rêve éveillé». Et – tenez-vous bien – les trois filles, «qui ont le sens de la formule», qualifient leur musique de «néo-prog de chambre», se réclamant de Robert Wyatt et des Beatles. Ci-contre, leur photo, pour passer l’hiver, avec, en légende, la référence au «néo-prog», sur une demi-page dans le Libé du weekend ! Quand on vous dit qu’on vit une époque formidable !

Dernière minute : Matthew Fisher, organiste de Procol Harum, a traîné en justice Gary Brooker pour lui réclamer – 39 ans après - la moitié des royalties d’A Whiter Shade of Pale ! (The Times, 10 et 24 novembre 2006), estimant être l’auteur des huit premières mesures (ce qui n’est paut-être pas faux) : «Il y a toujours eu une tension entre nous. Le problème a toujours été là. C’était comme d’entrer dans une pièce et d’y voir un mort. On sait qu’il est là, mais personne n’en parle. Il y avait beaucoup de colère subconsciente». On sait enfin pourquoi il fait la tête sur toutes les photos. Le verdict sera tombé à l’heure où vous lirez ces lignes*.

Philippe BABO

* la Haute Cour de Londres aura finalement donné gain de cause à Matthew Fisher, qui obtient 40% des droits d'auteur sur cette chanson. En revanche, cette décision n'est pas rétroactive, et ne s'applique donc pas aux droits récoltés durant les quatres précédentes décennies.