BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

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PREMIATA FORNERIA MARCONI


Les Rois du Progressif à l'Italienne

Cela n'a échappé à personne, la musique de la plupart des groupes de rock (progressif ou pas) connaît, comme tout être vivant, la loi de la croissance : naissance, fraîcheur et révolte de la jeunesse, acquisition de la personnalité, puis maturité dans le respect des traditions et la conformité aux valeurs établies... avant de se refroidir lentement, car l'âge généralement refroidit le sang des musiciens, apaise leur sensualité au profit de l'harmonie.

Groupe majeur dans les années 70, PFM n'a pas échappé à cette fatalité. D'autant que, son progressif étant très chaleureux et suggestif, ses valeurs couraient davantage le risque de s'atténuer, car une telle force de suggestion ne peut se maintenir longtemps au même degré.

Mais récemment, le vent a tourné et s'est mis à souffler sur le foyer éteint pour tenter de mettre à nu quelques braises incandescentes. Depuis 1997, PFM a repris du service, et n'est aujourd'hui guère loin de retrouver sa flamboyance passée. Occasion toute trouvée d'un retour en arrière...

AVANT-PROPOS

L'auteur de ces lignes a fait la connaissance avec la musique de PFM en 1980. Une rencontre, c'est le mot, avec l'impression de rencontrer quelqu'un que l'on attendait depuis longtemps. Quelqu'un d'intense, de profond et de disponible, avec qui la connivence s'installe rapidement, comme avec un ami intime...

PFM est incontestablement le plus célèbre des groupes progressifs italiens nés à l'aube des années 70. De nombreux groupes au talent au moins équivalent sont nés en Italie à cette époque et ont produit une œuvre globalement plus personnelle et ambitieuse. Mais aucun d'entre eux n'a reçu, en dehors de ses frontières, une telle reconnaissance, au point d'être considéré par beaucoup comme l'égal des plus grosses pointures anglo-saxonnes. Avec une célébrité comparable chez lui à celle de Ange en France, PFM, avec son patronyme plutôt hermétique (voir plus loin), a certainement atteint son but artistique et commercial. Ses espérances furent même probablement dépassées car son rayonnement fut également considérable sur la scène internationale, en particulier aux États-Unis.

D'autre part, son influence sur les jeunes musiciens italiens fut impressionnante. Une anecdote - même si c'est peut-être une simple coïncidence - peut illustrer cette affirmation. Elle est en effet révélatrice de l'empreinte d'un géant dans la roche tendre des mémoires que les vagues du temps n'ont pas réussi à attaquer et corrompre. Au bar d'un quelconque hôtel du Sud de la France, un obscur groupe italien a été invité à mettre un peu d'ambiance en distillant un espèce de soupe tiède et conventionnelle (comprenez Toto ou Queen pour les meilleures bouchées). A la faveur d'une pause, je tente une approche afin d'engager la conversation. Du rock en général au progressif italien en particulier, on en vient à parler de PFM. A mon grand étonnement (sans parler de celui des gens au bar qui se demandaient si ce n'était pas l'heure de la piqûre !), ils entament quelques mesures de «Chocolate Kings» ! La musique monte en lambeaux joyeux au plafond, et finit par remplir la salle, provoquant en nous des bouquets de frissons...

Au cours de sa carrière, PFM n'a pas développé un seul style de progressif. Sa discographie peut d'ailleurs être découpée en trois parties - le style symphonique jusqu'en 1974 avec l'album The World Became The World (version anglaise de L'Isola Di Niente), les tendances jazz-rock de Chocolate Kings à Passpartu et (hélas !) pop fadasse durant les années 80 - qui ont en commun le soleil d'Italie que le groupe savait utiliser pour réchauffer chacune de ses œuvres (particularité thermique que l'on retrouve d'ailleurs chez la plupart des groupes italiens de cette génération).

Pendant la première de ces périodes, la plus riche en créativité, PFM, en surfant sur le succès que rencontraient King Crimson et Emerson, Lake & Palmer en Italie et en l'adaptant au pittoresque culturel local, a inventé le rock symphonique a l'italienne. Mais cela ne suffit pas à expliquer la situation de PFM au pinnacle du progressif international. La mise en son n'était alors pas parfaite et le chanteur loin d'être charismatique.

Ce succès était-il dû a cette volonté de nous transporter vers d'autres monde et de tordre le cou aux conventions ? Pas exactement car PFM n'a que trop rarement trouvé la voie royale de l'innovation artistique. Au début, il a bien tenté d'explorer des chemins aventureux, de défricher de nouvelles voix, mais il l'a fait avec moins de bonheur que Banco, par exemple, qui paraissait plus alambiqué mais dont les velléités néo-classiques nous fascinent encore aujourd'hui.

Mais finalement, un sens de la mélodie indéniable associé à une finesse de ton au charme très particulier permettent à PFM de se faire remarquer et de prétendre rapidement à la première place dans son pays, qui apprécie particulièrement d'entendre des mélodies de tradition italienne insérées dans une trame moderne. C'est ce mélange au charme inoubliable qui a permis à ce groupe de survivre à son époque, malgré toutes les indignités qu'il a composé depuis.

Un autre élément à participer à leur gloire est cette volonté de durer, de s'adapter pour plaire au public, progressif ou non, italien ou non, exigeant ou non, de prendre les trains en marche en les alimentant aussi bien de pierres précieuses que de grossiers cailloux.

Cet opportunisme mais aussi cette générosité, cette vision 'œcuménique', président à l'élaboration de ce phare mémorable qu'est devenu PFM, qui guide encore aujourd'hui de jeunes formations en projetant une vigoureuse tache de lumière sur le noir de l'oubli.

Ne nous laissons donc pas «enliser dans les mots comme l'éléphant dans la boue». Contentons-nous de suivre cette lumière en écoutant avec un cœur neuf la musique de PFM...

 
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