BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

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ECHOLYN

"ou le phénix du prog..."

Bien que la naissance proprement dite d'Echolyn remonte à seize ans, c'est en 1985 qu'il trouve ses racines dans un groupe local de Philadelphie : Narcissus. Deux amis d'université, Brett Kull (guitare et chant), 20 ans, et Paul Ramsey (batterie), 21 ans, y ont été rejoints par Ray Weston (chant et basse), 24 ans, pour jouer un répertoire essentiellement composé de reprises. L'aventure durera trois ans : en septembre 1988, Brett jette l'éponge, lassé de ne pouvoir insérer plus de compositions originales dans le répertoire de Narcissus. Ray et Paul continueront quelques temps sans lui, sous le nom de Don't Ask, mais l'épisode s'avérera hélas stérile d'un point de vue créatif.

C'est là qu'une rencontre décisive intervient : celle d'un claviériste, Chris Buzby, qui malgré ses 20 ans à peine, a derrière lui une solide formation de pianiste classique. En septembre 1989, Brett, Chris et Paul fondent Echolyn. Le nom n'a aucune signification particulière : il est choisi avant tout parce qu'il ne se rattache à aucun style musical particulier.

Dans les mois qui suivent, la formation est complétée par les arrivées successives de Ray Weston, confiant dans le potentiel du nouveau groupe, et du bassiste Jesse Reyes. L'année 1990, ou du moins ce qu'elle laisse aux musiciens de temps libre en dehors de leur travail, est partagée entre écriture et concerts.

Au printemps 1991, c'est l'entrée en studio pour l'enregistrement d'un premier album. Sessions marquées par le départ de Jesse Reyes; Brett et Ray assurent l'intérim, avant que l'arrivée de Tom Hyatt, 24 ans, ne complète ce qui sera la formation définitive d'Echolyn.

Echolyn
1991 - 69:31

Sur la pochette du CD, qui sort fin 1991, les cinq musiciens ont souhaité rendre hommage à des personnes, ou simplement des objets, qui ont compté dans leur vie : c'est ainsi qu'on peut apercevoir, dans ce fouillis d'objets divers, des jouets d'enfants, la première basse de Tom, la plaque de la rue qui a inspiré le nom de Narcissus, divers tableaux de Greg Kull, frère de Brett et véritable sixième membre du groupe, et même le père de Ray, déguisé en clown ! On note déjà que la nostalgie tient une place toute particulière chez Echolyn.

Pour présenter le "résultat de notre première année de travail en commun", Echolyn joue la carte de la modestie : il qualifie le contenu du CD d'"honnête". Cette modestie, il faut bien l'avouer, s'avère assez justifiée : on est encore loin de la maturité...

Echolyn est un groupe qui se cherche : il fouille, il expérimente, il se lance dans diverses directions sans parvenir encore à choisir laquelle prendre. Pourtant, malgré ses maladresses et son manque d'audace, on distingue déjà certains des éléments qui feront sa spécificité.

Les sonorités de la guitare et de la section rythmique, qui donnent une texture si particulière aux compositions de Brett Kull et Chris Buzby, sont présentes dès les premières notes du disque; de même, on remarque, dans certains titres, la présence d'une petite 'section de cordes' (en fait, simplement un violon et un violoncelle).

Bien sûr, tout n'est pas formidable, loin de là, dans cet album "fourre-tout" (11 titres de 3:00 à 11:46 pour 67:54) : on y trouve des morceaux fades ("On Any Given Nite"), d'autres sans âme ("Clumps Of Dirt"); mais, le plus souvent, les compositions sont juste inégales, bancales, certaines sections lumineuses ressortant d'un ensemble plat ("Carpe Diem" ou le long "Shades"). Et, au milieu de tout ça, quelques perles : on y découvre un groupe très à l'aise sur les pièces lentes, aux ambiances feutrées ("The Velveteen Rabbit", qui date de l'époque de Narcissus), mais il est encore meilleur lorsqu'il s'agit de passer à la vitesse supérieure ("Breath Of Fresh Air", "Until It Rains").

Echolyn pêche prioritairement par ses arrangements trop basiques, ses structures encore trop peu inventives; mais aussi par son manque de complexité mélodique et harmonique. C'est ce qui fait que ce premier album a tendance à mal vieillir. Mais il faut savoir rester indulgent : après tout, Echolyn était encore un groupe très, très jeune !

Sans doute conscient de ces faiblesses, Echolyn va travailler d'arrache-pied, et il ne faudra attendre qu'une petite année pour le voir donner un successeur à ce premier essai. Suffocating The Bloom, enregistré durant l'été 1992, sera l'album qui fera sortir Echolyn du lot des petits groupes, et le révélera au microcosme progressif.

