BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

CD 1 :
1. Overture (8:31)
2. El Shadday (3:32)
3. What Rights Has My Soul? (4:39)
4. The Journey (6:35)
5. If A Woman Is Like Wheat (3:25)
6. The Purifying Fire (3:35)
7. Trembling Star (4:02)
8. Sarai's Fear (0:44)
9. Night Lovers Silhouettes (4:23)
10. Berit (2:45)
11. The Oaks Of Mamre (1:50)
12. Hospitality (2:48)

CD 2 :
1. Sodom (8:28)
2. The Birth Of Isaac (4:22)
3. Ishmael (9:49)
4. Be'er Seba (2:48)
5. The Sacrifice (4:53)
6. Silver Bridge Of Memories (6:27)
7. Abraham's Death (4:24)
8. The Resurrection (Epilogue) (2:06)

FORMATION :

Roberto Sgorlon

(guitares, chant)

Paolo Paroni

(claviers)

Fabrizio Morassutto

(batterie, percussions)

Italo Cigainero

(basse)

Fabio Giacomello

(guitare acoustique)

CHANTEURS :

Abraham :
Roberto Sgorlon

Sarah :
Annalisa Malvasio

Ishmael :
Hansi Fuchs

Le Pharaon :
Thommi Müller

Le Choeur :
"Coro Panarie",
Artegna (UD)

QUASAR LUX SYMPHONIÆ

"Abraham - One Act Rock Opera"

Italie - 1994

WMMS - 46:56 / 43:24

 

 

"La Bible nous présente Abram (Père Puissant), surnommé par la suite Abraham (Père d'une multitude de nations, ou selon l'akkadien : Aimant le Père), comme l'ancètre commun des Ismaélites et des Israélites.

L'histoire d'Abraham - le premier monothéiste - et celle de ses pérégrinations occupent une place importante dans le livre de la Genèse (XII-XXV)".

Encyclopaedia Universalis

"L'album de Quasar L.S. est drès drès bôn ! Z'est garrément un chef-d'œuvre !!!". Quand, il y a quelques mois, Peter Wustmann nous présenta de la sorte le prochain CD que son label devait publier, nous ne pûmes réprimer un accès de scepticisme. Connaissez-vous un responsable de maison de disques qui ait proféré de vives critiques à l'encontre d'une de ses nouveautés, fut-elle médiocre ?!? Nous non plus ! Et pourtant, qui aurait pu prévoir que le commentaire de l'ami Peter fût à ce point fondé ?

Abraham est effectivement une pure merveille. La première écoute des deux CD est néanmoins assez frustrante car, au delà de la perception d'une évidente qualité, on s'égare dans les méandres de mouvements musicaux renversants de richesse et de pertinence, sans être capable d'appréhender le gigantisme de l'œuvre. La frustration ne dure bien sûr qu'un temps, car les auditions, je vous l'assure, se multiplient presque malgré soi de manière quasi-exponentielle...

Mais finalement, là où Quasar Lux Symphoniæ suscite le plus notre admiration, c'est par sa volonté d'unir le fond et la forme dans le cadre de sa folle ambition. Il a ainsi choisi de faire vivre ses compositions (douze pour le premier CD, de 0:43 à 8:30, et 8 pour le second, de 2:06 à 9:47) dans la structure particulière de l'oratorio. Des atmosphères dramatiques et lyriques, leitmotiv de ce 'rock opera' symphonique, s'expriment donc au sein de développements principalement instrumentaux, usant (sans abuser) de styles musicaux aussi variés qu'habilement utilisés. L'épopée d'Abraham, prétexte finalement secondaire à cette oeuvre bouleversante, revêt, au cours des différents événements historiques qu'elle visite, une multitude d'apparences formelles. A grands coups de chœurs magnifiques, de chants grégoriens ou de séquences tendres et romantiques, Quasar L.S. finit ainsi de nous soumettre à sa musique dont la composante progressive traditionnelle demeure bel et bien la première référence.

Inutile de vouloir mettre en exergue tel ou tel morceau. Car, si vous devez aimer Abraham, nul doute que vous vivrez son audition comme un bon livre policier qu'on entame et qu'on ne peut refermer avant d'en connaître le dénouement. Cet album nous laisse une impression globale très largement supérieure à celle de ses différentes compositions. La notion d'"œuvre aboutie et cohérente", chère à André Malraux, dans laquelle "ses multiples éléments s'emboîtent de façon si évidente que commencement et fin se confondent au point d'en devenir indissociables", s'applique parfaitement à cette fresque musicale, dont l'unité est saisissante.

Je ne puis, bien sûr, clore cette chronique sans vous présenter les deux personnages qui, non seulement sont les auteurs d'Abraham (de sa musique au moins, car les textes sont de Loris Furlan et Fabio Giacomello, non membres du groupe), mais également des instrumentistes hors-pair : Roberto Sgorlon (guitare et chant) et Paolo Paroni (piano et claviers). Tandis que le premier fait roucouler sa guitare fluide et grisante au sein de lignes mélodiques typiquement progressives, le second s'attache, par des phrases pianistiques tout à la fois classisantes et dramatiques, à offrir sa virtuosité (qui s'exprime également aux claviers) à l'intense beauté d'Abraham.

Alors, cet album est-il un chef-d'œuvre ?

Mon enthousiasme, qui dépasse - je vous l'assure - la simple satisfaction de mes goûts musicaux les plus intimes, me pousserait logiquement à vous le confirmer. Néanmoins, en tant que lecteur, j'ai trop été leurré par des dithyrambes, certes sincères et souvent fondés, mais excessifs dans leur expression hyperbolique, pour tomber dans le même travers. Aussi, me dois-je de vous signaler les deux petites imperfections qui entachent (si peu !) l'éclat d'Abraham, mais que, une fois connues, vous saurez je l'espère relativiser. La première concerne le chant de Sgorlon qui, sans être mauvais, ternit légèrement la flamboyance des développements instrumentaux, d'autant plus que (et c'est la seconde imperfection), la production, quelque peu poussive, dessert particulièrement les parties vocales. Vous voyez, rien de très grave, donc, à mettre au débit de cet ambitieux ouvrage.

La conclusion est alors toute trouvée et consiste à s'exclamer : "Abraham, à défaut de l'être garrément, est gasiment un chef-d'œuvre !!!...".

Olivier PELLETANT

(chronique parue dans Big Bang n°9 - Janvier 1995)