BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

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CAMEL

ou le progressif romantique...

A l'occasion de la sortie de son douzième album, Harbour Of Tears, en 1996, nous avions effectué un bref et lointain survol de la carrière de Camel. Notre article, volontairement incomplet donc, trouvait à l'époque une justification liée au fait que le groupe anglais était à nos yeux relativement bien connu du public progressif. Aujourd'hui pourtant, force pour nous est de remarquer que ce constat est des plus relatifs. Si la musique de Camel vous est relativement familière, il semble que peu d'entre vous ne connaissent finalement et véritablement sa discographie complète... Cette réalité, révélée notamment par de nombreux courriers adressés à Big Bang, n'explique néanmoins pas seulement notre décision de nous plonger cette fois-ci au cœur de la nébuleuse camélienne.

Le second argument est davantage d'ordre affectif. Pendant longtemps, Camel a été considéré, y compris dans le milieu progressif, comme une formation de second ordre : sympathique et talentueuse certes, mais n'ayant pas les épaules assez larges pour être comptée parmi les maîtres du genre, c'est-à-dire parmi les fameux dinosaures... Avec le recul, il est tentant d'imaginer que cette classification restrictive résultait avant tout d'une absence cruciale chez le groupe anglais : celle d'un leader véritablement charismatique, comme pouvaient l'être alors par exemple Jon Anderson ou Peter Gabriel... Pour être honnête et poursuivre l'analogie avec Yes et Genesis, il convient bien sûr également de noter que Camel n'a, dans les années 70 (y compris avec The Snow Goose, pourtant la plus cohérente à ce jour) et ensuite, publié d'œuvres aussi consensuellement abouties que Close To The Edge ou Selling England By The Pound.

Mais aujourd'hui, la situation est quelque peu inversée. Camel est en effet devenu un groupe de tout premier plan dans le microcosme progressif. Contrairement aux autres dinosaures, plus orthodoxes dira t-on, Andrew Latimer et les siens (terme à géométrie variable) sont ainsi actuellement au sommet de leur art : le chameau roule sa bosse avec une authenticité et une spontanéité assez incroyables après plus de trente années d'existence. Eh oui, plus que toute autre décennie, ce sont bel et bien les années 90 qui ont donné vie au Camel le plus enthousiasmant et le plus cohérent.

Au fil du temps, Camel a en effet choisi, avec un rock progressif assez peu audacieux (en tout cas jamais ostentatoire : un voile de pudeur recouvre chaque note de chaque solo, non !?!...), de labourer un champ assez restreint avec patience, modestie et ténacité, gagnant en intensité ce qu'il perd en étendue. Son œuvre, sur le plan spatial, n'est jamais allée très loin au-delà d'un certain progressif symphonique et charmeur. Tout en sachant parfaitement éviter la monotonie, la grisaille et l'ennui, il n'a quitté que très rarement la sécurité de son royaume pour se lancer dans des explorations téméraires. Mais cette concentration de forces créatrices a un énorme avantage, notamment quand on connaît le caractère consciencieux de Latimer : l'artiste est moins à la merci des variations barométriques des modes. C'est d'ailleurs l'un des secrets de la longévité exceptionnelle de Camel et de sa reconnaissance finale par le public progressif. En évitant l'éparpillement, en chassant les constructions diffuses, les regards flous, en faisant sa mise au point toujours à la même distance, il a vu les objets à leur juste proportion et ses connaissances sont devenues au fil du temps on ne peut plus sures dans ce domaine. Camel est devenu seigneur et maître sur ses propres terres. Les terres du progressif romantique...

Ainsi, si chaque album de la longue carrière de Camel peut être placé assez facilement dans cette perspective artistique, il s'agit malgré tout de ne pas effectuer d'amalgame réducteur en imaginant que le parcours du groupe anglais est strictement linéaire... Depuis l'aube des années 70, Camel fait donc preuve d'une magistrale cohérence artistique, dont nous allons tenter de vous révéler les arcanes...

 
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