BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

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REVUE DE PRESSE

Big Bang n°58 - Été 2005

On connaissait Q, Mojo, Classic Rock et Uncut. Voici maintenant Word, dernier né (?) des mensuels musicaux britanniques. Contrairement à ce que pourrait laisser penser son sous-titre (The Quality Music Magazine), cette nouvelle publication ne parle pas exclusivement de musique, mais de livres, de DVDs et de films, ce qui n'est pas forcément une bonne idée (voir le triste sort du magazine pluridisciplinaire Encore chez nous il y a quelques années, pour prendre un exemple). Au menu du n° d'avril 2005, "Ma vie en rock" de Tony Blair - qui s'inquiète du sort de Robert Fripp ("Il est devenu musicien de studio, n'est-ce pas ?"), et est stupéfait d'apprendre qu'il a épousé Toyah Willcox -, un gros dossier sur Clapton, et - j'en viens au fait - un "cours magistral" en trois parties consacré au "bref essor et au long et peu glorieux déclin du rock progressif", à l'occasion de la sortie du triple CD Ars Longa Vita Brevis - A Compendium of Progressive Rock, chez Castle, chaque leçon correspondant à un CD. Ça pourrait être drôle, mais ça ne l'est guère. C'est surtout complètement à côté de la plaque. Il faut dire que l'objet chroniqué l'est lui aussi en grande partie ! Qu'on en juge : Fleetwood Mac, Status Quo, Julie Driscoll, Savoy Brown et les Small Faces y côtoient Humble Pie, Chicken Shack, Atomic Rooster, UFO, T. Rex et... les Kinks. Ce n'est pas une blague... Ah si, j'oubliais, il y a quand même un ou deux morceaux des Nice, d'ELP et d'Arthur Brown ! Mais l'absurdité de ce "compendium" n'a pas l'air d'avoir troublé le chroniqueur, un certain David Hepworth, qui nous ressort les éternels poncifs sur les capes et les poignards plantés dans les claviers, les progsters-fils de riches-élèves-des-public-schools, etc. etc.

"Comme de bien entendu, tous les meilleurs morceaux", fait remarquer l'auteur, "figurent sur le 1er CD" (loi que l'on retrouve pour d'autres genres musicaux). Les musiciens "représentés ici sont tous issus du beat boom du milieu des années 60 [ce qui n'est pas faux, la remarque vaudrait aussi pour Pinder ou Brooker, non retenus] ayant passé leur temps à faire des reprises d'Otis Redding sur les bases de l'US Air Force de l'East Anglia". Ils se lassèrent vite, et "la voix impérieuse qui, dans leur for intérieur, leur murmurait qu'ils devaient 'faire long' ("stretch out") dut être obéie." Alors que dans les années 60, les songwriters avaient régné sans partage, "le rock progressif vit cette hiérarchie renversée par l'équivalent de la Révolte des Paysans pour les musiciens." Ces derniers commencèrent par prendre leur revanche sur le répertoire de base ("This Wheel's On Fire" de Dylan pour Driscoll & Auger, ou "America" de Bernstein, pour Emerson), pendant que, dans le même temps, les groupes pop favoris des charts (tel T. Rex) tendaient à alambiquer leur musique... La démonstration de D. Hepworth perd ensuite tout intérêt, faute de matière (et pour cause !). On vous fera grâce de la deuxième leçon (CD2), quasi entièrement hors sujet, où il est question des messages sataniques des prolétaires des Midlands (Black Widow, Black Sabbath), ou du bonnet en flammes d'Arthur Brown et autres costumes de scène, pour passer directement à la troisième (CD3), qui traite d'Uriah Heep et autres "galériens" (hewers of wood & drawers of water) du rock anglais des mid-seventies. Pour conclure, en se réclamant du triste Nick Cohn [l'un des ayatollahs de la critique musicale US de l'époque et pape du musicalement correct], l'auteur ne peut s'empêcher de voir "une relation entre la bref apogée du rock progressif et l'essor concomitant de l'enseignement supérieur" - i.e., du nombre des étudiants "à qui l'on faisait croire qu'il existe une relation entre le degré de difficulté d'un morceau de musique et son mérite artistique". Bref, rien de nouveau sous le soleil !

