BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

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JETHRO TULL (9/10) - Suite >

ALBUMS LIVE, COMPILATIONS, HOMMAGES, ANTIQUITES ET AUTRES CHANSONS DES BOIS...

M.U. pochette

Le lecteur qui pensait en avoir fini avec la discographie de Jethro Tull en sera pour ses frais. Ce qu'il vient de lire jusque-là n'est en effet que la partie émergée de l'iceberg !

Quelques mots d'abord des 'best of'. Living In The Past (évoqué plus haut) mis à part, les deux premiers datent de 1976-77 : M.U. (allusion à la fameuse «Musitians' Union», syndicat anglais des musiciens), et Repeat, The Best of Jethro Tull, 2, qui couvrent la période 69-76, et contiennent deux inédits. Huit ans plus tard, Original Masters (paru en novembre 1985) regroupe les hits de la période 71-77. Enfin, une dernière (double) compilation (The Anniversary Collection), offrant au moins un titre de chaque album, a été publiée en 1993 à l'occasion des 25 ans de Jethro Tull.

Repeat pochetteOriginal Masters pochetteThe Anniversary Collection pochette
A Little Light Music pochette

Les albums live, maintenant. Ce sont en fait les parents pauvres de l'œuvre. Hormis l'ex-dernière face du double-album Living In The Past, et le semi-officiel Live At Hammersmith (1985), il n'en existe que deux : le double LP Bursting Out cité plus haut (1978), qui donne un bon aperçu de la «pêche» du groupe sur scène dans sa formation de la fin des années 70 (pour Ian Anderson, il s'agit de l'album-charnière de l'ensemble de l'histoire de Tull), et A Little Light Music (1992, avec Dave Mattacks, de Fairport, à la batterie), reflet d'une tournée européenne acoustique qui n'apporte pas grand chose de nouveau à la connaissance de l'agronome du XVIIIè siècle (on est heureux de retrouver des vieilleries telles que «Look into thz Sun» ou «A Christmas Song», ou encore le traditionnel «John Barleycorn», mais le groupe peine à retrouver la magie d'antan - notamment sur le poussif «Living in the Past»).

20 Years pochette

Après les hors-d'œuvre, le plat de résistance : les trois grandes compilations des années 88-94. D'abord 20 Years of Jethro Tull (en quatre volumes, paru en juillet 88), qui contient 65 chansons, dont 16 inédites. Il y en a pour tous les goûts : un volume est consacré au miniatures acoustiques andersoniennes, un autre aux «incontournables» (un autre 'best-of, en quelque sorte). Toutes les faces B et autres fonds de tiroir ont été convoqués. Quant aux inédits, ils comprennent une partie des chutes de studio de la fabuleuse cuvée 82 («Jack-A-Lynn», entre autres), une partie également des Château D'Isaster Tapes, et «Coronach», un instrumental enregistré avec David Palmer pour la BBC en 1985. Une version abrégée (en deux LP/CD) a également été commercialisée par la suite.

25th Anniversary Box Set

Cinq ans plus tard, Ian Anderson remet ça, avec cette fois... une boîte de cigares contenant 4 CD (et un livret de 46 pages auquel la présente étude doit beaucoup). Le premier CD est une anthologie des classiques du groupe, remixés (de «My Sunday Feeling» à «Broadsword»); le deuxième est un 'live' dispensable enregistré à Carnegie Hall en 1970 (concert dont étaient issus les deux titres live de Living In The Past); le troisième (le plus intéressant), un ensemble de morceaux réenregistrés «à la maison» par le trio Anderson-Barre-Pegg (The Beacons Bottom Tapes), qui contient quelques belles choses (notamment des versions revisitées de «With You There to Help Me» et «Jack-A-Lynn»); le coffret s'achève par un CD Live Across The World (une mention spéciale pour des versions à couper le souffle de «Nothing is Easy» et «Beggar's Farm», enregistrées en... Estonie !)•

Est-ce fini ? Eh bien non. A peine un an plus tard, paraît un double CD, Nightcap. Le premier CD contient la totalité des fameuses Château d'Isaster Tapes. Quant au second CD, il regroupe dix-huit inédits (1974-91) inexploités jusque-là - et on peut parfois se demander pourquoi, car le dantesque «Crew Nights» (1982), par exemple, aurait fait plus que bonne figure dans le coffret du vingtième anniversaire.

