BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

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The Perfect Element (1998-2003)

The Perfect Element pochette

Le troisième album du combo est enregistré entre février et juin 2000, un laps de temps qui s'explique en particulier par le soin que le groupe souhaite apporter à ce nouvel opus, qui va d'ailleurs devenir un magnum opus. Il s'agit une fois encore d'un concept en deux parties, qui se penche sur le passage à l'âge adulte de deux jeunes gens, un garçon drogué et violent et une fille violée dans son enfance. Cette première moitié de l'histoire se concentre sur le jeune homme, avec des textes toujours signés du seul Daniel Gildenlöw et un livret extrêmement soigné. Ce dernier, inversant la tendance sensible sur One Hour By The Concrete Lake, prend également en charge la quasi-totalité de la musique, ainsi que l'enregistrement en collaboration avec le fidèle Anders Theander. Les douze compositions sont enchaînés et articulées en trois chapitres de quatre morceaux, dont les durées vont de moins de deux minutes («Fallîng», un solo de guitare très floydien) à une dizaine pour le titre éponyme.

Pain Of Salvation 2000

Et le résultat est tout bonnement saisissant : l'album est d'une rare cohérence, et sublime les ingrédients propres au style de POS, en insistant sur la dimension progressive. On retrouve ce sens du contraste maîtrisé, les sections tour à tour hard-latino ou plus lyrique de «Her Voices» étant encadrées par une émouvante ballade au piano, ou la musique à dominante fusion, voire rap, de «Used» cédant la place à un refrain beaucoup plus romantique. Le titre «King Of Loss» et ses neuf minutes d'une grande variété, qui allient chant en canon, passages explosifs, moment plus intimistes ou solo de guitare d'un lyrisme exacerbé est un modèle du genre, tout comme «In The Flesh», avec sa montée en puissance et ses riffs de guitare répétitifs et obsédants, ou le torturé «Idioglossia». Il faut dire que les musiciens se sentent plus sûrs d'eux que jamais, avec un Johan Langell techniquement impérial sans que son jeu de batterie ne soit le moins du monde démonstratif, un Fredrik Hermansson toujours aussi empli de feeling, un Kristoffer Gildenlöw aussi discret qu'essentiel à l'architecture des morceaux, et un Johan Halgren faisant preuve ici d'une plus grande personnalité («Song For The Innocent»).

Les arrangements ont encore progressé, apparaissant plus équilibrés et plein de subtilités, avec l'incorporation plus systématique d'éléments orchestraux, essentiellement les violons, qui soulignent à merveille les aspects émotionnels. L'émotion en effet est ici à fleur de peau, et on ne peut ressortir intact de l'écoute de ce disque. La voix de Daniel Gildenlöw, qui parvient à monter dans les aigus sans jamais sembler forcer, sait susurrer, crier, pleurer, éructer, se combine à des thèmes dont aucun n'est véritablement plus faible qu'un autre, avec des harmonies vocales de toute beauté : la puissance de «Reconciliation», la beauté transperçante de «Ashes» (refrain d'ailleurs repris sur «Idioglossia»), le caractère apaisant de «Morning On Earth», le souffle de «The Perfect Element»... Incontestablement, avec ce disque, POS a atteint un sommet difficile à égaler, et a marqué d'un monolithe sombre le paysage du hard-prog. The Perfect Element sort en septembre, et le groupe fait la première partie de la tournée des champions du néo-prog Arena afin d'élargir encore son audience.

Remedy Lane pochette

L'œuvre suivante est enregistrée fin 2001, Daniel Gildenlöw, Anders Theander et le reste du groupe étant en charge de la production, véritablement familiale. Il s'agit une fois encore d'un album concept (cf. notre chronique du n°43), cette fois basé sur les relations amoureuses, les divers morceaux en illustrant les différents moments dans le désordre, en commençant par la rupture («Ending Theme»). Daniel Gildenlöw livre ici le disque de POS qui lui est le plus autobiographique. L'introduction est cette fois chantée, mais on retrouve ensuite la désormais classique division en trois chapitres de quatre morceaux. Cependant, contrairement à The Perfect Element, Remedy Lane ressemble plus à une collection de chansons indépendantes, la cohérence musicale laissant la place à l'exploration de certaines directions nouvelles : la musique celtique et folk sur le tribal «Chain Sling», l'instrumental atmosphérique proche du Marillion des années 90 («Dryad Of The Wood») ou nettement plus électronique (l'hypnotique «Remedy Lane»).

