BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Nightscape pochette

PISTES :

1. Wide Awake (5:16)
2. Gabagool (5:17)
3. Tofana 10Am (4:47)
4. Room With A View (4:58)
5. Ghost Notes (8:15)
6. Road Movie (4:50)
7. Silver Arrow (7:30)

FORMATION :

Stephan Hvinden

(guitares)

Andreas Sjo Engen

(guitares)

Øyvind Brøter

(claviers, arrangements, co-production)

Marie Færevaag

(saxophone, claviers, chant)

Axel Toreg Reite

(basse, synthétiseur basse)

Arild Brøter

(batterie, claviers, guitares, arrangements, co-production)

Oda Rydning

(percussions)

INVITÉS

Mattias Krohn Nielsen
(guitares acoustiques [1,4] et électriques [3])

Ketil Vestrum Einarsen
(flûte [1,2])

Didrik Føyn Føyen
(trombone [2])

Andreas Fossum
(trompette [2])

PYMLICO

"Nightscape"

Norvège - 2018

Apollon Records Prog - 40:57

 

 

Pymlico est une formation norvégienne officiant depuis une dizaine d'années, et que nous avions par le passé eu l'occasion d'évoquer dans les pages de Big Bang. Nightscape, leur cinquième oeuvre studio, confirme leur parti-pris stylistique, plutôt audacieux : proposer une musique totalement instrumentale, à la croisée des genres, traçant son propre sillon sans se soucier d'une quelconque affiliation. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils ont les moyens de leurs ambitions. Pymlico comprend en effet sept musiciens, Oyvind Broter aux claviers, son frère Arild aux claviers et à la batterie, Oda Rydning aux percussions, Axel Toreg Reite à la basse, Stephan Hvinden et Andreas Sjo Engen pour les guitares, sans oublier la touche féminine avec Marie Faerevaag, en charge des claviers et du saxophone, ainsi que quelques invités supplémentaires.

On pourrait s'essayer à résumer - avec beaucoup de simplisme - Pymlico comme un Spock's Beard ayant avalé une bonne dose de jazz-rock. Le jazz est en effet une composante importante, voire déterminante, de l'ADN du groupe. Mais bien des références jaillissent à l'esprit lorsqu'on savoure les compositions toniques de Nightscape. Le sentiment qui domine à leur écoute, c'est une profonde luminosité, un caractère positif et hyper-mélodique. Chaque titre est construit comme une véritable chanson sans voix, avec une succession de thèmes captivants et d'arrangements variés, extrêmement bien agencés. La palette mise à contribution est à l'unisson, ainsi que l'illustre la vidéo de «Gabagool» : batterie acoustique ou électronique (celle qui fut en vogue au début des années 1980), percussions diverses, hammond, flûte traversière, clavinet, saxo, guitare acoustique et électrique, basse synthétique et authentique, clappements de mains (sic)... Quelques vocalises lyriques se sont même glissées dans «Road Movie». Il y a, dans cette bonne humeur contagieuse et ces thèmes plus prenants et réjouissants les uns que les autres, beaucoup de ce qui fit la gloire du Genesis de la fin des années 1970, d'Unitopia, de The Tangent ou même de la dernière incarnation d'Happy The Man. Un parallèle serait aussi possible avec Karfagen, à ceci près que la musique des Norvégiens parvient à être mieux mise en valeur et plus directement accrocheuse.

Du jazz-rock, Pymlico conserve une forme de sophistication et d'esthétique sonore, particulièrement sensible lors des envolées solistes de saxophone. Les guitares électriques assument également un rôle clef, tant leur feeling s'avère brûlant. Mais les influences, répétons-le, sont vastes, rock, prog, pop, post-rock (Maybeshewill, où es-tu ?), funk, électro vintage (celle d'un John Carpenter). Si la dominante est dynamique et rythmée, le groupe sait signer de belles pièces plus intimistes («Room With A View»). «Ghost Notes» surplombe l'ensemble de par sa durée - huit minutes - et il est vrai qu'il condense tout le savoir-faire de Pymlico, allant des architectures à la Planet X au Genesis de Duke, en passant par quelques poussées de fièvre quasiment hard. La production, d'un équilibre frisant la perfection, ne fait que rehausser encore davantage la qualité de Nightscape, album addictif s'il en est. Nul doute que vous ne résisterez pas à la tentation de lancer, encore et encore, la lecture d'un disque si profondément jubilatoire. 

Jean-Guillaume LANUQUE

(chronique parue dans Big Bang n°104 - Novembre 2018)