BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. The Beginning
2. The Riddle Of The Sky
3. Dark Passage
4. Sympathy
5. Traveller
6. Silent Scream
7. Lake
8. Bitter Words
9. Carpe Diem
10. After Time
11. LC 2
12. The New Shape (piste bonus)

FORMATION :

Robert Janson

(chant, guitare acoustique)

Michal Marciniak

(guitares électrique et acoustique)

Pawel Marciniak

(claviers, batterie)

Pawel Marciniak

(piano, clarinette)

INVITÉS

Jacek Lagwa
(programmations)

Joanna Gozdek
(soprano)

Lukasz Blaszczyk
(violon)

Pawel Babara
(basse)

Beata Witkowska
(flûte)

Iwona Rapacz
(violoncelle)

Robert Nogacki
(hautbois)

Krzysztof Przewozny
(hautbois)

Piotr Sobczak
(basse)

Mariusz Puchlowski
(flûte de pan)

Agnieszka Krol
Agnieszka Makowka
Kamila Sowinska
Ewa Srodkowska
(chant)

Quintette de cordes du PRiTV de Varsovie

VARIUS MANX

"The Beginning"

Pologne - 1994

Bonded By Sound - 42:06

 

 

Attention, chers lecteurs : à l'Est, il y a du nouveau ! Depuis quelques temps, il semblerait que la "scène progressive" polonaise fasse des émules. En effet, après l'avènement de Collage (sans parler des 'petits frères' Albion et Annalist) et du très remarquable premier opus de Quidam, il convient de saluer l'arrivée d'un nouveau fleuron, le bien-nommé Varius Manx qui en réalité n'en est pas à ses débuts.

En effet, le groupe polonais est également l'auteur d'un autre album, The New Shape (paru en 1993 sur le même label que son successeur), qui montre un talent prometteur bien qu'encore immature. Cependant, en se débarassant par la suite des parties chantées (Robert Amirian ici sur deux titres rejoindra Collage), Varius Manx va de facto trouver une plus grande cohérence musicale sur son second album, The Beginning, paru l'année suivante (mais diffusé que très récemment dans le microcosme progressif).

Emmenée par un quatuor de musiciens - Robert Janson (guitares et vocalises), Michal Marciniak (guitares), Pawel Marciniak (claviers et batterie) et Tomasz Ziulkiewicz (piano) -, cette formation est de toute évidence animée d'un esprit pionnier. Je m'explique : la démarche originelle progressive pourrait être considérée comme la volonté innovante de marier plusieurs styles musicaux qui, se côtoyant, finissent par se rendre indissociables, constituant de fait une identité singulière, un genre musical à part entière. Réunissant dans sa musique les fondements du progressif (rock, classique et jazz), la direction choisie par Varius Manx se distingue nettement de celles empruntées par ses compatriotes sus-cités, œuvrant pour leur part dans un registre néo-progressif symphonique (surtout Quidam).

Si l'intégrité musicale de Varius Manx reflète sa fidélité à des principes initiaux et fondamentaux, précisons néanmoins que le registre dans lequel évoluent nos Polonais n'a rien à voir avec le progressif altier et pompier des ELP, Trace et autres ténors italiens du milieu des années 70. Non, The Beginning nous propose un progressif instrumental et très mélodique, ambitieux surtout non pas pour la durée de ses 12 morceaux (de 1:25 à 6:33) mais pour la qualité de ses compositions qui s'érigent en une véritable alchimie riche en atmosphères intemporelles tour à tour mélancoliques, chaleureuses et chatoyantes. Musique raffinée et intimiste basée sur des climats feutrés, l'instrumentation de notre quatuor se voit rehaussée et élargie par une kyrielle d'invités au nombre desquels on remarque la présence d'un violoniste, d'un violoncelliste, d'un flûtiste, d'un oboïste, d'une soprano et d'un chœur féminin. Ainsi paré, Varius Manx produit une musique à l'écriture soignée, avec de multiples combinaisons instrumentales, de somptueuses mélodies sophistiquées qui ravissent l'auditeur, pantois devant tant de talent.

Dès l'ouverture avec "The Beginning" (4:45), qui donne son titre à l'album, on est renversé par les sonorités diaphanes et cristallines créées par la guitare acoustique de Janson (compositeur de ce titre) qui le referme avec de célestes vocalises. Que dire de la flûte aérienne de "The Riddle Of The Sky" (2:44), de la beauté mélancolique de "Dark Passage" (1:53), du vague-à-l'âme de "Travellers" (2:37), de la multitude d'arpèges et de volutes de la guitare acoustique qui butinent autour du piano itératif de "Bitter Words" (4:46), de la touche légèrement jazzy du violon de "Silent Scream" (3:53) d'où émane un certain désabusement typiquement slave...

Tout cela ne serait rien (j'exagère un tantinet !) sans l'extraordinaire "Sympathy" (6:33) : introduction aux claviers vaporeux et violoncelle ténébreux cédant la place à une combinaison guitare acoustique (décidément très inspirée !) et flûte de pan, puis des vocalises féminines vous emportent au-delà de votre quotidienneté (envahissante ?), viennent ensuite quelques notes de piano égrenées ça et là sur lesquelles se posent des chœurs majestueux qui n'en finissent pas de résonner et de se perdre dans les limbes oniriques que vous traverserez... définitivement hors du temps !

Avec cet opus à la beauté mélancolique héritée du classique, et aux réminiscences du meilleur d'Anthony Phillips, Renaissance ou autres Gryphon, Varius Manx s'installe comme le garant d'un héritage qu'il perpétue, vous l'aurez compris, avec une haute dignité.

Christophe MAISIAT

(chronique parue dans Big Bang n°17 - Automne 1996)