BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Food For Thought (18:17)
2. Sieving The Day's Events (17:25)
3. The Stitch (15:56)
4. Unnatural Animation (20:45)

FORMATION :

Neil Randall

(tout)

Bruce Soord

(tout également)

VULGAR UNICORN

"Sleep With The Fishes"

Royaume-Uni - 1996

Cyclops - 72:36

 

 

Depuis la sortie de Under The Umbrella, Vulgar Unicorn s'est forgé la solide réputation d'être le plus original des groupes anglais officiant dans la catégorie "néo-progressif". Tout cela en un seul album ! C'est dire la personnalité et la réussite propres à ce premier opus...

On attendait forcément le groupe au tournant après un tel début en fanfare. On était pourtant avertis, on serait encore surpris ! Car Neil Randall (claviers, samples, basse, batterie...) et 'Bruce' Soord (guitares, chant, samples...) éprouvent comme une certaine répulsion envers le progressif banal et édulcoré.

Cet avertissement aurait dû nous mettre sur la voie. A peine le nouveau CD entre les mains, la surprise s'annonce. Pochette psychédélique, aux couleurs artificielles : une spirale bi-ton jaune et fushia, avec un verre de bière dans lequel nage un poisson, une typographie sortie tout droit d'une console Sega... La démarche n'est finalement pas désagréable car enfin un groupe s'essaie à autre chose, tourne en dérision certaines valeurs commerciales actuelles. "Osons !", comme disait... Espérons même qu'ils vendent des milliers d'albums au rayon "dance" ! (blague). Souhaitons surtout qu'ils plaisent aux amateurs de progressif (telle est la véritable question, n'est-ce pas ?).

Il faudra plusieurs écoutes avant de se faire une opinion sur cet album. Certes, il y a encore des points communs avec le premier CD : le côté planant et enjoué, les guitares électriques aux sonorités psychédéliques, la voix singulière, la clarinette, la flûte, le sax ou le hautbois qui ne sonnent pas jazz-rock, l'architecture en longues pièces (18, 17, 15 et 20 minutes !), les bruitages ponctuels - tout est là pour nous le rappeler. En fait, le groupe semble se diriger vers un progressif plus planant, sorte de 'space-rock' évoquant les albums de Porcupine Tree, formation très en vogue actuellement.

A cela s'ajoute la volonté de n'avoir aucun blocage stylistique, aucun complexe. Aussi, ne soyez pas étonnés d'entendre par moments une rythmique quelque peu "techno" : c'est le brassage des genres musicaux qui imprime (comme chez Porcupine Tree) à la musique de Vulgar Unicorn sa forte identité. Certains regretteront évidemment l'attitude plus symphonique de Under The Umbrella, encore qu'elle ressurgisse assez souvent. Quoi qu'il en soit, Randall et Soord élargissent considérablement le potentiel commercial de leur musique, sans pour autant tomber dans le laxisme et la facilité : Sleep With The Fishes surprend, nous propose d'autres horizons et finit par réussir ce qu'il avait entrepris, c'est-à-dire abattre nos préjugés.

Ce point de vue suscitera certainement la polémique, et c'est sans aucun doute ce que recherche Vulgar Unicorn au travers de sa tangible provocation. Certes, le groupe aurait pu faire un second Under The Umbrella, et il s'en est partiellement abstenu. Certes, il fait parfois de la provocation gratuite (peut-être pour marquer son indépendance vis-à-vis d'un milieu, celui du néo-progressif anglais, qu'il n'affectionne guère). Certes, il y a quelques excès stylistiques qui déplairont.

Toutefois, après de nombreuses écoutes, je crois finalement que ce Sleep With The Fishes n'est pas aussi différent de son prédécesseur qu'on le croyait au début. L'effet de surprise dépassé, on se rend compte que, globalement, le space-rock cuivré du premier CD a encore une place prépondérante dans la musique de Vulgar Unicorn. Il y a évolution, non révolution. Le groupe a gardé son tempérament novateur (ou du moins original). Il aime prendre des risques (la trompette en intro de Under The Umbrella, il fallait oser - et quel effet !). Cette réputation se confirme avec ce nouveau CD, voilà qui est louable.

Alors, si le premier CD garde l'avantage de l'intelligence et de la cohérence, le deuxième, qui se doit d'être écouté avec attention (il serait trop facile de se faire un avis rapide et à l'emporte-pièce), possède les mêmes qualités musicales, avec en plus, aux yeux de certains, quelques fautes de goût. Encore une fois, une question de goût(s) plutôt que de talent...

Régis THÉVENARD

(chronique parue dans Big Bang n°17 - Automne 1996)