The Meeting pochette A Trick Of Memory pochette

Pour être complet, il faut également signaler les albums solo très bluesy de Martin Barre, A Trick of Memory (1994) et The Meeting (1996), enregistrés avec Gerry Conway, Mel Collins, Doane Perry et Dave Mattacks; le Symphonic Music of Jethro Tull, avec David Palmer, Ian Anderson et le London Symphony Orchestra; et, last but not least, l'hommage Magna Carta, To Cry You a Song, a Collection of Tull Tales (1996), réunissant trois membres du Jethro Tull primitif - Mick Abrahams, Glenn Cornick et Clive Bunker -, ainsi que le ban et l'arrière-ban du monde progressif (John Wetton, Keith Emerson, Ian McDonald, Trent Gardner, Roy Harper, Robby Steinhardt, Echolyn, etc.). La boucle est bouclée...

Nightcap pochetteA Classic Case pochetteTo Cry You A Song pochette

(complément du dossier paru dans Big Bang n°32 - Octobre 1999)

JETHRO TULL - "Living With The Past"
Eagle - 2002 - 75:32

Living With The Past pochette

Les cinq doigts de la main suffisent pour compter les albums live distillés en 35 ans de carrière par Ian Anderson et ses compères. Si l'on met de côté la face 3 du double LP Living in the Past en 1971, et les enregistrements live contenus dans le 25th Anniversary Boxset en 1993, on n'en dénombrait jusqu'ici que deux : le double, et explosif, Bursting Out de 1978, et l'acoustique peu emballant A Little Light Music en 1992. Etonnant pour une formation qui a bâti une bonne part de sa réputation sur ses prestations en public ! C'est donc avec un plaisir sans partage que l'on peut accueillir ce troisième album live (issu pour moitié d'un concert au Hammersmith Appolo de Londres en novembre 2001) qui nous invite à «vivre avec le passé». De fait, sur les vingt titres, six seulement datent des années 80-90 (dont les morceaux-titres des deux derniers albums studio, Roots To Branches et Dot Com, ainsi que deux incursions dans le répertoire solo de Ian Anderson : «Habanero Reel», et «In the Grip of Stronger Stuff» - ce qui repose une fois de plus la question de la raison d'être des albums «perso» de notre elfe unijambiste, mais c'est une autre histoire...).

Les autres titres - l'écologique «Jack in the Green» de 1977 mis à part - sont tous antérieurs à 1971, la palme revenant à Aqualung, représenté par cinq morceaux, dont l'inévitable morceau-titre (qui, cas probablement unique dans les annales du rock, paraît ici bien pâle à côté de la reprise désormais légendaire de Magellan) et la 3625ème version de «Locomotive Breath». Mais on ne jouera pas aux grincheux : l'objet - superbe au demeurant (on ne dira jamais assez de bien du travail graphique de Bogdan Zarkowski, auteur des livrets du Tull depuis 1991) - pourra ainsi faire office de Best of pour les néophytes. Quant aux mordus de la première heure, ils y trouveront de bien belles surprises.

La deuxième moitié (acoustique) de l'album, notamment, contient quelques perles revisitées pour notre plus grand plaisir, tels «Wond'ring Aloud», «Life is a Long Song», «A Christmas Song» (avec un Dave Pegg très en verve à la mandoline, dans un enregistrement capté dans les... vestiaires d'une salle de concert en 1989), ou encore un «Fat Man» engraissé aux hormones, augmenté d'un solo de flûte virevoltant plus que réjouissant. Mention spéciale, enfin, pour le «Nothing Is Easy» cataclysmique enregistré à l'Olympia de Paris en octobre 1999 (une grande claque - l'auteur de ces lignes, qui y était, peut le certifier !), qui constitue peut-être le clou de l'album.

