BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Empty World Excursion pochette

PISTES :

1. Statues
2. Fail
3. Pieces
4. Drifter
5. Withdraw
6. Sound Asleep
7. Into Distance
8. Funeral
9. Dispensable

FORMATION :

Janne Jukarainen

(batterie, percussions)

Mikko Kolari

(guitares électrique et acoustique)

Mika Tauriainen

(chant)

Kalle Pyyhtinen

(guitares)

Matti Reinola

(basse, claviers)

EXTRAITS AUDIO :

SHAM RAIN

"Empty World Excursion"

Finlande - 2004

Watch Me Fall - 51:54

 

 

Les terres Scandinaves restent décidément un terreau fertile pour les formations progressives, pour preuve ce premier album des Finlandais de Sham Rain (après une démo, Pieces, sortie en 2002 et dont trois des quatre titres sont repris ici). Pour autant, Empty World Excursion n'a pas grand chose à voir avec Änglagård ou Anekdoten, mais propose plutôt un rock atmosphérique et mélancolique qui lorgne plus du côté de l'Anathema de A Natural Disaster. Mais un Anathema qui aurait délaissé ses quelques poussées de violence pour un propos à la tonalité plus triste, limite dépressive : ce n'est pas pour rien que le groupe avait d'abord songé à s'appeler Tears...

Les neufs morceaux proposés (de 3:45 à 7:34), souvent enchaînés, sont globalement basés sur des rythmes très lents, et centrés sur le chant de Mika Tauriainen. Ce dernier est certainement un des atouts du disque, sa voix plaintive et porteuse d'émotion assurant une performance sans faille, dans un registre assez proche, bien qu'en plus sobre, de Mathew Bellamy, le chanteur/guitariste de Muse. Il est également responsable de la totalité des textes, la musique étant par ailleurs principalement composée par le bassiste, Matti Reinola, également chargé des claviers et programmations. Des claviers souvent très présents, et qui se font aériens avec de larges nappes enveloppantes (constituées parfois de samples de mellotron) ou à travers de discrètes parties de piano, tandis que la guitare tisse de langoureux arpèges, et ne se fait plus agressive que lors des rares moments plus enlevés. Bref, vous l'aurez compris, pas de performance instrumentale à saluer ici, le propos étant ailleurs, dans l'élaboration d'ambiances éthérées et rêveuses, tâche indéniablement réussie par le groupe, l'instrumental d'ouverture «Statues» en étant un parfait exemple. C'est également le cas pour la section rythmique, qui se contente d'aller à l'essentiel, au prix cependant pour la batterie d'une frappe un peu simpliste et terne.

L'ensemble s'avère donc accessible, avec même un ou deux titres («Fail», «Withdraw») particulièrement accrocheurs durant lesquels le tempo s'accélère (un peu) et qui possèdent un potentiel commercial évident, sans pour autant être racoleurs. Mais avec des morceaux aux structures assez simples et des rythmes globalement assez similaires, sans parler de la tonalité uniformément sombre de l'album, on aurait pu craindre sur la longueur un certain manque de diversité. Heureusement, il n'en est rien et le groupe, peut-être conscient de cet écueil, a donc tout d'abord particulièrement soigné les mélodies vocales, souvent très belles et comme on l'a dit portées par la voix envoûtante de Mika Tauriainen. La présence ensuite d'arrangements plus variés permet d'enrichir certains morceaux : des vocalises féminines sur «Sound Asleep», une flûte de pan sur «Pieces», un violoncelle («Funeral», «Pieces» également)... Interprétées par des intervenants extérieurs, ces parties permettent d'éviter la monotonie et de différencier des morceaux qui, au moins pendant les premières écoutes, peuvent donner l'impression de tous se ressembler.

Avec ce Empty World Excursion, Sham Rain propose donc une œuvre cohérente et homogène (aucun morceau vraiment faible à signaler), et se montre fort prometteur, même si sa marge de progression reste importante, passant notamment par une plus grande variété rythmique (en accentuant peut-être le rôle des programmations). Alors bien sûr, l'on n'a pas affaire ici à du progressif stricto-sensu, mais les amateurs d'Anathema, Timothy Pure ou même du Marillion le plus vaporeux (celui de Brave ou Marbles) devraient largement y trouver leur compte. Le tout ne respire certes pas la joie de vivre (à éviter donc durant les périodes de blues...), mais ne dit-on pas souvent que les musiques les plus tristes sont aussi les plus belles ?

Clément CURAUDEAU

(chronique parue dans Big Bang n°55 - Octobre 2004)