On pardonnera cependant à Word ces errements, car on a la surprise de lire page suivante leur palmarès du mois, en tête duquel figure... The Mars Volta ("du prog et fier de l'être... Imaginez Paranoid Android joué en 78 tours !" Allez y comprendre quelque chose.

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On a déjà eu l'occasion - en février 2004 (BB n° 52) - de dire tout le bien qu'il fallait penser des chroniques prog de Rock Hard, que l'on présentait alors comme le dernier bastion, encore plus que Crossroads, du rock progressif dans la presse "grand public". Le temps passant si vite, une petite piqûre de rappel ne sera pas de trop... L'équipe de chroniqueurs constituée de Stéphane Auzilleau, Philippe Lageat, Morgan Rivalin, Marc Villalonga, Vanessa Girth et, last but not least, Bertrand Pourcheron, qui venait à l'époque de quitter Hard-Rock magazine, maintient le flambeau. Notre genre de prédilection occupe encore une place de choix dans les orientations de la rédaction, Blackfield et Marillion arrivant respectivement en 3è et 5è position du classement 2004. (Quant à Mike Portnoy et Steve Hogarth, invités eux aussi à faire part de leurs coups de coeur pour l'an passé, on apprendra pour la petite histoire que le premier raffole de Muse et d'Incubus, pendant que le second écoute en boucle... Brian Wilson, Rufus Wainwright et Keane !).

Un petit survol des sommaires depuis janvier 2005 fera apparaître toute la richesse des contributions. Sans atteindre le tiers du contenu du numéro (comme c'était le cas dans le numéro 27), celles-ci sont chaque fois fort copieuses. Au hasard, on a pu ainsi lire, dans les numéros de début d'année, des interviews d'Anti-Depressive Delivery, Neal Morse, Riverside (dont les compos sont, selon la propre définition du groupe, une alternance "de murmures et de hurlements de douleur" !), Spock's Beard, Arena, Kino, RPWL, Steve Hackett... et des chroniques des derniers opus en date de Terry Bozzio, Lizard, Edenbridge, Finisterre, Magma, Lu7, MZ, Umphrey's McGee, Centrozoon, Satellite, PFM...

Le numéro de mars 2005 était particulièrement riche, avec 3 interviews-chocs, dont celle, pour commencer, de Steve Wilson, l'une des 4 figures du "carré d'as" du mois, en couverture. Et notre Petit Prince du Prog, décidément infatigable et omniprésent, s'y livre avec une rare profondeur. Après plus de vingt ans de carrière, le leader de Porcupine Tree reste fasciné par "les musiques qui offrent quelque chose d'unique en leur genre", raison pour laquelle il a exploré "tant de différentes formes de musiques ces dernières années, allant de choses singulièrement extrêmes et bruitistes à d'autres bien plus calmes et ambiantes, en passant par des chansons pop plutôt directes." Ayant souvent constaté que les artistes ayant les meilleures idées finissent généralement par se retrouver parqués aux marges de la communauté artistique, il a pu récemment vérifier la validité de cet axiome en explorant l'univers du métal, et en découvrant que les formations les plus inventives (Opeth, Meshuggah, Soilwork) œuvraient dans l'underground.

Bien que, pour des raisons d'agendas hyper-chargés, il ne puisse produire le prochain opus d'Opeth, S. Wilson n'a pas renoncé à monter un jour un projet métal avec Mikael Akerfeldt. En tout état de cause, la collaboration entre les deux hommes a eu un très fort impact sur les récentes orientations de Procupine Tree. In Absentia avait déjà une consonance nettement plus métal, inflexion qui trouve un prolongement évident dans une bonne partie des compos du dernier album du groupe, Deadwing - d'autant que l'expérience Blackfield a constitué pour Wilson un exutoire à son penchant parallèle et concomitant pour les petites merveilles mélodiques de 4 minutes parfaitement troussées, et permis une sorte de partage des tâches : "Blackfield, qui était un album de chansons 'concises', m'a libéré de manière inconsciente". Grâce à son escapade israélienne, il a pu recentrer son propos en offrant des compositions nettement plus longues (et pêchues) que par le passé. "Il faut remonter à The Sky Moves Sideways pour trouver plusieurs titres dépassant la limite des dix minutes"... Grâce à Blackfield, Porcupine Tree aurait opéré un retour aux sources - les délires planants, flirtant avec le hard, de The Sky... et de Signify. On ne s'en plaindra pas.

