BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

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MARILLION

"La Foi en l'Avenir"

Pour Big Bang en particulier et tout mélomane en général, la parution d'un nouvel album, a fortiori si la discographie de son auteur est conséquente, suscite immanquablement l'envie d'effectuer un bilan. Quand, de plus, l'auteur en question n'est autre que le père du renouveau progressif des années 80, les manches sont aussitôt retroussées et la plume affûtée...

Certes, mais pour dire quoi ? Tout n'a t-il pas déjà été écrit sur Marillion ?

La passion qui entoure depuis presque vingt ans le quintette d'outre Manche, et qui a fait dire tout et son contraire (c'est à dire beaucoup de bêtises, et nous ne sommes pas épargnés...), vient principalement de la position historique de Marillion. Que nous ayons aujourd'hui 20, 30, 40 ou 50 ans, il est pratiquement certain que cette formation ait joué un rôle important dans notre parcours de mélomane. «L'art véritable se reconnaît aisément», disait le philosophe Francis Ponge, «il ne peut exister que dans et par l'excès émotionnel. Le couple attraction/répulsion a en effet toujours entouré l'art de ses membres tentaculaires pour en faire un lieu de rencontres passionnées».

Pas de doute de ce point de vue, Marillion n'a jamais laissé quiconque indifférent, ce qui tend à démontrer que son propos musical est vecteur de sens. Il n'est bien sûr pas question ici de se faire musicologue et de tenter d'expliquer quelle peut être l'importance de ce sens...

Toujours est-il que la question de savoir ce que serait aujourd'hui le rock progressif sans Marillion (question que nous avions également soulevée à propos de Yes dans notre article du Big Bang n°18) se révèle tout à fait pertinente. Si son fondement est ici bien sûr davantage historique qu'artistique, il n'empêche qu'une telle interrogation (qui pourra choquer les puristes) place le groupe de Steve Rothery (il en est aujourd'hui le père légitime) au centre d'un royaume musical dont les sujets sont des plus disparates. Le rock progressif ne trouve certes pas une vitrine très représentative avec Marillion, mais il lui doit tant et tant dans le cadre de son existence actuelle qu'il serait malvenu de le destituer de cet honneur (même s'il ne le réclame certainement pas...).

Car si la musique de Marillion a entraîné dans son sillage rien moins que le courant néo-progressif, elle ne peut être résumée à ce dernier. Est-il sincèrement possible par exemple de comparer Script For A Jester's Tear au premier album de Pendragon, The Jewel (qui, soit dit en passant, a bien mal vieilli...) ?!?... Sans faire déshonneur au groupe de Nick Barrett (qui propose aujourd'hui une musique superbe et bien plus mature), ces deux œuvres sont bien différentes d'un point de vue qualitatif. Et pourtant, il est encore habituel de les assembler pour définir le courant néo-progressif...

Marillion possédait dès ses premiers pas une forte personnalité qui lui permit de se faire un nom auprès d'un large public, bien incapable de savoir ce qui pouvait les réunir derrière cette bannière chère à Tolkien. Ce rock théâtral, union parfaite d'un lyrisme instrumental des plus élégants et du chant si expressif de Fish, fut ainsi un vent de fraîcheur aussi bien pour la vieille garde des amateurs de rock progressif que pour une toute nouvelle génération avide de fortes émotions musicales.

Rien ne sert de revenir sur les différends qui opposèrent les accusateurs (de plagiat notamment) aux défenseurs de ce groupe anachronique dans le paysage musical du début des années 80. Ce qu'il nous semble aujourd'hui important de noter, c'est l'espoir que Marillion représenta alors (ou plus tard, selon la date à laquelle chacun d'entre nous le découvrit) pour des personnes de vivre ou de revivre des heures artistiques dorées.

Là est indéniablement l'essentiel de l'apport de cette formation, dont la discographie retrace les routes qu'elle emprunta (et qu'elle continue d'emprunter) au gré de ses désirs, de ses expériences et de sa quête d'une reconnaissance commerciale. Ce chemin est évidemment depuis longtemps balisé, mais permettez-nous de le parcourir une nouvelle fois en votre compagnie. Une façon agréable de se remémorer des heures somme toute bien sombres (les années 80 bien sûr) de l'histoire progressive... Dans cette obscurité obscurantiste, Marillion fut bel et bien un phare d'espérance qui continue, aujourd'hui encore, de guider bon nombre d'entre nous...

 
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