BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Prelude El Ciudad (0:55)
2. Orange (6:07)
3. Blue (13:15)
4. Elizabeth (3:29)
5. Soothsayer's Dove (4:38)
6. Virginia Woolf (9:01)
7. Song of A Nation (2:42)
8. Epilogue (0:45)
9. Lifencave Book Two (I Am the Moon / Schemamphorus / Culen Calleen / Lady Face) (16:52)
10. Orange/Blue (11:47)

FORMATION :

Sigmund Snopek III

(percussions, piano, claviers, chant, mellotron)

Richie Cole

(saxophone alto)

Michael Lorenz

(batterie, percussions)

Duane Stuermer

(basse)

Byron Wiemann III

(guitare, chant)

Rick Aaron

(flûte)

SIGMUND SNOPEK III

"Who's Afraid Of Virginia Woolf ?"

États-Unis - 1972

Music Is Intelligence - 69:38

 

 

On connaît peu Sigmund Snopek, claviériste et compositeur américain à la carrière pourtant bien remplie. L'initiative de Peter Wustmann de rééditer ses œuvres complètes (une douzaine de CD sont à prévoir dans les deux années à venir) est d'autant plus bienvenue.

Who's Afraid Of Virginia Woolf ? est sans doute le moins obscur des dix albums publiés sous son nom par ce musicien issu d'une famille bourgeoise polonaise émigrée au siècle dernier à Milwaukee, dans le Wisconsin. "Cet album est dédié à tous ceux qui pensent que Milwaukee n'a pas de talent", disent les notes de pochette, en hommage à cette ville qui, contre vents et marées, a soutenu la démarche de Snopek depuis 25 ans en lui commandant régulièrement des œuvres.

"Je jouais déjà du Rachmaninoff quand les Beatles sont apparus", raconte Snopek en guise de résumé de ses débuts précoces dans la musique : un constant tiraillement entre la musique "sérieuse" et le rock. Heureusement, la fin des années 60 apporte la solution à ses problèmes : "Quand le premier album de Procol Harum est sorti, j'ai fait écouter "Repent Walpurgis" à mon professeur de piano. "Mais c'est du Bach !", s'est-il exclamé !!!".

L'année suivante, Snopek crée sa propre formation, The Bloomsbury People (patronyme déjà inspiré de Virginia Woolf, du nom de la maison dans laquelle la romancière anglaise [1882-1941] recevait ses amis), qui sort deux 45 tours en 1969, puis un album début 1970 chez MGM. Mais le prestigieux label ne tarde pas à remercier les six musiciens, qui se séparent quelques mois plus tard, avec la matière de deux autres albums, que Snopek enregistrera plus tard sous son nom : Nobody To Dream et Trinity Sieze, Sees, Seas.

Sigmund Snopek ne tarde pas à refaire surface au sein de l'éphémère Integrated Light And Sound, puis avec son propre groupe, comprenant James Gorton (v/12str), Byron Wiemann (g), James Paolo (b), Léon Klekowski (d) et Michael Lorenz (pc).

Who's Afraid Of Virginia Woolf ?, enregistré à cette époque, se présente sous la forme d'un patchwork d'ambiances et styles, apparemment dénué de toute logique, si ce n'est celle de couvrir toutes les démarches musicales imaginables à l'époque.

Le titre de l'album, emprunté à un film de 1966 (par ailleurs assez médiocre) avec Richard Burton et Elisabeth Taylor, fait donc référence à celle qui se suicida au début de la dernière guerre en signe de protestation et d'impuissance. "Virginia Woolf était une métaphore pour désigner la guerre du Vietnam. Ma musique n'était jamais explicitement politisée, mais j'utilisais ce genre d'allégories pour évoquer les sujets brûlants de l'actualité...".

Snopek reconnaît volontiers le côté franchement daté de son œuvre : "Les textes disent n'importe quoi, la musique part dans tous les sens... Je n'avais que 17 ans quand j'ai écrit cette musique. J'étais très jeune et très sérieux...". La qualité du son, des plus médiocres, n'arrange certes pas l'affaire. Le fait que les bandes d'origine aient été perdues n'explique pas tout. "Les studios de Milwaukee étaient sans doute ce que l'on faisait de pire à l'époque. Et puis je n'étais guère expérimenté en matière de production", explique Snopek, qui a fait de son mieux pour améliorer les choses, notamment en retraitant informatiquement une copie de sécurité du master.

Malgré tous ces défauts, le caractère novateur de sa démarche demeure palpable à l'écoute : au milieu d'expérimentations plus ou moins réussies (mais jamais indignes d'intérêt), on découvre des moments de grâce, empreints d'un sens mélodique et d'un symphonisme désuet qui n'est pas sans évoquer des groupes psychédéliques américains comme Love ou Buffalo Springfield. Les passages plus "pop", mélange de blues, de jazz et de rock, en sont d'ailleurs assez proches.

Le long "Orange/Blue" (19:23), 'poème symphonique pour groupe de rock et orchestre', constitue un bon résumé de la démarche, visitant successivement tous ces genres, suscitant chez l'auditeur curiosité et amusement. Certainement, si cet album datait de 1967 et non de 1972, on pourrait lui attribuer la paternité du mouvement progressif ! Ce n'est, hélas pour Snopek, pas le cas...

C'est malgré tout avec impatience que nous attendons la suite de cette série de rééditions !

Aymeric LEROY

N.B. : Le CD comprend deux titres bonus. Le premier, "Lifencave Book Two", est une suite basée sur divers poèmes, enregistrée en 1973. Le second est une nouvelle version (enregistrée en 1987) "d'0range Blue".

(chronique parue dans Big Bang n°11 - Mai/Juin 1995)