BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Fly From Here Return Trip pochette

PISTES :

1. Fly From Here - Overture (1:53)
2. Fly From Here - Pt I - We Can Fly (6:00)
3. Fly From Here - Pt II - Sad Night At The Airfield (6:41)
4. Fly From Here - Pt III - Madman At The Screens (5:16)
5. Fly From Here - Pt IV - Bumpy Ride (2:15)
6. Fly From Here - Pt V - We Can Fly (Reprise) (1:44)
7. The Man You Always Wanted Me To Be (5:07)
8. Life On A Film Set (5:01)
9. Hour Of Need (6:45)
10. Solitaire (3:30)
11. Don't Take No For An Answer (Previously Unreleased) (4:20)
12. Into The Storm (6:54)

FORMATION :

Trevor Horn

(chant, claviers, production)

Steve Howe

(guitares, choeurs)

Geoff Downes

(claviers)

Chris Squire

(basse, choeurs)

Alan White

(batterie)

INVITÉS

Oliver Wakeman
(claviers [2,6,9])

Gerard Johnson
(piano [7])

Luis Jardim
(percussions)

YES

"Fly From Here Return Trip"

Royaume-Uni - 2018

Autoproduction - 53:32

 

 

On le sait, Yes est sans doute le groupe de rock progressif dont la carrière aura le plus ressemblé à une série aux multiples rebondissements. Et bien que Chris Squire ait tiré sa révérence, et qu'Alan White soit dans un état physique catastrophique, un nouvel épisode de la saga d'un groupe désormais gemellaire a eu lieu en mars dernier. C'est à ce moment, en effet, marquant le cinquantième anniversaire de la création de Yes, qu'une nouvelle version de l'album Fly From Here a été proposée aux fans. L'album, le dernier vrai fleuron d'une discographie aussi riche qu'inégale, date pourtant de moins de dix ans, puisqu'il était sorti en 2011.

Cependant, ce n'est pas un simple remaquillage de façade qui a eu lieu. Trevor Horn, le producteur, a en effet souhaité faire de Fly From Here le pendant complet de Drama, et pour ce faire, il a pris une décision radicale, avec l'accord de Howe, White et Downes, nécessairement : réenregistrer toutes les parties vocales initialement dévolues à Benoît David, qui disparaît donc totalement du disque. On pourrait voir dans cette démarche une forme de révisionnisme musical, pourtant, une certaine légitimité se dégage. C'est en effet Trevor Horn qui avait composé les maquettes originelles de «Fly From Here» et de «Life On A Film Set», c'est lui qui avait également présidé aux guides vocaux dont Benoît David s'est servi pour ses prises, et c'est toujours lui qui a été le chef d'orchestre de l'ensemble du projet. Il a également revu le mixage, et modifié certaines parties.

C'est principalement la suite titre qui en bénéficie, avec de légères coupes rendant sa durée un peu moins longue. La basse est davantage mise en avant, tout comme les guitares et les voix, des arrangements de claviers ou de guitare ont été ajoutés (au mitan de «Madman At The Screen»), des choeurs également (sur «Sad Night At The Airfield», assurément la partie la plus retravaillée, où la batterie fait une entrée plus tardive), des transitions modifiées (entre «We Can't Fly» et «Sad Night At The Airfield», avec effet sur la batterie similaire au final de «Tempus Fugit» et son de sonar, par exemple). Quant au chant, quel plaisir de retrouver le timbre de Trevor Horn, rendu étonnamment proche par la production, et particulièrement habité dans son interprétation ! Assurément, les fans de Yes, et particulièrement ceux pour qui Drama demeure un disque réussi et notable, ne peuvent qu'être séduits par ce changement.

Les autres modifications notables concernent la seconde partie de l'album. Les morceaux composés par Steve Howe se voient en effet accrus. «Hour Of Need» passe ainsi de trois à près de sept minutes, même si cette version étendue figurait déjà à l'époque en bonus du pressage japonais. L'ajout d'une ouverture instrumentale lyrique, répliquée plus largement encore en conclusion, muscle avec beaucoup de justesse la chanson. Surtout, un nouveau titre de quatre minutes a été intégré juste après l'exercice acoustique de «Solitaire». «Don't Take No For An Answer» est même chanté par le guitariste, dont on connaît pourtant le manque de charisme vocal; les ch?urs de Horn le soutiennent fort à propos. Il s'agit d'un morceau plaisant, qui est surtout bien arrangé, et possède un refrain dynamique. La pochette a enfin été revue par Roger Dean, mais c'est sans aucun doute la modification la plus anecdotique. En l'état, on peut avoir une préférence pour cette nouvelle version, même si la précédente garde pour elle le mérite de la primauté.

Jean-Guillaume LANUQUE

(chronique parue dans Big Bang n°103 - Août 2018)