Suffocating The Bloom
1992 - 63:39

Concept-album ? Chez Echolyn, la frontière est souvent un peu floue : bien souvent, des chansons écrites sur des thèmes très différents s'avèrent constituer un ensemble assez cohérent (on le verra dans l'album suivant avec la suite "Letters"). C'est le cas avec ce disque en forme de retour en arrière sur les premières étapes de la vie d'un homme, de l'enfance au passage à l'âge adulte.

"La fleur ('bloom') représente l'enfance", explique Brett Kull, "c'est-à-dire l'innocence, la créativité, l'honnêteté. A mesure que nous grandissons, cette pureté est progressivement étouffée ('suffocated'), jusqu'à ce que nous soyons dirigés dans une voie unique dont il deviendra de plus en plus difficile de s'échapper... Cette enfance, nous devons faire en sorte de la conserver en nous, car elle est la clé de notre épanouissement...".

Pour son second opus (10 titres de 1:40 à 8:01 plus une suite de 28:13 en 11 parties de 0:39 à 6:45, pour un total de 71:06), Echolyn nous éclaire donc de sa propre expérience de la vie, en quelques tableaux tour à tour très imagés, presque philosophiques ("In Every Garden", "Those Who Want To Buy") et autobiographiques ("21", "Winterthru"). Globalement, la tonalité est assez désabusée. Pourtant - et c'est là une caractéristique que l'on retrouvera constamment chez Echolyn -, derrière ses paroles souvent acerbes et sa musique par moments empreinte d'une très forte tension, le message que délivre Echolyn se veut résolument optimiste, comme dans ce "Here I Am" où il exprime avec passion son plaisir de jouer.

La musique, quant à elle, s'avère considérablement plus dense que celle du premier album. A tel point qu'on regrette un peu que certains thèmes ne soient pas plus développés (l'album comprend certes quelques instrumentaux, mais ils excèdent rarement les 2 minutes), en particulier sur l'imposante "Suite For The Everyman" (28:13), morceau que Ray Weston présente lors des concerts comme "un doigt levé en direction de tous ceux qui nous on dit qu'on ne pourrait pas le faire..." : l'expression, en fait, d'une intégrité et d'un idéalisme, de cette part d'enfance qu'Echolyn ne veut surtout pas perdre...

A travers ce qui aurait pu ressembler à un magma impénétrable, Echolyn se montre sous son meilleur jour : ruptures de rythme incessantes, changements de tempo, enchaînements subtils des sous-parties (il y en a onze !), et déjà ces incroyables harmonies vocales, rappelant tour à tour Gentle Giant et Kansas, qui vont s'avérer essentielles au "son Echolyn".

Le regard résolument porté vers l'avenir, Echolyn s'épanouit et laisse sa personnalité s'affirmer en toute liberté, et surtout sans lui fixer de limites...

Pendant l'été 1993, alors que ses amateurs commencent à peine à se remettre du choc de Suffocating The Bloom, Echolyn met sur le marché un troisième CD... enfin, pas tout à fait, puisqu'il s'agit d'un mini-album au concept très particulier, qui va susciter nombre de polémiques au sein du monde progressif.

On se rappelle que Suffocating The Bloom se terminait avec un titre entièrement acoustique (à l'exception de la basse) : la session avait du être particulièrement agréable, car quelques mois plus tard, le groupe remet ça pour un recueil de quatre chansons. Recueil pour le moins bref, puisqu'il dure à peine plus d'un quart d'heure.

... And Every Blossom
1993 - 15:47

... And Every Blossom a laissé perplexe plus d'un auditeur. De tout évidence, le groupe a avant tout souhaité se faire plaisir. Mais il n'a pas pour autant vendu son âme aux démons du mercantilisme. Derrière la simplicité de façade de ces chansons, qui en outre bénéficient à nouveau de la présence d'une section de cordes (et même de quelques cuivres), se cachent des mélodies finalement beaucoup plus subtiles qu'il n'y paraissait : les fredonner après une unique écoute relève même de l'exploit !

Arrangements simples, mélodies complexes : c'est en quelque sorte le négatif de sa musique habituelle que nous propose Echolyn avec ce ... And Every Blossom qui est donc plus qu'une simple parenthèse dans la carrière du groupe.

L'information ne filtrera que plus tard, mais à l'heure où l'on découvre ce mini-CD, Echolyn a signé [le 22 août 1993, pour être exact] un contrat avec la plus grande maison de disques du monde... Michael Caplan, directeur artistique de Sony 550 (un sous-label, relativement indépendant de la maison-mère), a été séduit par la musique du groupe, et voit en lui le possible précurseur d'un renouveau commercial du rock progressif.

Stratégie commerciale de la 'major', évidemment, mais qui apparaissait paradoxalement, à l'époque, comme la garantie pour Echolyn d'une liberté créative : Sony semblait enfin avoir compris que le rock progressif bâtardisé se vend encore moins que lorsqu'il est intègre... Selon le contrat, Echolyn aurait dû disposer de sept albums pour faire ses preuves...

 
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