Autres artisans du renouveau prog en ce début de siècle, les nouveaux venus survoltés de The Mars Volta ne semblent connaître eux aussi aucune limite, mêlant les styles et les expériences dans un melting-pot volcanique. Leur batteur, rapporte Cédric Zavala, a songé un temps orner son kit d'un drapeau reprenant (en français) la devise révolutionnaire 'La liberté ou la mort' : "Je crois que cela symbolise bien la liberté artistique à laquelle nous aspirons. Nous ne voulons dépendre de quelque limitation ou de quelque frontière que ce soit." Passionné par le surréalisme, voire le paranormal, Cédric Z. compare les compositions du groupe aux films de David Lynch, ou aux livres de collages de Max Ernst, grande source d'inspiration, aux côtés des "rêves, ou des histoires qu'on lui a racontées quand il était enfant (...). Ernst créait des personnages incroyables en collant des têtes d'animaux sur des gravures anciennes, et je me plais à identifier les protagonistes de nos histoires à ces créatures." A peine sorti de la longue période d'hibernation artistique que fut son expérience au sein du groupe hardcore At the Drive-In, il n'en revient pas encore qu'une major comme Universal se soit intéressée à eux. Espérons que le groupe ne connaîtra pas le même sort qu'Echolyn avec Sony. Avec des débuts aussi tonitruants et triomphants, il y a cette fois tout lieu d'être optimiste.

Toujours dans le même numéro, Rock Hard a donné la parole à Adrian Belew, "artisan du nouveau souffle de King Crimson au début des années 80", à l'occasion de la sortie de son dernier opus solo (enregistré comme on sait avec le batteur de Tool). Une bouffée d'air frais, qui lui permet d'élargir sa palette : "Ces dernières années, j'ai expérimenté de nouvelles techniques de guitare, que je ne peux malheureusement pas utiliser au sein de K.C., dans la mesure où nous sommes deux guitaristes, et que l'autre est plutôt bon ! (rires)" Après cette escapade en solitaire, il retournera travailler aux côtés de Robert Fripp et de Tony Levin, de retour au bercail. D'ici 2 ans, le groupe devrait être en mesure de sortir un nouvel album et de repartir en tournée. Adrian Belew n'est pas peu fier de ses états de service à la cour du Roi cramoisi : "Je pense que Discipline a fait franchir un nouveau palier au groupe, et en ce sens, j'en suis particulièrement fier (...) Et lorsque le magazine Guitar sort un numéro consacré aux 25 guitaristes qui ont changé l'univers de leur instrument, et que tu figures dans cette liste, tu peux te dire que tu as accompli quelque chose !"

On vous laissera découvrir le contenu du numéro actuellement en kiosque (juin 05), où l'on trouvera articles et chroniques sur Van Der Graaf Generator - "qui vient de signer avec Present une œuvre superbe qui s'impose par sa soif inc(l)assable et déchirée d'Absolu" -, Kaipa, Dream Theater - "qui nous balance en pleine poire, avec Octavarium, un uppercut numérique dévastateur" (dixit B.P., dont on reconnaît ici le style inimitable) -, Galaad, Mostly Autumn, John Wetton, At War With Self, Akacia, Redemption, Overhead, Shadow Gallery, etc... Bref, vous pouvez foncer chez votre kiosquier préféré.

