BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Prologue (4:38)
2. The City And The Crystal (7:05)
3. The Goblin's Trail (7:18)
4. War God (6:12)
5. Bornera (10:37)
6. A Song For A Distant Land (7:02)
7. Princesa Vanessa (6:07)
8. The Lord Of A Thousand Tales (11:43)

FORMATION :

André Mello

(chant, claviers)

Ary Moura

(batterie, percussions électroniques)

Henrique Simoes

(guitares, mandoline, chœurs)

André Luiz

(basse, guitare acoustique)

TEMPUS FUGIT

"Tales From A Forgotten World"

Brésil - 1997

PC Records - 60:45

 

 

Ne vous arrêtez surtout pas au nom (qui renvoie volontairement ou non à l'un des morceaux du Drama de Yes) de cette toute nouvelle formation brésilienne ou même au titre (éculé à souhait...) de son album ! Derrière ces signes trompeurs (car semblant annoncer une œuvre de second plan) se cache pourtant l'une des merveilles du moment...

Car Tales From A Forgotten World est bel et bien un rêve pour tout amateur de musique symphonique. Le Brésil, qui connaît actuellement une relative crise de renouvellement, peut bénir Tempus Fugit de lui offrir un nouveau représentant d'un tel talent. De plus, fait rare chez les formations sud-américaines, le plumage est pour une fois au diapason du ramage. Comprenez par là, non seulement que la pochette et le livret du CD sont d'un très grand professionnalisme et d'une singulière beauté, mais aussi que la production est des plus soignée... Tout est donc réuni pour que la rencontre entre cet album et ses auditeurs soit source de passion.

Les deux mamelles de cette réussite artistique sont la fraîcheur des thèmes mélodiques et la force évocatrice de leur interprétation.

Explications : si les caractéristiques latines ne peuvent être remises en cause, notamment par cette propension à une langueur mélancolique, elles s'avèrent transcendées par la fougue de certaines séquences instrumentales... Si de symphonisme on ne peut effectivement négliger de parler, il convient de préciser qu'il n'est aucunement complaisant comme peut l'être parfois par exemple ceux de Sagrado, Anima ou autre Tisaris...

Ce refus de s'assujettir aux valeurs strictement symphoniques s'exprime par et dans l'utilisation de claviers volubiles qui nous invitent à effectuer un formidable bond géographique. On se retrouve ainsi du côté de la Hongrie et de l'Allemagne, tant les envolées de moog nous remettent en mémoire les fastes de Solaris et de Eloy... André Mello est en effet un claviériste hors pair qui confère aux compositions, lors de ses très nombreuses interventions, un caractère empreint tout à la fois de puissance et de majesté.

Pour revenir définitivement au Brésil et clore cette chronique, il convient de mettre en lumière le lien intense qui unit Tempus Fugit et Dogma. Les caractéristiques stylistiques communes à ces deux formation sont effectivement nombreuses : symphonisme altier, grande fluidité thématique et mélodies luxuriantes... Par contre, comme nous l'avons mentionné plus haut, l'auteur de Tales From A Forgotten World s'échappe parfois de cette forte mélancolie en s'engageant dans des séquences au fort élan orchestral. Tempus Fugit perpétue donc la tradition progressive du Brésil, mais en lui offrant des ornements originaux qui en font non seulement une curiosité mais surtout une formidable réussite artistique. A ne pas rater, il va sans dire...

Olivier PELLETANT

(chronique parue dans Big Bang n°23 - Nov-Décembre 1997)

Entretien avec André MELLO :

Peux-tu nous dresser tout d'abord l'historique du groupe ?

Les bases de Tempus Fuglt ont été jetées en 1992 quand j'ai quitté mon groupe précédent, Visagem de Pandora, en compagnie du batteur Marcio Almeida. Nous avons alors eu l'idée de créer une nouvelle formation, et avons emprunté le nom à la fameuse composition de Yes. Nous avons été rejoints par Henrique Simoes à la guitare et Ronaldo Cruz à la basse, et avec ce premier line-up nous avons enregistré une première démo. Plus tard, en 1994-95, nous avons été rejoints par César Lanzarini, qui assurait les parties narratives dans nos concerts, puis par un nouveau batteur, Marcio Fernandes, et un second guitariste, André Luiz. En 1995, il y a eu une série de défections au sein du groupe; je me suis alors mis au travail sur un projet solo. Finalement, l'année suivante, Tempus Fugit est reparti avec l'arrivée de l'ancien bassiste de Visagem de Pandora, Claudio Bernard, et d'Ari Moura, un vieil ami à moi auquel j'ai proposé de nous rejoindre, moi et Henrique. La formation actuelle était ainsi réunie, et nous avons donné un premier concert en décembre 1996 puis enregistré une nouvelle démo, live en studio. C'est grâce à celle-ci que, par l'entremise de Lanzarini, nous avons signé avec PC Records. Puis nous sommes entrés en studio pour enregistrer Tales From A Forgotten World...

Comment décrirais-tu votre musique ? Il nous semble qu'il s'agit de progressif symphonique avec également des influences 'spacerock', qui évoque des groupes comme Eloy, Pendragon ou Camel...

Je suis d'accord avec l'appellation de progressif syrnphonique, mais pas avec celle de spacerock. Pour ce qui est de nos influences, elles se situent plus du côté de musiciens particuliers que de groupes. Pour Ari, c'est Jurgen Rosenthal (Eloy) et Neil Peart (Rush), pour Claudio, Frank Bornemann (Eloy) et Tony Levin. Moi, je suis un grand admirateur de Rick Wakeman et Vangelis, et j'aime aussi Marillion, Supertramp et Yes. Notre guitariste, Henrique, ne savait même pas ce qu'était le rock progressif avant de nous rejoindre, et ne connaît toujours pas très bien les classiques du genre...

Quelle place tient le chant dans votre musique, et pourquoi avoir choisi de vous exprimer en anglais ?

Pour donner à notre musique une portée universelle, car la plupart des gens parlent anglais. Nous voulions toucher plus de gens. L'importance du chant varie d'un morceau à l'autre, d'une séquence à l'autre... Nous avons voulu surtout privilégier la diversité, ne pas centrer notre musique sur un ou deux instruments seulement, et les mélodies, auxquelles nous accordons un soin particulier. Les textes doivent souligner ces mélodies.

Sur combien de temps s'est étalée la réalisation de l'album ?

Cinq morceaux ont été écrits dès 1992. Les trois autres datent de la reformation du groupe, en 1996, L'enregistrement a duré quatre mois, ayant enregistré une démo deux mois auparavant, dont certains titres non utilisés sur l'album devraient figurer sur notre futur second album...

Justement, quels sont vos projets ?

Nous voulons donner le plus de concerts possible, au Brésil mais aussi à l'étranger bien sûr ! Pour ce qui est du deuxième CD, 80% de son contenu est d'ores et déjà arrangé. Il y a comme je l'ai dit des chutes de l'album précédent, et de nouvelles compositions. Nous espérons l'enregistrer d'ici la fin de l'année, mais rien n'est planifié de façon stricte, L'accueil du CD a été excellent jusqu'ici, bien meilleur que nous n'osions l'espérer, au Japon notamment où il se vend comme des petits pains... En quatre mois, nous avons écoulé l'intégralité du premier pressage ! Nous avons reçu des lettres d'un peu partout dans le monde, et notamment de France !

(Remerciements à César LANZARINI)

(entretien paru dans Big Bang n°25 - Mars/Avril 1998)