BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

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IQ

"A quitte ou double..."

5 septembre 1997 : IQ célèbre, à l'occasion d'un concert exceptionnel à Bury (Angleterre), la sortie de Subterranea, son sixième (et double) album studio... en seize ans d'existence. Cette dernière précision en témoigne d'éloquente manière : la productivité n'est assurément pas la qualité première du quintette anglais... En guise d'explication : une carrière émaillée de mauvais coups du sort, de passages à vide, de faux pas aussi... Autant de facteurs qui expliquent pourquoi IQ n'a jamais pu accéder, jusqu'à aujourd'hui en tout cas, à la notoriété qui lui semblait promise à ses débuts.

Quant aux musiciens, loin de se complaire dans l'amertume de leurs illusions perdues et de mettre leurs déboires sur le compte d'une sorte de malédiction qui pèseraient sur eux, ils se sont attachés à tirer les leçons du passé. Pour que les erreurs d'autrefois ne se reproduisent pas, et que si une nouvelle opportunité de consécration se présente, ils ne la laissent cette fois pas passer...

Petit retour en arrière, en deux courtes étapes, afin de comprendre pourquoi IQ n'a pas réussi plus tôt ce qu'il entreprend aujourd'hui.

La première. Nous sommes en juillet 1985; IQ vient de sortir son deuxième album, The Wake, et d'effectuer une longue tournée anglaise en première partie de Wishbone Ash. Le quintette semble sur le point de percer, au moment où Marillion connaît la consécration commerciale avec «Kayleigh» et Misplaced Childhood. C'est le moment que choisit son chanteur Peter Nicholls pour annoncer, contre toute attente, son départ ! Motif invoqué : un besoin de prendre l'air... Un remplaçant, Paul Menel, sera rapidement trouvé mais, privé de sa figure charismatique, IQ doit pour ainsi dire repartir de zéro...

Seconde étape. Nous sommes cette fois en août 1989; le deuxième album avec Menel au chant, Are You Sitting Comfortably ?, est sorti en avril à la suite d'une longue tournée européenne avec Mike & The Mechanics, et avant une série de concerts en Angleterre. Une nouvelle fois, les perspectives d'avenir semblent radieuses. Patatras ! Cette fois, c'est le label du groupe, Squawk (filiale de Vertigo/PolyGram) qui est contraint de cesser ses activités, laissant IQ sur le carreau ! Souhaitant conserver à tout prix leur statut de musiciens professionnels, Menel et le bassiste Tim Esau préconisent un virage commercial radical; leurs collègues refusent. C'est la scission. IQ entre en léthargie...

Il faudra le retour inattendu (d'abord à titre exceptionnel) de Peter Nicholls, puis la mort tragique du nouveau bassiste, Les Marshall (ex-The Lens et Jadis), et son remplacement par John Jowitt, pour remettre IQ sur les rails. Mis en chantier dès 1991, Ever apparaît en juin 1993. Mais du fait de la réticence du groupe à le promouvoir de la façon ostentatoire qui sied généralement aux 'comebacks' (sans doute par pudeur, eu égard à la gravité de son propos), il passera pour un baroud d'honneur, un dernier tour de piste... Un démenti rapide s'imposait, mais le temps passera sans que le nouvel album attendu ne voie le jour.

Le premier enjeu de Subterranea (et le principal, en définitive) est donc bien là : affirmer qu'Ever n'était pas un de ces albums de reformation sans lendemain, malgré les quatre ans écoulés depuis sa parution. Conscient de ce pari pas forcément gagné d'avance, IQ a sans doute estimé (avec raison) qu'il fallait bien un double-album pour que le message porte vraiment.

Mais la crédibilité nouvelle qu'IQ veut se donner ne saurait tenir qu'à cette stabilité retrouvée (inédite, en fait, dans son histoire) : elle possède également une dimension plus purement musicale. IQ jouit en effet d'un statut quasi mythique, dont ses membres ont bien conscience qu'il n'est que partiellement justifié par une œuvre quantitativement réduite, et qualitativement inégale.

Les revirements successifs opérés par IQ ont laissé son public un peu désorienté. Ever a bien tenté de remettre les pendules à l'heure, musicalement parlant, mais il l'a fait trop timidement, sans dissiper totalement le souvenir des errements passés. Au progressif ambitieux, mais encore trop empreint de l'influence de Genesis (les deux premiers albums), succéda une musique à l'identité musicale plus floue (voire schizophrène) et à l'intégrité artistique incertaine, tiraillée entre aspirations progressives et concessions commerciales (les deux opus suivants). Les velléités 'pop' des «années Menel» ont indéniablement entamé la crédibilité d'IQ, sans pour autant lui apporter le nouveau public espéré. IQ a sans doute sous-estimé, lors de la sortie d'Ever, l'ampleur du terrain à reconquérir : il fallait plus que ce seul album, pourtant réussi, pour asseoir sa notoriété et jouir, au sein de la scène progressive actuelle, de son statu d'antan.

Subterranea est-il alors l'album qui va enfin permettre à IQ d'enfiler l'habit de leader, jusqu'alors un peu étroit, que beaucoup voudraient lui voir porter ? Le pari est en tout cas risqué, même s'il semble que IQ n'ait d'autre alternative que de le tenter...

 
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