
PISTES :
1. Dream Song Of The River
2. Dream With Me
3. And You'll
4. Pick Up
5. Everyday
6. Softly
7. The Coral Dream
8. With
9. Night Terror
10. Dancing On A
11. Black Horse
12. To A Night Dream
13. With A Walking
14. Death Followed By
15. A Sunrise Falling
16. With Hope
17. But There Will Be Nobody To Dream
18. Morning Child
FORMATION :
Sigmund Snopek III
(claviers, flûte, hautbois, clarinette basse, cor de chasse, chant, batterie, effets électroniques, basse)
Whyforamus String Quartet :
Jennifer Grahms
(1er violon)
Ellen Hofer
(2ème violon)
Jonathan Brenkle
(violon alto)
Wendy Wagner
(violoncelle)
Chœur "The Encore Singers" :
Michaela
Chaconas
Douglas R.
Arendt
Kelly Jeanne Fadeski
Michael C. Chapel
Gina Stutzman
Ellen Hofer
(tabla arabe [14])
SIGMUND SNOPEK, III
"Nobody To Dream"
États-Unis - 1997
WMMS - 43:56
Trois ans après la réédition de son premier album, Who's Afraid Of Virginia Woolf ?, Sigmund Snopek poursuit le programme de digitalisation de ses œuvres des années 70, entrepris en collaboration avec le label progressif allemand WMMS. C'est donc son troisième album, Nobody To Dream (1975), qu'il nous convie à redécouvrir, mais cette fois dans une version totalement réenregistrée.
Nobody To Dream fut composé en 1968 et 1969, à l'époque où Snopek était le leader du groupe Bloomsbury People. Il s'agissait d'une cantate pour formation rock (sans batteur) et quatuor à cordes, qui fut créée en décembre 1970 dans l'église St. Williams de Waukesha (Wisconsin). Par la suite, elle devait faire l'objet de pas moins de quatre enregistrements, dont celui-ci serait aux dires de son auteur la plus fidèle à l'esprit de l'original.
Il est aisé de le croire, dans la mesure où l'on se trouve replongé, dès les premières notes de la seconde plage (la première étant une pièce pour quatuor à cordes seul), dans l'époque de la création, à savoir l'ère psychédélique. Comme les groupes de ces années, américains en particulier, Snopek s'est livré à une tentative de fusion de différents idiomes musicaux, ou pour simplifier, à l'intégration d'éléments classisants dans des compositions d'obédience plutôt pop. Celle-ci se traduit dans la substance musicale elle-même, mais aussi dans la forme de l'oeuvre, succession de dix-huit pièces assez courtes et toutes enchaînées.
Le résultat est empreint d'une insouciance assumée, voire revendiquée, et il serait injuste de blâmer Snopek de recréer ainsi ses vertes années, tant les couleurs chatoyantes dont il pare son discours le rendent finalement très attachant. On n'est pas très loin, parfois, d'une sorte d'opéra-rock kitsch façon «Hair», de par cette grandiloquence un rien naïve, ces mélodies guillerettes, ce chant parfois très théâtral...
Et puis il y a les séquences plus orchestrales, celles où interviennent conjointement les cordes et un chœur féminin, dont certaines s'avèrent proprement bouleversantes. L'impression de superficialité laisse alors la place à une profondeur insoupçonnée, une tonalité à la fois grave et émouvante. Ces plages, distillées avec régularité au long de l'album, tirent incontestablement l'ensemble vers le haut, en conférant aux autres titres une dimension dépassant le cadre du cliché gentiment rétro pour atteindre celle de la recréation poignante et nostalgique d'une époque.
Sigmund Snopek a réussi, avec Nobody To Dream, une œuvre d'une grande singularité, qui pourra apparaître à certains trop typée, mais dont il émane une vraie sincérité, et qui pour peu qu'on se laisse prendre au jeu, captive d'un bout à l'autre. La meilleure preuve en est qu'en l'écoutant, on ne sent pas le temps passer et l'on est surpris que ce soit si vite fini. Si ce n'est pas un beau compliment...
Aymeric LEROY
Entretien avec Sigmund SNOPEK, III :
Doit-on
considérer Nobody To
Dream comme une seule pièce, ou une collection
de
morceaux liés par un thème d'inspiration commun ?
Comme une seule pièce. Les textes parlent d'une nuit dans la vie de l'auteur durant laquelle celui-ci repense à sa vie, à celle des gens qui l'entourent et se pose la question du sens de la vie. Je les ai écrits quand j'avais 17 ans, donc rétrospectivement ils peuvent paraître plutôt simplistes. J'ai d'ailleurs supprimé sur cette nouvelle version deux textes qui je trouvais ratés, ceux de «Black Horse» et «Death Is», pour en faire des pièces instrumentales. Musicalement, l'album est un cycle musical régi par une lutte entre les tonalités de do et fa dièse, lutte qui ne prend fin qu'au terme de l'œuvre.
L'une des constantes de ton œuvre est ta volonté de combiner des éléments issus du rock et de la musique classique. Penses-tu que cette fusion soit probante ?
Ce n'est pas vraiment une volonté, ça me vient tout à fait naturellement. Certains critiques ont estimé que mes symphonies, qui sont au nombre de cinq, sont parmi les meilleurs exemples de cohabitation des idiomes rock et classique. J'en suis évidemment flatté. Je me sens proche de ce point de vue d'œuvres comme «Nixon In China» de John Adams, «Plays Jimi Hendrix» du Knonos Quartet, «John Somebody» de Scott Johnson, «In C» de Terry Riley, ou encore «Live With The Edmonton Symphony Orchestra» de Procol Harum...
A force d'aller et venir d'un style à l'autre, n'as-tu pas du mal à définir ta personnalité musicale ?
Pas du tout. J'apprécie des choses très variées. Je n'aime pas les puristes, je pense qu'ils se privent de bien des expériences intéressantes. La musique est un langage qui se parle de nombreuses manières qui peuvent toutes être merveilleuses à leur façon. La musique est la vie, la musique est la mort... elle nous survivra. Je continue à travailler dans toutes mes sphères d'activité musicale. En ce moment, je compose une pièce pour violoncelle, hautbois et harpe.
Justement, quelles seront les prochaines étapes de ta collaboration avec WMMS ?
Il y aura d'abord Music For Pipe Organ, puis mon second album Trinity SeasSeesSeize. Il s'agit d'un 'opéra spatial' de deux heures qui traite du thème du pouvoir en rapport avec la religion, la politique, et plus généralement la vie. Le CD sera constitué d'enregistrement de l'époque, et de plages additionnelles. Finir enfin cet opéra sera certainement l'un des étapes importantes de ma vie. Il comprend 55 sections de musique, et a été joué dans trois versions différentes. Comme pour Nobody To Dream, cette version CD sera la plus proche de ma vision originelle. Après Trinity..., il y aura enfin un CD intitulé Café Of The Blind, qui sera constitué essentiellement de compositions nouvelles.
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°23 - Novembre/Décembre 1997)