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Steve Hackett, dans le n° d'avril de RH, confie avoir pris beaucoup de plaisir, et tiré beaucoup de fierté, à jouer sur scène (au Royal Albert Hall, en 2002) avec les imitateurs prodigieux de The Musical Box. Et tous ceux qui ont eu la chance d'assister aux deux concerts à guichets fermés de la formation canadienne ont pu mesurer à quel point la popularité de Genesis reste intacte. Dans un dossier consacré à l'ex-groupe de Peter Gabriel, Record Collector (309, avril 2005) nous apprend que la dernière compilation The Platinum Collection (coffret de 3 CD) est récemment entrée dans le Top 10 anglais. "Au début," explique Peter Vickers, auteur d'une brochure de... 1 000 pages sur les raretés de la discographie de la Genèse (tirée à 25 ex.), "Genesis n'était guère plus qu'un groupe-culte. Mais à mesure que grandit sa notoriété, il y eut une demande croissante pour ses premiers albums et singles dans le monde entier." Aujourd'hui, la version américaine du 45 t. "The Silent Sun" (1968), dont il ne reste que 3 exemplaires connus dans le monde, se négocie 3 500 £. Quant au pressage promotionnel hollandais du double LP "Genesis Live at Leicester" (l'album le plus rare du groupe, 1973), il s'est récemment vendu 2 750 £.

RC en a profité pour demander à Tony Banks et Mike Rutherford de porter un regard rétrospectif sur près de 4 décennies de carrière. Ils le font sans illusions ni complaisance, notamment lorsqu'on les interroge sur l'apogée du groupe, lors du concert au Stade de Wembley, sur la tournée Invisible Touch : "Nous avons été en dehors du coup (uncool) pendant la plus grande partie de notre carrière," répond M.R. "Je ne sais pas si nous étions 'dans le coup' à ce moment-là," précise T.B., "mais nous aimer n'était pas répréhensible, ce qui n'est peut-être plus vraiment le cas aujourd'hui. (...) [En tous les cas,] lorsque nous sommes montés sur scène à Wembley le premier soir, je me suis dit 'mon vieux, profites-en bien, car tu ne reverras peut-être plus jamais ça'. Ç'était vraiment comme dans un rêve. Je me rappelle m'être demandé 'mais qu'est ce que tous ces gens font ici ?'". Leurs débuts furent laborieux, et leur timidité et leur introversion n'y étaient pas pour rien. "Peter Gabriel était gauche," poursuit T.B., "mais d'une manière touchante. Moi aussi j'étais gauche, mais plutôt du genre à faire fuir. Et rien n'a changé." L'arrivée de Phil Collins en août 1970 apporta un peu d'air frais et de fantaisie : "Il racontait les meilleures blagues. Nous voulions quelqu'un qui puisse coller avec nous. Ce n'était pas facile, car nous étions des élèves de public schools très sérieux et repliés sur nous-mêmes (insular)."

Se voyaient-ils eux-mêmes à l'origine comme un "groupe hippie" ? La seule étiquette que T.B. reconnaisse à la rigueur est celle d'"art rock", au sens où le musicien écrit pour l'art plutôt que pour le simple plaisir de monter sur une scène et se donner en spectacle : "Nous avons toujours été anticonformistes. J'estime encore que l'on peut faire à l'intérieur du format rock toutes sortes de choses différentes." Quid alors des morceaux de plus en plus courts et accrocheurs composés dans les années 80, au risque, pour le groupe, de s'aliéner son noyau dur de fans originels ? "On ne peut pas plaire à tout le monde... A bien des égards, il est plus difficile d'écrire une bonne chanson de 4 minutes que d'écrire une bonne chanson de 24. Tenter d'être plus concis fut pour nous un défi. Les gens disent parfois que Genesis a tout fait à l'envers : les Beatles ont d'abord fait simple, puis compliqué, alors que nous avons commencé par des choses compliquées, pour en venir à des choses simples... Les grands artistes commencent souvent par faire des choses très élaborées, pour finir par peindre juste un carré noir, car ils se disent 'voilà, c'est çà". Au total, ont-ils été surpris que le groupe ait continué malgré tous les changements qu'il a connus ? "L'étonnant est qu'il ait réussi à continuer après le départ de Peter en 76, et - chose encore plus étonnante - après le succès de phénoménal de Phil avec Face Value. Je pense," conclut T.B., "qu'il n'y a pratiquement pas d'autre exemple d'une telle longévité dans la musique."