On retrouve toutefois les marques du style POS, un lyrisme exacerbé véhiculé par la voix toujours si expressive de Daniel Gildenlöw et la guitare déchirante de Johan Halgren, très mise en avant, et ce dès «Ending Theme» (mais on pourrait également citer l'émouvant «Undertow», à la montée en puissance quasiment digne du Boléro de Ravel); une volonté de surprendre l'auditeur et une incontestable aisance technique, qu'illustre bien l'exotique «Fandango»; une puissance de feu bien réelle, mais dont les flammes caressent surtout l'âme et la variété reflète celle des émotions humaines («Trace Of Blood», «Rope Ends» ou l'impresionnant «Beyond The Pale» et ses dix minutes presque éprouvantes de sensibilité agressive), mais aussi des moments apaisés, les ballades «Second Love» ou «This Heart Of Mine (I Pledge)» et sa partie centrale très genesienne pouvant tout à fait figurer sur les ondes radio. Remedy Lane, un album d'une qualité toujours très grande, se révèle être probablement le plus accessible des disques de POS de par ses mélodies fortes, essentiellement vocales (très peu de soli sont à recenser) et ses arrangements souvent légèrement moins torturés («Waking Every God»).

12:5 pochette

Après la sortie de Remedy Lane à l'été 2002, POS se lance début 2003 dans une tournée en première partie des maîtres du genre, Dream Theater, plutôt concluante, avant d'entamer une tournée en tête d'affiche. Le 12 mai 2003, invité sur une radio nationale, POS livre une prestation acoustique d'une heure immortalisée dans le live 12:5, sorti au début de l'année 2004. On y retrouve un découpage en trois chapitres, mais surtout, des compositions extraites des quatre albums studio du groupe complètement retravaillées, qui conservent intacte leur force mélodique en mettant surtout en valeur la voix de Daniel Gildenlöw et les claviers de Fredrik Hermansson. L'ensemble est d'une grande fluidité, avec des chœurs d'une grande beauté, et s'inscrit comme une nouvelle réussite artistique. POS participe également à l'interprétation de la comédie musicale Jesus Christ Superstar en Suède, avec un Daniel Gildenlöw derrière la batterie. A l'été 2003, le groupe interprète sur ses terres le spectacle Be, accompagné d'un orchestre. C'est ce nouveau concept qui sort en septembre 2004 après son enregistrement définitif en studio, et un DVD, le premier du groupe, donc, suivra un an plus tard. Centré sur Be, ce dernier contient la version live du projet ainsi que quelques bonus (voir les chroniques de ces deux réalisations page suivante; celle de Scarsick, paru en 2007, est également disponible ici).

Conclusion : To The End

A travers une carrière finalement relativement courte, POS apparaît ainsi comme le chaînon manquant entre le metal, le death, le gothique, le progressif, la pop, et que sais-je encore ? Un groupe qui marie tellement d'influences et de styles différents, le tout en réussissant à sonner comme aucune autre formation, qu'il en apparaît emblématique du progressif. Au-delà, également, dans la mesure où un groupe d'un tel niveau, réussissant à combiner un fond textuel et conceptuel étonnamment riche et une forme musicale étourdissante de maîtrise et de charisme, en particulier avec la voix de son chanteur, est simplement un excellent groupe, tout court. Transcendant les étiquettes, POS égrène les disques comme autant d'œuvres d'art laissées à la postérité. Et lorsque l'on se dit que Daniel Gildenlöw n'est qu'à l'aube de sa quatrième décennie, on ne peut qu'imaginer ce qu'il nous réserve encore, seul ou avec POS, comme moments forts et instants de rêve... Avec Pain of Salvation, la musique comme essence de la vie prend toute son ampleur.

Jean-Guillaume LANUQUE

Cet article est dédié à Madeleine LANUQUE (1919-
2004), double croche dans la musique de l'infini.

(dossier publié dans Big Bang n°55 - Octobre 2004)

A consulter également, en complément de ce dossier :

Pain Of Salvation -  "Remedy Lane" (2002) + entretien avec Daniel Gildenlöw

Pain Of Salvation -  "Scarsick" (2007)


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