BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

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CARAVAN (5/8) - Suite >

1983-94 : ECLIPSE ET RENAISSANCE

Le reste des années 80 verra Caravan disparaître totalement, à l'exception d'une poignée de réunions, notamment en juillet 1983 pour les 25 ans du Marquee Club de Londres (pour l'occasion, Geoff Richardson et Jan Schelhaas réintègrent le groupe). Il faudra attendre 1989 pour qu'un projet de reformation voit le jour, grâce à la proposition inattendue d'une chaîne de télévision privée, Central TV, qui vient alors de lancer un nouveau programme musical, «Bedrock», dans lequel des groupes des années 70 sont conviés à se reformer le temps d'un concert télévisé.

Bizarrement, Hatfield and the North (groupe à la renommée des plus confidentielles - d'ailleurs les tribunes seront quasiment désertes pendant l'enregistrement) figurera parmi les premiers à se prêter à cet exercice, en mars 1990. Richard Sinclair s'attachera ensuite à convaincre ses collègues de Caravan de faire de même et, pourquoi pas, de poursuivre sur cette lancée. Ce qui sera fait : Pye Hastings, David Sinclair, Richard Sinclair et Richard Coughlan, rejoints par Jimmy Hastings (désormais invité permanent), enregistrent leur «Bedrock» en juin 1990, et au cours des mois suivants donnent plusieurs concerts à guichet fermé à Londres et aux alentours.

Le répertoire joué, qui fait la part belle à In The Land Of Grey And Pink, et ne comporte que de brèves allusions aux albums d'après 1971, semble contenter tout le monde, le public en premier lieu, mais lorsqu'il s'agit d'y introduire de nouveaux morceaux ou, pire, d'envisager la réalisation d'un nouvel album, des désaccords de plus en plus marqués apparaissent. Richard Sinclair (seul membre du groupe à vivre de sa musique) préfère se consacrer en priorité à son propre groupe, Caravan Of Dreams, dans lequel officient occasionnellement son cousin David et Jimmy Hastings. Celui-ci durera jusqu'en 1993 et tournera un peu partout en Europe, et même aux États-Unis. Caravan, de son côté, ne s'aventure hors d'Angleterre qu'une seule fois, pour un festival en Italie en juin 1991.

Le projet de nouvel album demeure un temps, jusqu'à ce qu'en 1994 intervienne la rupture entre Pye Hastings et Richard Sinclair, concrétisée par la parution du CD Cool Water (démos de 1977 sur lesquelles joue Sinclair, mais dont ont été écartées ses chansons) et, surtout, à la fin de l'année, la tournée de Mirage, réunion d'ex-membres de Camel et Caravan : convié à la rejoindre, Sinclair déclinera l'offre et concevra comme une trahison la participation de tous les ex-membres de son Caravan Of Dreams - Andy Ward, principal initiateur du projet, Rick Biddulph, David Sinclair et Jimmy Hastings. Pye Hastings se joindra même à cette fine équipe en qualité de 'guest-star'.

L'aventure ne durera guère : la grande tournée initialement prévue se réduira à une poignée de dates en Angleterre et aux Pays-Bas, devant des salles gigantesques à moitié vides, faute d'une promotion efficace. Il en résultera une débâcle financière qui laissera les participants, en particulier ceux issus de Caravan, particulièrement amers. D'autant que les relations entre les musiciens sont loin d'être au beau fixe, notamment entre Peter Bardens et Pye Hastings.

1995-... : LA BATAILLE D'HASTINGS

Battle Of Hastings pochette

Un Hastings qui annonce depuis des mois l'enregistrement imminent de son premier album solo (un vieux serpent de mer), intitulé How Large Is Your Barge ? La tournée Mirage ayant redonné un semblant de vie à la communauté caravanienne, c'est finalement sous la configuration et le nom de Caravan que sera réalisé, au printemps 1995, ledit album, qui s'intitulera avec l'humour habituel du groupe The Battle Of Hastings. Autour de Pye Hastings et David Sinclair (qui signe quand même un titre, l'atypique «Travelling Ways»), on retrouve les fidèles Richard Coughlan et Geoff Richardson, l'éternel invité Jimmy Hastings, et un nouveau membre, le bassiste Jim Leverton.

