BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Strangefish - Fortune Telling

PISTES :

1. Happy As I Am (8:48)
2. It Could Be Me (7:02)
3. Random (5:04)
4. 360° (1:18)
5. Keep The Exits Clear (6:32)
6. Have You Seen The Light ? (5:51)
7. Lightswitch (0:37)
8. Ignorance Of Bliss (8:28)
9. Reflection
1) Reflection (3:02)
2) This Is Me - Part I (4:00)
10. This Is Me - Part II (6:35)
11. Lighthouse Jig (Bonus - Instrumental) (7:38)

FORMATION :

Steve Taylor

(chant)

Paul O'Neil

(claviers)

Julian Gregory

(basse, violons, mandoline, violon alto)

Bob

(guitares)

Dave Whittaker

(batterie, percussions)

EXTRAITS AUDIO :

STRANGEFISH

"Fortune Telling"

Royaume-Uni - 2005

Autoprod. - 65:00

 

 

Après Full Scale, leur premier disque, les Anglais de Strangefish livrent un second opus qui mérite qu'on s'y attarde. Strangefish, c'est Steve Taylor au chant, Paul O'Neill aux claviers, Julian Gregory à la basse, Bob (sic !) à la guitare et Dave Whittaker à la batterie. Fortune Telling, qui est livré avec un petit poisson en plastique censé pouvoir sentir les sentiments à l'œuvre de celui qui le tient dans la paume de sa main, est un album concept articulé autour d'une réflexion sur la société de consommation et sur sa potentialité à nous rendre heureux ou non.

Le style décliné est un néo prog de qualité, qui lorgne plus vers les seventies que vers les années 80; ainsi, les chœurs de «Happy As I Am» font clairement penser au Genesis de Peter Gabriel. Paul O'Neill semble assez souvent influencé par Rick Wakeman, et la guitare de Bob sait se faire musclée, comme terriblement lyrique. Ce sont en tous les cas ces deux instruments qui mènent l'ensemble, sculptant régulièrement de jolis passages instrumentaux, et même si la basse n'est pas oubliée au mixage, elle a tendance à être aussi sage que la batterie : actives juste comme il le faut, mais sages. Plusieurs morceaux sont ainsi agréables, sans être extraordinaires, avec des mélodies plaisantes («Happy As I Am»), bucoliques et romantiques à souhait («It Could Be Me»). «Random» est légèrement plus agressif dans son introduction, tempéré par des claviers enveloppants, mais son chant a comme un air de déjà entendu.

Cependant, à côté de ces compositions bien menées mais sans génie particulier, Strangefish a su réaliser quelques titres plus notables, surtout concentrés en fin d'album. «360°» est très bref, mais également très séduisant grâce à l'apport du violon (tenu par Julian Gregory), et sert surtout de transition vers le doux «Keep The Exits Clean», dont le final est plus envoûtant. «Have You Seen The Light ?» est plus surprenant du fait d'un rythme rock assez basique, d'un solo de guitare très speed et de sons de claviers occasionnellement plus proches d'Abacab que de Foxtrot; seule la fin, là aussi, est plus orthodoxe dans le genre choisi. Par contre, «Ignorance Of Bliss» est une des compositions les plus réussies du disque, la progression mélodique des premières minutes, magnétique, à base de piano, s'accompagnant d'un solo mesuré et délicat de guitare et d'un solo de moog répétitif conclusif. De même, le quart d'heure de «Reflection - This Is Me», divisé en deux parties, qui reprend quelques-uns des thèmes antérieurs, se révèle plus riche, avec de fréquentes séquences musicales et un chant relativement travaillé. Enfin, l'instrumental «Lighthouse Jig» est carrément une incursion dans le monde celtique, avec un violon en maître de cérémonie et un rythme soutenu, mais également des arrangements nombreux, variés, des soli de guitare, claviers et violon, et moult rebondissements pour un résultat fort entraînant.

Sans être indispensable, Fortune Telling est néanmoins un disque de fort bonne facture, qui saura réjouir tous les amateurs de néo prog.

Jean-Guillaume LANUQUE

(chronique parue dans Big Bang n°62 - Été 2006)