BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Neo pochette

PISTES :

1. Disimmetrie (6:56)
- Golem (Storia Di Una Goccia)
- Suoni Di Plastica
2. Medusa (8:27)
- Fede
- Fuga
- Corale
- Samba V
3. Idra (1:51)
4. Risveglio, Procreazione E Dubbio Pt. I (11:31)
- Preludio
- Primo Esperimento
- Secondo Esperimento
- Dubbio
5. L'Amore Diverso (2:28)
6. Cerbero (9:25)
- Promenade
- Le Tre Teste
- La Guerra All'Idrogeno
7. Risveglio, Procreazione E Dubbio Pt. II (9:31)
- Epilogo
- Coda
- L'Addio

FORMATION :

Michele Mutti

(pianos acoustique et électrique, Hammond C3, MiniMoog, orgue, synthétiseur, Mellotron)

Michele Giardino

(chant)

Davide Donadoni

(basse)

Michelangelo Donadini

(batterie, percussions)

INVITÉS

Matteo Rigamonti
(guitares électrique et acoustique)

Mauro Donini
(saxophone soprano)

Francesca Arancio
(violon)

Giovanni Bertocchi
(flûte)

EXTRAITS AUDIO :

LA TORRE DELL'ALCHIMISTA

"Neo"

Italie - 2007

Maracash - 50:06

 

 

Il y a six ans le premier album de cette formation italienne m'avait totalement enchanté et je prédisais au groupe un avenir radieux. certes l'attente de cette confirmation aura été longue, mais dès la première écoute de cet étonnant Neo, il n'y a aucun doute à avoir sur le contenu hautement recommandable de ce nouvel opus. Mieux, le groupe a mis à profit ces longues années pour parfaire les quelques points encore discutables de son premier essai discographique.

Au cas où La Torre Dell'Alchimista vous serait inconnu (par exemple, vous vous êtes abonnés à Big Bang à partir de 2002), je vous rappellerai que nos amis transalpins œuvrent dans un progressif symphonique typiquement italien, gorgé d'influences puisées dans leurs racines 70's, Le Orme en tête du fait de la quasi absence de guitare. Autant dire que le groupe n'invente certes pas l'eau chaude, mais la brillance de sa musique et l'énergie qui l'anime en font bien plus qu'un simple clone passéiste.

En six ans, le groupe a connu quelques changements de line-up, avec l'arrivée d'un nouveau batteur (Michelangelo Donadini) et le départ de la flûtiste. Désormais réduite à quatre membres, la formation fait toutefois appel à plusieurs invités (flûte, violon, saxophone, guitare) pour élargir sa palette sonore quand le besoin s'en fait sentir. Mais le claviériste et principal compositeur Michele Mutti, la bassiste Davide Donadini et le chanteur Michele Giardino n'ont besoin de personne d'autre pour faire chauffer leurs compositions. Et les fioritures des uns et des autres sont secondaires.

Et en six ans, le groupe a aussi pris le temps de faire beaucoup mieux en terme de production; le chant est encore meilleur, tant dans la maîtrise vocale que dans la variété des intentions; et la musique s'est elle aussi bonifiée en se révélant peut-être moins immédiatement accessible, mais encore plus durablement jouissive !

Ces améliorations apparaissent nettement dès le premier morceau, le vif et contrasté "Dissimmetrie", avec orgue grondant, sax déluré, rythmes syncopés, nappes de Mellotron et chant (en italien bien sûr) parfaitement maîtrisé. Mises à part deux courtes pièces instrumentales d'environ deux minutes chacune (démonstration insolente de piano pour la première, intermède plus récréatif et apaisant pour la seconde), les cinq pièces principales de l'album (de 6:57 à 11:30) se révéleront du même acabit. Des mélodies aux thèmes prenants; une palette de sons de claviers impressionnante (orgue et Leslie, piano, Mellotron, Moog, synthés divers, etc.); un goût affirmé pour les contrastes entre parties vives et enflammées et apaisement romantique très latin. Même à l'écoute de «Cerbero», plus proche de l'esprit du premier album, on mesure encore mieux les progrès accomplis : le thème mélodique d'ouverture est redoutablement efficace, le chant très évocateur est puissant à souhait, la progression du morceau est admirablement menée (superbe intervention du violon). Tout cela bouillonne et le plaisir augmente encore plus les écoutes se font nombreuses. Michele Mutti se révèle largement à la hauteur de ses maîtres, comme instrumentiste mais aussi et surtout comme compositeur. Impressionnant !

Avec ce Neo au titre volontairement provocateur, La Torre Dell'Alchimista confirme donc haut la main sa place parmi les meilleures formations du rock symphonique mondiale. Reste que cette reconnaissance méritée ne saurait se conforter sans un délai plus réduit entre deux albums. La concurrence est si rude en ce moment que même les très bons groupes peuvent vite se faire oublier (moi-même ne croyais plus trop à l'arrivée de ce deuxième opus !). Le potentiel de ces talentueux musiciens n'étant vraiment pas à mettre en doute, on leur souhaitera donc de donner le plus rapidement possible un successeur à cet album de toute beauté.