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Brèves - Une dépêche du Nouvel Obs du 21/04/05 nous apprend qu'après quinze ans d'essais infructueux, le "légendaire clavier du groupe Yes", Rick Wakeman, a enfin réussi à se rendre à Cuba durant une semaine où trois concerts étaient prévus à La Havane. Les difficultés rencontrées pour transborder le matériel lors du concert dans l'île communiste ont constitué en soi un véritable défi, sans même parler de l'organisation du voyage en soi, ainsi que l'a expliqué Wakeman : "J'ai eu beau essayer [de me rendre à Cuba] pendant des années, il y avait toujours une raison qui m'en empêchait" a ajouté le rocker de 55 ans. "Ça m'a fait tout drôle quand je suis sorti de l'avion dimanche".

Wakeman et le New English Rock Ensemble se sont produits les 22 et 23 avril dans la salle Karl-Marx de La Havane, puis le dimanche 24 au soir en plein air, tout près du Malecon, le célèbre front de mer de la ville, et ont joué principalement des morceaux "issus de son répertoire des années 70".

Wakeman souhaite que ce premier voyage ne soit qu'un début et envisage de nombreux projets avec Cuba, comme de s'y produire avec des artistes locaux. Il a aussi enjoint les autres artistes à ne pas tenir compte de l'aspect politique de la situation. "Cuba est connue comme étant l'un des pays les plus riches musicalement parlant" a-t-il déclaré. "Quel musicien peut y rester insensible ?".

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Dans leur supplément Inrocks2, Vol. 2, Pop en France, les années 60 et 70, les Inrockuptibles dressent comme on pouvait s'y attendre un tableau peu amène des seventies et, indirectement, on l'aura compris, du rock progressif à la française. Durant cette décennie (mais la pratique était en fait héritée de la décennie précédente), les rockeurs hexagonaux ne durent leur salut qu'à l'élévation de la copie carbone à hauteur d'institution : "Le problème majeur," nous explique Christian Larrède dans une démonstration à l'emporte-pièce, était "que leurs maîtres avoués s'appelaient Yes, Jethro Tull ou Blood, Sweat & Tears pour certains (Triangle, Zoo, Ange), les Rolling Stones pour d'autres (Alan Jack Civilisation) [et plus tard, pourrait-on ajouter, Téléphone !]. La conséquence assurée est de rendre à peu près inaudible aujourd'hui ce qui fut gravé à l'époque." Certes, reconnaît Larrède, il y eut des exceptions : les Variations, Albert Marcoeur (avec ses ritournelles absurdes et déstructurées à la Zappa), l'humour planant de Gong, "qui mérite davantage que l'indulgence". Martin Circus "d'avant le Sénégal" fait même rêver grâce à ses harmoniques en tapis volant. "Mais c'est la lourdeur démonstrative et l'emphase qui règnent presque partout ailleurs, pour des musiques moins bien composées, interprétées et enregistrées à Paris qu'en Angleterre ou à Los Angeles."

Seul trouve vraiment grâce à ses yeux l'ovni musical qu'était, et qu'est encore aujourd'hui, Magma ("ni du rock, ni du jazz") - une aventure musicale unique, "tout en puissance et démesure", à l'inventivité inédite dans l'histoire de la musique française. Mais de déplorer l'idéologie troublante (une certaine "fascination pour le totalitarisme"), la "mégalomanie", et la "mythologie de pacotille" qui accompagnaient les "éruptions volcaniques permanentes du batteur (génial et lunaire) Christian Vander et de sa troupe." Le bilan de tout cela : chose étrange, les emblèmes de cette "décade pas prodigieuse" restent trois individualités "plus proche du rock et de la chanson que du rock orthodoxe" : Brigitte Fontaine (pour son opus magique enregistré avec Areski et l'Art Ensemble de Chicago, Comme à la radio), Gérard Manset ("Rien aujourd'hui ne peut être comparé à cette extinction glaciale, à cette voix blanche doublée comme un écho au désespoir," dit Larrède à propos de La Mort d'Orion, de 1970), et, surtout, Serge Gainsbourg, qui a écrit avec Melody Nelson "la fresque la plus bouleversante de l'époque". Sur ce dernier point, on ne peut qu'être d'accord (et on l'a déjà dit ici). Pour le reste, chacun en pensera ce qu'il veut...

Philippe BABO