BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

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PAIN OF SALVATION (3/4) - Suite >

"Be (Chinassiah)"
InsideOut - 2004 - 75:58

Be pochette

Un an environ après sa découverte en live, voici donc le fameux projet Be, qui décale une fois de plus la réalisation de The Perfect Element Part II. L'album n'en est pas moins ambitieux, aussi bien sur le fond que par sa forme : un livret spécialement copieux et dense, des intervenants extérieurs pour les instruments à corde, flûte et autre éléments orchestraux... Cette fois-ci, les compositions du disque ne sont pas rassemblées en trois, mais en cinq chapitres de trois morceaux, à l'exception du dernier (un seul titre) et du prologue.

Les directions nouvelles esquissées sur Remedy Lane sont ici largement poursuivies et amplifiées, tant le maître mot de ce Be est la diversité. On trouve ainsi un séduisant morceau celtisant, évocateur des tribus barbares du haut Moyen-Age («Imago»); un titre plutôt issu de la Louisiane, avec des voix très basses («Nauticus»); une longue composition de dix minutes très théâtrale, avec chœurs féminins à l'appui, qui s'apparente plutôt au Waters de Pros And Cons Of Hitch-Hiking («Dea Pecuniae»); une courte et lente prestation d'orgue sur laquelle la voix se mêle au son de l'instrument en arabesques troublantes («Omni»).

Mais on retrouve aussi des morceaux plus typiques de POS, mariant le chaud et le froid, comme «Lilium Cruentus» et «Diffidentia», avec des vocaux tantôt sussurés, tantôt rapés, tantôt lyriques. De même, «Nihil Morari» varie les ambiances, pesante ou plus légère, avec la reprise du thème de «Deus Nova». «Iter Immus», avec son refrain captivant et son très beau solo de guitare, renoue pour sa part avec le côté le plus émotionnel et profond de POS, tout comme sa suite conclusive, «Martius/Nauticus II», qui synthétise plusieurs des thèmes de l'album et se termine par un festival de percussions.

Pain Of Salvation 2004

Par ailleurs, plusieurs instrumentaux sont au programme. Si «Animae Partus» est une introduction narrative sans musique (tout comme son pendant final «Animae Partus II»), «Deus Nova» est pour sa part introduit par une belle mélodie symphonique, illustration parmi beaucoup d'autres de l'utilisation accrue de ressources orchestrales encore plus fines et mieux intégrées que sur The Perfect Element. La suite, sur laquelle une voix égrène la progression quantitative de la population mondiale, est nettement plus musclée, avec de belles envolées de piano. «Vocari Dei», avec ses messages anonymes à destination de Dieu, s'avère beaucoup plus délicat et coloré, tout comme le plus crépusculaire «Latericius Valete». Mais la composition instrumentale la plus belle est assurément «Pluvius Aestivus», cinq minutes d'une magnifique et poignante mélodie jouée au piano et violons, digne d'un Satie, et dont la mélancolie ne peut laisser indifférent.

Cette diversité musicale sans précédent sur un album de POS peut surprendre, voire dérouter, mais elle s'explique parfaitement en lien avec le concept imaginé par Gildenlöw, ainsi qu'il l'explique dans notre interview. Centré sur les origines de notre monde et de l'humanité, l'album s'appuie sur un livret aux multiples données scientifiques et à la bibliographie particulièrement riche et intéressante, et la diversité musicale, dans cette optique, ne fait qu'illustrer la diversité des approches et des hypothèses explicatives. Même si sur le court terme, l'on peut avoir tendance à préférer The Perfect Element part I comme réussite absolue de POS, nul doute que cet «être» remarquable pénétrera profondément dans votre cerveau, témoignant une fois encore du talent polyvalent et impressionnant du groupe.

Jean-Guillaume LANUQUE

(dossier publié dans Big Bang n°55 - Octobre 2004)

"Be - Original Stage Production" (DVD)
InsideOut - 2005 - 170mn

Be DVD pochette

Annoncé depuis l'an dernier et la sortie de l'album studio, voici donc le pendant scénique d'un des événements musicaux de 2004. Proposé dans un emballage cartonné toujours agréable, le DVD est en outre accompagné, signature récurrente d'InsideOut, d'un CD qui reprend le concert proposé en images, ainsi que d'un livret d'une cinquantaine de pages bien fournies, comprenant, outre de nombreuses photos, les paroles des morceaux et les explications fournies du concept. Car c'est bien là le cœur de ce DVD, l'interprétation intégrale de Be, pour laquelle le groupe s'est vu rejoint par plusieurs musiciens d'une école de musique avec laquelle ils avaient l'habitude de travailler, qui sont ici en charge des instruments à cordes et à vent.

Tout ce beau monde se retrouve sur une scène divisée en de multiples petites scénettes aux hauteurs variées, avec une cohérence certaine dans l'apparence, le maquillage et les costumes privilégiant un certain côté gothique (le claviériste semble ainsi tout droit sorti du Nosferatu de Murnau !). Ambiance de fin du monde pour un spectacle intense, dont la vedette est incontestablement Daniel Gildenlöw, tour à tour acteur, chanteur habité et polymorphe et guitariste aux pieds nus... Les musiciens sont cependant régulièrement filmés, en particulier lors des séquences purement instrumentales, comme sur «Nihil Morari». Les quinze compositions acquièrent ici une profondeur supplémentaire, du fait de l'interprétation live mais aussi de la mise en scène (dès «Iter Impius», Daniel Gildenlöw se retrouve les pieds dans l'eau pour un baptême d'un nouveau genre...), avec de nombreuses séquences filmées (la nature sous la pluie pour «Pluvius Aestivus», par exemple). Le spectacle est permanent, ce qui ne fait que souligner la valeur musicale de l'ensemble et la délicatesse des arrangements (écoutez cette introduction sur «Latericius Valete», à base de guitare acoustique et de violoncelle).

Pour ce qui est des bonus, par contre, on restera plus dubitatif. S'ils paraissent en effet nombreux, bon nombre sont d'un intérêt limité : une minute de préparation maquillage des musiciens, quelques messages supplémentaires à Dieu laissés sur le répondeur de «Vocari Dei», un faux commentaire audio... le tout sans sous-titres, ni français ni même anglais, malheureusement ! Pour ceux qui auraient suffisamment de patience, il leur faudra s'amuser à chercher les bonus cachés, comme le vrai commentaire audio. Si cette singularité est dans l'esprit de Pain of Salvation, il faut néanmoins reconnaître qu'elle peut ne pas plaire à tout le monde. Ceci étant dit, le spectacle lui-même mérite le détour, l'occasion ou jamais de découvrir un des noms actuels du prog écrit en lettres de feu...

Jean-Guillaume LANUQUE

(chronique publiée dans Big Bang n°58 - Été 2005)


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