BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Prelude ~ Invitation (4:33)
2. Uninvited Guests (7:40)
3. Festival of Evil ~ Part 1 (6:42)
4. Search in the Void (4:09)
5. Over the Horizon of Blowing Dust (7:40)
6. The Dance of Life and Death (Dead Dance) (6:56)
7. An Elegy for the Wanderer (8:34)
8. Festival of Evil ~ Part 2 (5:35)
9. Rhapsody of Repose (3:46)
10. Endless Winner (2:08)

FORMATION :

Motoi Sakuraba

(claviers)

Takeo Shimoda

(batterie)

Linnko Kishi

(violon)

MOTOI SAKURABA

"Shining The Holy Ark"

Japon - 1996

Oo Records - 57:48

 

 

Si, parmi les multiples talents de Motoi Sakuraba, il fallait n'en retenir qu'un, on pourrait l'exprimer en ces termes : voici un musicien qui illustre le fait qu'un genre musical ayant exploré la quasi-totalité de ses possibilités d'évolution intrinsèques peut malgré tout demeurer fortement excitant.

Le claviériste japonais maîtrise en effet parfaitement les ficelles du genre, ce qui nous dispense des tâtonnements formels qui dévaluent souvent les œuvres animées d'un réel esprit pionnier, préoccupation qui n'est donc pas la sienne. Bref, à l'instar du rock progressif actuel lorsqu'on le compare à celui des années 70, il a gagné en maturité et en perfection formelle ce qu'il a perdu en exaltation innovatrice.

Les éternels grognons pourront toujours dire que, dès lors, une telle démarche n'a guère d'intérêt. En assortissant sans doute ce jugement de considérations générales sur la propension des musiciens nippons à singer bêtement leurs modèles européens... Travers qui n'est certes pas inexistant, mais ne justifie aucunement le racisme larvé entretenu par beaucoup à l'égard des formations japonaises.

Ce nouvel album de Motoi Sakuraba est d'ailleurs tout sauf une œuvre de bon élève sage et appliqué. C'est du reste ce que risquent de lui reprocher certains auditeurs ayant 'craqué' sur son oeuvre précédente, le très consensuel et néanmoins excellent (il n'a pas été élu album de l'année par Big Bang pour rien !) Beyond The Beyond.

On ne retrouve en effet pas ici le même équilibre entre densité du fond et accessibilité de la forme, ni le même souci de cohérence. On peut être rebuté par la propension de Sakuraba, cette fois-ci, à enchaîner sans crier gare une sublime envolée de violon, soutenue par de somptueuses nappes symphoniques, et des séquences très énergiques et complexes (superbe prestation du fidèle Takeo Shimoda à la batterie), presque torturées, mettant en avant un orgue Hammond rugissant à rendre jalouses ses compatriotes d'Ars Nova.

Pourtant, quels que soient les styles visités, la maîtrise reste totale et chacun de ces dix morceaux instrumentaux (de 2:08 à 8:34) est confondant de perfection et de professionnalisme. A tel point que Motoi Sakuraba apparaît plus que jamais comme l'un des très rares artistes progressifs à défendre de manière aussi intelligente et largement crédible les couleurs de notre genre de prédilection.

Espérons donc qu'un label européen ou américain saura le comprendre et sortira Shining The Holy Ark du ghetto auquel le confine une distribution pour l'instant confinée au territoire japonais...

Aymeric LEROY

(chronique parue dans Big Bang n°19 - Mars/Avril 1997)