Christian AUPETIT

Entretien avec Davide DONADONI :

Davide Donadoni

Il s'est écoulé six ans entre vos deux albums studio, ce qui est très long. D'un autre côté, on sent que ce temps vous a profité car Neo est meilleur à bien des niveaux (production, personnalité, chant...). Etait-il nécessaire pour vous de prendre votre temps ?

En fait, après le premier CD, on aurait pu faire une photocopie de cet album au bout de six mois comme beaucoup de groupes le font, mais nous avons décidé de sortir un deuxième opus uniquement si nous jugions que des progrès conséquents avaient été faits par le groupe. Cela a donc nécessité des changements dans la formation, et six années passées à écrire et jouer par-ci par-là. Il faut aussi dire que la moitié de Neo existait à l'état brut il y a trois ans, mais avec l'arrivée de Michelangelo au poste de batteur, il s'est avéré nécessaire de ré-arranger et parfois même ré-écrire certaines parties, afin de s'adapter à son style. Et puis on a continué à composer de nouveaux morceaux tout en en supprimant d'autres qui ne nous satisfaisaient plus.

Neo est un titre un peu surprenant pour un album qui renvoie immanquablement aux années 70 ! En plus, ce terme renvoie surtout à la renaissance du style progressif apparu dans les années 80 en Angleterre. Qu'est-ce que ce titre signifie pour vous ?

Nous avons choisi ce titre en toute connaissance de cause, et justement pour son ambiguïté. Dans notre langue, ce mot signifie un défaut de la peau (il y en a beaucoup sur le visage de Michele Mutti), et donc par métaphore, nous avons voulu désigner une imperfection, un défaut. Et Neo, qui en latin signifie nouveau, est le nom du personnage principal de l'album, le nouvel Homme né de l'orgueil des hommes, qui mourra à la fin en même temps que les monstres qu'il aura engendré (l'Hydre, le Cerbère et la Méduse).

Vous êtes trop jeunes pour avoir réellement été baignés par la musique des années 70. Comment êtes-vous entré dans cet univers musical ? Avez-vous des influences moins évidentes que les ténors italiens ces années-là ?

Nous avons découvert cette musique grâce à différentes sources : nos familles, des amis plus âgés, etc. Et on a ensuite poursuivi nos découvertes. Je crois que le premier contact de Michele Mutti avec la musique progressive a été Tarkus d'ELP. Mais Michelangelo, notre nouveau batteur, a découvert le progressif en intégrant le groupe. Et Michele Giardino n'est pas vraiment fan pour autant. Nos goûts sont aujourd'hui plus larges, et sont plus variés, tant au sein du style progressif que vers d'autres styles, de la pop à la musique contemporaine en passant par le folk. Pour ne citer que quelques noms : I Pooh, Bela Bartok, l'Orchestra Casadei, Weather Report... Et puis, qui peut prétendre jouer du rock sans se référer aux Beatles ?

Par le passé, vous avez eu d'autres membres (chanteuse, flûtiste, etc.), mais sur les albums, vous êtes principalement quatre. Aimeriez-vous ajouter un cinquième membre permanent ?

En fait, par rapport à ce que nous ressentons dans notre musique, et tout spécialement avec Neo, les instruments comme le violon, le saxophone, la flûte et même la guitare doivent être considérés comme des solistes à part entière, même s'ils ne sont présents qu'à certains moments, lorsque l'atmosphère le nécessite. Alors trouver un multi-instrumentiste capable de jouer tous ces instruments relève de l'utopie ! D'un autre côté, on ne peut pas dire à un musicien, disons un violoniste par exemple : OK, le show dure deux heures alors tu vas jouer ta partie qui dure 30 secondes dans le troisième morceau et ensuite, tu disparais dans les coulisses !"

Vous semble-t-il plus facile d'être un groupe de rock progressif en Italie plutôt qu'ailleurs dans le monde ? Avez-vous de bonnes opportunités pour jouer en concert ?

Non ce n'est pas facile, même quand on joue sans cachet, qu'on apporte tout notre matériel et qu'il faut se payer notre nourriture ! Les occasions de jouer devant de conséquents publics sont rares, mais on est toujours heureux de le faire, même quand on est plus nombreux sur scène que dans la salle. On aimerait bien avoir la chance de rejouer dans des festivals progressifs, là où le public est prédisposé à entendre ce genre de musique.

Travaillez-vous déjà sur un troisième album ? Est-ce qu'il sera prêt avant six ans ???

Oh je pense que ce troisième album sortira dans douze ans ou plus, mais il sortira ! (rires) Sérieusement, on est en train d'écrire de nouvelles compositions, mais notre priorité est de présenter Neo sur scène. On va faire des concerts dans notre région, mais on essaye de trouver des concerts à l'étranger. A bon entendeur...

Interview réalisée par Christian AUPETIT

(chronique et entretien parus dans Big Bang n°67 - Automne 2007)