BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Écume (9:42)
2. Éléments (5:59)
3. Quaternaire (5:55)
4. Mégalithes (4:01)
5. Danse Des Ombres (6:12)
6. Psyché (5:25)
7. L'Abîme (10:57)
8. Aquarius (3:50)

FORMATION :

Marco D. Miserocchi

(chant, paroles, flûte)

Marco Caldi

(guitare, basse, synthétiseurs, programmations, batterie électrique)

Thierry Hochstatter

(batterie, percussions)

David Richards

(batterie électrique)

J.B. Meier

(percussions)

SCHIZOPHONIA

"Quaternaire"

Suisse - 1999

Kenso / MSI - 52:05

 

 

Les groupes qui débarquent sur nos platines avec un premier album idéalement produit sont rares, et c'est pourtant le cas de Schizophonia. Essentiellement constitué de Marco Di Miserocchi (artiste-peintre à la base, chanteur et flûtiste ici) et le multi-instrumentiste Marco Caldi (guitare, basse, claviers et programmations), Schizophonia est un projet musical lointain dont rêvait le premier, et qui n'a pu voir le jour que grâce à la rencontre du second.

Marco Di Miserocchi a été bercé par Pink Floyd, Genesis, King Crimson, Queen et très vite en lui a germé l'idée de créer un univers musical similaire, fait de sensations multiples. Trop seul, il abandonnera néanmoins cette passion pour devenir peintre (la pochette de l'album est bien sûr de lui)... jusqu'à 1996, date à laquelle il rencontre Marco Caldi, avec qui il partage immédiatement les mêmes goûts musicaux, et qui ravive son vieux rêve de musicien. Pendant deux ans, les deux compères vont travailler dur pour mettre en musique et en paroles toutes leurs idées, et créer un concept fort et riche en émotions. A l'issue, la chance les met en présence du producteur et ingénieur du son David Richards (qui a travaillé avec Queen et David Bowie), qui se propose spontanément de les aider dans son studio de Montreux.

Le résultat de ce travail est un rock symphonique racé, très inspiré par le Pink Floyd de l'époque de Dark Side Of The Moon à Animals, mais en réellement plus ample et aérien. La trame des claviers élève très vite la musique vers des sphères symphoniques majestueuses, et la guitare 'gilmourienne' de l'excellent Marco Caldi s'embrase dans des solos fins et ultra mélodiques. Aidée d'un vrai batteur, la composante 'rock', pourtant au second plan, parvient à faire décoller la musique encore un peu plus sur certaines séquences. Et le son, digne des meilleures productions actuelles, vous fera assurément planer très haut si vous poussez un peu le volume de votre ampli !

Quant au chant de Marco Di Miserocchi, il est d'abord surprenant, puis très vite de plain-pied avec la musique. D'abord, c'est en français, et vous savez tous combien notre musique favorite s'accommode souvent mal de notre belle langue. Mais ici, les textes sont intelligents, remarquablement intégrés à la musique (six titres sur huit sont chantés, de 3:50 à 10:50), et très travaillés d'un point de vue vocal. Je vous disais plus haut que le chant était surprenant; il l'est effectivement, car la voix de Marco évoque à la fois Gérard Manset, Jean-Louis Murat (c'est flagrant sur le premier morceau et son côté désespérant), ou l'école 'rock' à la française façon Martin Circus (les chœurs), voire même Elohim (eh oui, connaissez-vous ?). Marco Di Miserocchi s'est chargé seul de toutes les voix, et le résultat s'avère assez prodigieux : chœurs sur plusieurs octaves, calme ou presque crié, il gagne même en personnalité propre plus on avance dans l'album. Cette prouesse méritait qu'on s'y attarde - une fois n'est pas coutume !...

Aucun doute possible, Schizophonia est une réelle découverte que tout amateur de rock symphonique se doit d'écouter. Les surprises francophones de cette qualité sont trop rares pour s'en priver...

Christian AUPETIT

(chronique parue dans Big Bang n°31 - Juillet 1999)