BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1 - 3. Book Of Prophecies (20:35)
4. The Duel (7:20)
5. The Lion's Empire (6:40)
6. Wings Of The Phoenix (5:08)
7. Ship Of Darkness (5:46)
8. Wargames (4:28)
9 - 10. The Moment Of Truth (6:40)
11. Book Of Prophecies (Radio Edit) (3:25)

FORMATION :

Casaba Bogdan

(guitare)

Robert Erdesz

(claviers)

Laszlo Gomor

(batterie)

Gabor Kisszabo

(basse)

Attila Kollar

(flûte, chant)

Tamas Pocs

(basse)

EXTRAITS AUDIO :

SOLARIS

"Nostradamus - Book Of Prophecies"

Hongrie - 1999

Stereo KFT - 60:01

 

 

Il est des choses que l'on n'explique pas vraiment. Auteur d'une discographie pour le moins réduite (étendue qui plus est sur près de vingt ans - cf. notre rétrospective du n°18), Solaris est pourtant un groupe de renommée mondiale, dont le nouvel album est hautement attendu. Pourquoi ? Certainement en premier lieu du fait du statut mythique de Martian Chronicles (1984), œuvre demeurée indisponible durant de longues années... Mais cela est-il suffisant pour éclairer notre lanterne ? Je ne le crois pas... Et d'autant moins que l'album en question souffrit quelque peu de sa réédition, ne pouvant (et c'est logique) répondre aux fantasmes que sa réputation avait engendrés chez tout mélomane passionné...

En fait, il convient de mettre le prestige de Solaris sur un autre plan que celui qui consiste à analyser strictement sa musique et qu'un rationaliste comme moi à un peu de mal à définir. Le groupe hongrois possède en effet un pouvoir d'attraction assez impalpable, que l'on pourrait assimiler à du charisme et qui incline à se donner à son art avec une dévotion quasi mystique. Et c'est ainsi que Solaris (quand bien même sa créativité s'avère quantitativement des plus réduites) se positionne avec un incroyable naturel au sein des formations progressives les plus en vue...

Avouez que ce genre de phénomène 'surnaturel' aide à faire de Nostradamus un retour gagnant. Et croyez moi, il l'est au delà de nos espoirs les plus fous. Tant pis pour le suspense... Ce second album studio est une franche réussite, qui ne peut souffrir d'aucune critique un tant soit peu développée. Les festivités commencent d'ailleurs sous la forme de la suite-titre qui, durant plus de vingt minutes, nous offre un large panorama de ce à quoi le rock progressif contemporain peut s'apparenter. Un morceau, qui par la minutie et l'agencement original de ses multiples ambiances, semble vouloir répondre à certains détracteurs du genre progressif qui lui reprochent justement de ne plus 'progresser'. Même si à titre personnel je pense que la question n'a pas vraiment lieu d'être (un groupe doit être jugé d'après son talent et non d'après les fantasmes de celui qui l'écoute), je serai néanmoins tenté de voir dans «Book Of Prophecies» (et dans l'œuvre globale) un bien séduisant plaidoyer pour faire du mouvement progressif un style parfaitement adapté à la modernité que le prochain changement de millénaire symbolise...

Et le reste de l'album est au diapason de cette sublime ouverture. Les six morceaux (plus une version courte de «Book Of Prophecies» destinée aux radios) que l'on découvre ensuite exposent peut-être de façon plus orthodoxe l'art progressif de Solaris. On y découvre ainsi de fabuleux entrelacs de séquences symphoniques portées tour à tour par des claviers futuristes, une flûte inventive et des choeurs majestueux (seuls éléments vocaux de l'album). Sans oublier quelques rageuses interventions (censées rappeler les prédictions les plus sombres de Nostradamus ?) de guitare qui ponctuent cette superbe musique engendrée par des esprits souverains... Et vous l'aurez deviné, ce que la suite propose par rapport aux compositions qu'elle introduit, c'est une plus grande audace dans l'agencement de ces différents éléments... Mais, malgré cette mise en exergue, il faut insister sur la qualité globale de Nostradamus qui ravit et enchante d'un bout à l'autre de son propos...

Je ne suis pas sûr qu'il faille pousser l'analyse beaucoup plus loin. Peut-être, pouvons-nous simplement rappeler la brillance dont font preuve les musiciens de Solaris, qui se proposent donc d'offrir au rock progressif un visage tout à la fois buriné par son histoire et porteur de traits propres à une jeunesse éclatante de vitalité... Passé, présent et avenir s'entremêlent donc sans que l'auditeur s'interroge véritablement sur l'origine géographique et l'éventuelle intemporalité de cette heure de musique... Du charisme vous disais-je tout à l'heure, le même que celui détenu par Spock's Beard par exemple, mais qui a l'avantage de s'accompagner ici (contrairement au Day For Night, chroniqué dans le présent numéro) d'un art progressif au dessus de tout soupçon... Sans vouloir jouer les Nostradamus de comptoir, je ne peux m'empêcher néanmoins de prédire à cet album un immense succès.

Olivier PELLETANT

(chronique parue dans Big Bang n°30 - Mai 1999)