Quelques regrets : que Ian Anderson continue à faire l'impasse sur ses albums les plus progressifs (des années 71-75 et 80-83), ainsi que sur le mal-aimé Benefit, pourtant le joyau de toute la discographie Tullienne (à quand des reprises de «To Cry You a Song» et de «Nothing to say» ?); et que l'on n'ait qu'un minuscule aperçu de la Class of 68 Reunion - un concert donné dans un pub avec les compagnons de la première heure Abrahams, Bunker & Cornick, en 2002 - avec la reprise du blues «Some day the sun won't shine...», déjà présent sur les albums live de 90 et 93 ! Mais on ne peut pas tout avoir, et les lecteurs équipés en lecteurs DVD pourront se rabattre sur l'objet du même nom, d'une durée de 100', qui reprend la quasi-totalité du CD + 8 titres inédits, dont un condensé de 9' de Thick As A Brick (il suffit de demander...) et une belle version de «Budapest» de 1987. Il n'y a pas à dire : c'est dans les vieilles marmites qu'on fait les meilleures soupes...

Philippe BABO

(chronique publiée dans Big Bang n°47 - Décembre 2002)

JETHRO TULL - "Christmas Album"
R&M Records - 2003 - 62:46

Christmas Album pochette

Quelle est la différence entre un album solo de Ian Anderson - électrifié par endroits comme le dernier en date, Rupi's Dance (voir BB 51) - et un album quasi acoustique de Jethro Tull, tel ce très opportuniste «Album de Noël» ? Hormis quelques couinements de guitare de Martin Barre, le jeu de batterie caractéristique de Doane Perry (remplacé sur la moitié des titres, il est vrai, par le percussionniste du gentleman-pisciculteur dans ses œuvres solitaires, James Duncan) et quelques nappes de claviers d'Andrew Giddings, il n'y en a pas ! Tout comme The Secret Language of Birds, l'album solo précédent du ménestrel, Christmas Album explore le versant folk et élizabethain de l'œuvre Tullienne, genre auquel Ian Anderson semblerait se consacrer quasi-exclusivement à l'approche de ses vieux jours. «Si vous aimez 'Bourée' et Songs from the Wood, explique I.A., vous adorerez cet album». Pourquoi pas, si cela permet de patienter jusqu'au prochain véritable opus du combo ?

«Œuvre de commande», enregistrée sur une idée du patron de R&M, ce Christmas Album est un joli fourre-tout, regroupant des compositions d'au moins trois origines différentes. Tout d'abord, de roboratifs Christmas Carols et autres «trad. arr.» entretenant un rapport plus ou moins lointain avec le thème de Noël («The Holly & the Ivy», «God Rest Ye Merry Gentlemen» - déjà présent sur le Live Bursting Out de 1978 - «We Three Kings», et l'inévitable «Greensleaves»), auxquels Ian Anderson, hélas, a cru bon d'ajouter des adaptations de thèmes classiques (notamment la «Pavane» de Fauré) frisant par endroits l'easy-listening, ou le bal du samedi soir.

Heureusement, cette petite faute de goût est rachetée par la «reVisitation» de sept classiques du répertoire Tullien - «A Christmas Song» (avec Dave Pegg en invité à la basse), «Another Christmas Song», bien sûr, mais aussi le rarissime «Jack Frost & the Hooded Crow», le très beau «Weathercock» extrait d'Heavy Horses, deux «Chansons des bois» - le poussif «Ring Out Solstice Bells» côtoyant la sublime love-song «Fire at Midnight», sommet de l'album - et, enfin, une version classieuse de «Bourée», qui nous change des interprétations pompières de ces derniers temps.

Enfin, l'album comporte tout de même quatre inédits : le titre d'ouverture «Birthday Card at Christmas» (qui figurait déjà en «promo» en conclusion de Rupi's Dance), morceau Tullien par excellence, qui a tout de même un petit air de déjà vu ; les sympathiques «Last Man and the Party» et «First Snow on Brooklyn», décalqués respectivement sur «Mother Goose» et «Stuck in the August Rain», qui pourraient être des chutes de Rupi's Dance; enfin, une fois n'est pas coutume, un instrumental à la guitare classique signé... Martin Barre, «A Winter Snowscape», qui crée la surprise et clôt en beauté l'album.

Bref, un album en demi-teinte, où alternent de belles réussites et des facilités que l'on pourra juger indignes des auteurs d'Aqualung. Les inconditionnels seront encore une fois à la fête. Ceux qui, comme votre serviteur, attendent depuis plus de 15 ans un album à la hauteur de Benefit et de Minstrel in the Gallery, seront une fois de plus un peu frustrés. Mais peut-être ne faut-il pas trop en demander à nos vieilles gloires...

Philippe BABO

(chronique publiée dans Big Bang n°52 - Février 2004)


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