BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Valheista Kaunen pochette

PISTES :

1. Tahtojen Taistelu (4:09)
2. Valheista Kaunein (4:55)
3. Vaeltava (5:04)
4. Jumalanpilkkakirves (4:37)
5. Valon Lähettiläs (5:02)
6. Aatoksia Kivusta (4:09)
7. Haarasilta (2:30)
8. Levoton Sielu (6:12)
9. Kunnes Kuolema Meidät Erottaa (6:18)

FORMATION :

Jani Timoniemi

(guitare)

Sami Hiltunen

(guitare)

Erja Lahtinen

(violon)

Jukka Jokikokko

(basse)

Jere Nivukoski

(batterie)

INVITÉS

Juha Sutela
(flûte)

Essi Suikkanen
(flûte)

SCARLET THREAD

"Valheista Kaunen"

Finlande - 2007

Muséa - 42:57

 

 

Etrange parcours que celui de ce groupe finlandais, amené à renouveler presque entièrement son effectif entre son précédent et premier album (Psykedeelisia Joutsenlauluja, paru en 2004 - cf. Big Bang n°54) et le présent Valheista Kaunen, sans que son style ni sa formule musicale en soient profondément affectés – du moins au premier abord. A cela au moins deux explications possibles : soit Scarlet Thread se trouve piloté par un mentor particulièrement influent, soit ses membres se sont dotés d’une «philosophie d’entreprise» qu’ils ont choisi de respecter à la lettre. La réalité est évidemment moins caricaturale, et mérite d’être nuancée, mais elle n’exclut a priori ni l’une, ni l’autre de ces propositions.

D’abord, il faut savoir que Scarlet Thread, fondé en 1995, est avant tout le projet d’un seul homme, le guitariste Jani Timoniemi, assisté dans un premier temps de quelques musiciens de studio. Très vite, celui-ci s’entoure d’une formation stable, composée d’un bassiste (Jukka Jokikokko, encore présent aujourd’hui), d’un batteur, d’une violoniste et d’une flûtiste. Le style honoré alors - que l’on a d’abord pu découvrir grâce à un titre sur la compilation Kalevala, éditée en 2003 par Muséa/Colossus, puis sur le très réussi Psykedeelisia Joutsenlauluja -, outre son caractère totalement instrumental, se caractérise assez logiquement, de par l’instrumentation utilisée, par une couleur folk très marquée, mâtinée de quelques influences psychédéliques, et frappe par son mélange très avenant de fougue et de légèreté déliée.

Pour des motifs assez flous, Scarlet Thread va ensuite connaître un profond remaniement de personnel, sans que cela se traduise pour autant par la perte de ses principales spécificités instrumentales : après un court moment de cohabitation qui verra deux titulaires se partager cet instrument, la violoniste Ehrja Latinen intègrera le groupe en 2003, ainsi qu’un nouveau batteur. Seul le poste de flûtiste restera officiellement vacant, bien que cet instrument, assuré par deux invités, soit tout de même occasionnellement présent sur le nouvel album. Quand on sait que les titres qui le composent remontent pour la plupart à 2004, soit la date de la sortie du précédent album, et que six de ces morceaux, sur un total de neuf, sont l’œuvre exclusive de Jani Timoniemi, on comprends mieux pourquoi Valheista Kaunen ne semble pas traduire une évolution considérable.

Ce sentiment initial se trouve pourtant assez vite démenti, au moins partiellement, comme si Scarlet Thread avait imperceptiblement durci le ton, proposant un son plus dense et agressif. J’omets en effet de vous signaler une adjonction substantielle à l’effectif du groupe, à savoir l’intégration d’un deuxième guitariste, en la personne de Sami Hiltunen, par ailleurs ami d’enfance de Jani Timoniemi. Son apport se traduit par des arrangements nettement plus rock, teintés d’électricité saturée, sans compter quelques courts mais ébouriffants soli au feeling subtilement bluesy, impeccablement incorporés aux compositions, ce qui témoigne de sa grande complicité avec son acolyte de longue date et leader du groupe. Cette logique est même poussée à l’extrême sur le dynamique titre d’ouverture, «Tahtojen Taistelu», volontiers rentre-dedans, ou encore sur «Jumalanpilkkakirves», couronné par un vigoureux déferlement de guitares mordantes, et qui justifie à lui seul le qualificatif de «power-folk» (à étendre, avec une adéquation variable, au reste de l’album).

Pour le reste, une fois abstraction faite de ce traitement «rock» appuyé, les compositions de Valheista Kaunen, relativement concises (entre 4 et 6mn), possèdent une authentique fraîcheur mélodique, rehaussée de riffs et d’arpèges sophistiqués qui révèlent une grande inventivité, doublée d’un savoir-faire harmonique largement au-dessus de la moyenne. Si l’on ajoute à cela le lyrisme du violon, et surtout la formidable adresse du batteur, Jere Nivukoski, dont le jeu riche et ultra délié confère à la musique une formidable fluidité, nous avons là tous les ingrédients d’un album de grande classe, d’autant que le rythme ne faiblit jamais, pour une qualité égale jusqu’à la dernière seconde. On ne criera pas pour autant au chef-d’œuvre, car aussi paradoxal que cela puisse paraître, Valheista Kaunen semble justement souffrir sur la longueur d’un trop plein de ces qualités, ou plus exactement d’un déséquilibre en terme d’instrumentation. Tout en donnant du corps aux compositions, la présence massive des guitares, signalée plus haut, a en effet aussi tendance à en gommer les contrastes, et finalement à étouffer tous les moments de respiration. Il en résulte un ensemble de titres assez monolithique, dont l’écoute, selon l’humeur ou l’heure de la journée, s’avèrera soit vivifiante, soit plus ou moins épuisante.

En d’autres termes, malgré sa richesse et ses nombreux moments d’émotion, la musique de Scarlet Thread aurait tout à gagner d’une petite cure d’amaigrissement vertical, en économisant sur le ‘gras’ des guitares pour faire ressortir la légèreté des cordes. A moins que cette observation ne soit déjà obsolète, puisqu’aux dernières nouvelles le groupe s’est adjoint les services d’une chanteuse, du nom de Mari Vuoritie, et que certains titres ont même été réécrits pour intégrer des paroles. Une nouvelle ère s’ouvre donc déjà pour Scarlet Thread, qui confirme sa capacité à évoluer sans rien sacrifier de sa singularité, tout en se créant petit à petit un univers vraiment à part, entre rusticité ‘viking’ et légèreté celtique. Fringant et attachant…

Olivier CRUCHAUDET

(chronique parue dans Big Bang n°65 - Avril 2007)