Le retour aux sources suggéré par les couleurs grises et rosés de la pochette se limite hélas à la forme, mais tout compte fait ce n'est déjà pas si mal. On retrouve la luxuriance instrumentale qui a permis à Caravan de sauver les meubles sur ses albums les moins inspirés : David Sinclair nous gratifie d'une imitation plutôt convaincante de sa sonorité d'orgue légendaire, Geoff Richardson alterne violons, guitares, mandoline, clarinette et percussions, et Jimmy Hastings nous enchante d'une panoplie d'instruments à vent plus variée que jamais.

Ceci nous vaut fatalement quelques envolées instrumentales mémorables, mais celles-ci demeurent fortement bridées par les carcans du format chanson, couplet-refrain, auquel Pye Hastings s'est totalement soumis. L'extase musicale n'est donc pas au rendez-vous, mais si l'on ne considère pas cela comme un motif supplémentaire de frustration (l'excellence est à portée de main...), on appréciera à sa juste valeur cette sympathique sucrerie sonore...

All Over You pochette

Pour nous faire patienter dans l'attente de la sortie de son nouvel opus (The Unauthorised Breakfast Item, paru en 2003 après la publication de cette rétrospective, mais dont nous vous offrons la chronique sur cette page), Caravan nous a en outre gratifié du duo d'albums constitué par All Over You (1996) et All Over You Too (1999), qui comprennent tous deux des versions réarrangées et réenregistrées de titres issus du répertoire 'classique' du groupe. Le premier volume, envisagé initialement comme une relecture acoustique, a finalement intégré des moments plus électriques, dont une revisitation assez décapante (à défaut d'atteindre à la 'modernité' qu'elle revendique) de «For Richard». En dépit de moments plaisants, les versions proposées sont généralement en-deçà (parfois très) des originaux. Quant au second, il bénéficie d'un choix de morceaux plus inattendu et de la présence bénéfique du nouveau guitariste soliste de Caravan, Doug Boyle, auteur de quelques solos bien sentis (lyrique sur «Nightmare», plus 'fou-fou' sur «Cthlu Thlu»).

All Over You Too pochette

Le gros problème de ces deux CD, en dehors de choix stylistiques parfois contestables, est l'utilisation généralisée des programmations (rythmiques notamment, malgré la présence annoncée de Richard Coughlan) et le rôle très réduit des claviers (David Sinclair n'intervient de façon significative que sur un morceau de chaque). Il apparaît en fait que Julian Hastings, le fils de Pye, producteur et ingénieur du son de profession, s'est fortement impliqué dans la direction musicale du projet. De là à parler de jeunisme opportuniste, il n'y a qu'un pas...

Sortis malgré tout sous le nom de Caravan, ces albums expriment donc les convictions artistiques du seul Pye Hastings, qui ne sont pas forcément celles du groupe dans son ensemble. Même si l'on a définitivement fait une croix sur l'ambition musicale d'antan, il est donc permis d'espérer que le nouvel album studio, que Caravan se prépare à enregistrer dans les mois à venir, marquera au moins le retour à une démarche collective. L'annonce d'une écriture plus partagée le laisse escompter. Reste à espérer que Pye Hastings et David Sinclair (qui affiche désormais la même prédilection que son collègue pour le format 'chanson') auront à cœur de prendre en compte l'ensemble de l'héritage artistique de Caravan. Après tout, la simplicité n'exclut pas la sophistication...

Aymeric LEROY

(dossier publié dans Big Bang n°37 - Octobre 2000)

A consulter également, en prolongement de ce dossier :

CARAVAN - "The Unauthorised Breakfast Item" (2003)


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