
PISTES :
1. Café Lola (5:27)
2. Creatures From The Underworld (3:32)
3. Swamp Doom (5:00)
4. Evil Gnome (3:58)
5. Dragon & Demons (8:45)
6. Do As You're Told (4:31)
7. Moonprobe (4:05)
8. Starla's Dream (4:59)
9. Flight Towards The Sun (8:37)
10. Meet The Spacemen [video]
FORMATION :
Burt Rocket
(basse, claviers, guitare)
Jan Spaice
(batterie, percussions)
Janis
(guitare, percussions)
Jørgen Kosmos
(orgue, guitares, chant)
Organ Morgan
(percussions, claviers)
INVITÉS
Henrik Kamphus
(darboka)
Anne Marie Brun
(chœurs)
Lene Romstad
(chœurs)
Lene Stakset
(chœurs)
Jonas Skarmark
(skip-scoopy-blub-dub)
Robin Sohrabi-Shiraz
(arrangements de cordes et cuivres, saxophones)
Cees van der Wijst
(trombone)
Eira Bjornstad Foss
(violon)
SEID
"Creatures Of The Underworld"
Norvège - 2006
Sulatron - 48:56
Dans la série néo psyché, l'un des plus passionnants épisodes de l'année écoulée est à mettre au crédit de Seid. Cette formation norvégienne a déjà une petite réputation dans le milieu, quelques aficionados tombés sous le charme de son premier album paru en 2003 et qui attendaient donc la suite avec impatience. Publié sur le petit label allemand Sulatron créé par le spécialiste es-psychotropes d'outre-Rhin Dave Schmidt (alias Sula Bassana), Creatures Of The Underworld est à la hauteur des espérances les plus folles et semble même en mesure de rallier à sa cause un public élargi parmi lequel on comptera les amateurs de rock progressif.
Au vu de la pochette puis à la lecture du livret on se dit qu'on a certainement affaire à une bande de joyeux drilles. Les musiciens se cachent ainsi derrière des patronymes : Burt Rocket, Jan Spaice, Janis, Jurgen Kosmos et Organ Morgan que l'on jugera, au choix, rigolos ou ridicules. Quoiqu'il en soit, le plus important est ailleurs, dans la qualité de l'œuvre, sa valeur artistique. Et là, il faut bien avouer que créativité et habileté sont au rendez-vous. Les compositions, au nombre de neuf dont deux totalement instrumentales sont à la fois construites, centrées autour de mélodies accortes et bien ciselées, et surprenantes voire biscornues sans pour autant être expérimentales.
Si les influences sont multiples, Seid fait montre d'une impressionnante faculté à les entremêler de manière singulière. Prog seventies, psyché, space-rock, pop, punk, heavy, folk... les morceaux diffèrent les uns des autres et il n'est pas rare qu'ils contiennent plusieurs ambiances et présentent des cassures impromptues. D'aucuns trouveront cette diversité déroutante voire épuisante, d'autres seront ravis d'être constamment pris à contre-pied. Ce qui pourrait paraître comme un fourre-tout est en fait un amalgame d'une étonnante fluidité et ne s'apparente en aucun cas à un collage heurté ou à un assemblage désordonné. Les Norvégiens font preuve d'audace et de maîtrise, leur enthousiasme fait plaisir à entendre.
La réussite de Creatures Of The Underworld tient également à ses sonorités variées, sa large palette instrumentale (pas moins dix claviers dont Mellotron, orgues Hammond et Farfisa, MiniMoog, Harmonium... guitares, sax, quelques cordes) et vocale (le chant se fait tour à tour écorché, suave, posé ou énervé). Si la tonalité générale est assez sombre elle n'est jamais obscure et se voit régulièrement traversé de traits de couleurs et d'humour, second degré réjouissant. Les moments forts et/ou insolites sont légion. Signalons notamment cette ballade synthético-cosmique qui se transforme en éruption électrique, ces irruptions balkaniques, ou encore, en guise de conclusion, le bien nommé «Flight Towards The Sun», petit bijou de space-fusion aux effluves orientales qui finit par nous convaincre du brio des musiciens et de leur aisance quasi naturelle à passer d'un style à un autre.
Le bonheur que l'on éprouve à l'écoute de cet album, aussi intense soit-il, est toutefois entaché d'une mauvaise nouvelle. Seid n'est plus. Sa disparition prématurée devient alors une raison supplémentaire de partir sans tarder à la découverte des ces créatures du monde souterrain.
Yann CARREAU
(chronique parue dans Big Bang n°65 - Avril 2007)

