BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Arriving Somewhere pochette

PISTES :

DVD 1 :
1. Revenant (3:04)
2. Open Car (4:46)
3. Blackest Eyes (4:41)
4. Lazarus (4:06)
5. Hatesong (9:14)
6. Don't Hate Me (8:38)
7. Mother And Child Divided (5:11)
8. Buying New Soul (7:17)
9. So Called Friend (4:55)
10. Arriving Somewhere But Not Here (12:57)
11. Heartattack In A Layby (4:07)
12. Start Of Something Beautiful (7:19)
13. Halo (6:42)
14. Sound Of Muzak (5:14)
15. Even Less (6:54)
16. Trains (7:18)
17. End Credits (alternate mix de Mother And Child Divided) (2:05)

DVD 2 :
1. Rockpalast TV : Futile (6:29)
2. Rockpalast TV : Radioactive Toy (6:45)
3. Lazarus - promo clip réalisé par Lasse Hoile
4. Start Of Something Beautiful (film live réalisé par Przemyslaw Vshebor et Lasse Hoile )
5. Halo (film live réalisé par Lasse Hoile)
6. Mother And Child Divided (film live réalisé by Lasse Hoile)
7. Gavin Harrison - Cymbal Song film (stéréo et 5.1 audio)
8. Photo Gallery (avec bande son ambient par RB+SW)

FORMATION :

Steven Wilson

(guitares, chant)

Richard Barbieri

(claviers)

Colin Edwin

(basse)

Gavin Harrison

(batterie)

John Wesley

(guitares, chant)

PORCUPINE TREE

"Arriving Somewhere" (DVD)

Royaume-Uni - 2006

Snapper - 105mn

 

 

Si certains groupes multiplient les DVD, d'autres se font attendre pour faire leurs premiers pas. Mais à la vue du résultat de celui-ci, on pardonnera aisément à Porcupine Tree de nous avoir fait patienter car Arriving Somewhere est sans doute ce que j'ai vu de meilleur en terme de concert filmé. D'ailleurs, plus qu'à un concert filmé, c'est au visionnage du film d'un concert qu'il nous est donné d'assister, tant l'osmose entre la technique (son stéréo ou 5.1 supervisé bien sur par Wilson, images ultra-léchées) et la musique est parfaite.

D'abord, il y a ces parti-pris d'images aux multiples effets, du noir et blanc, de la couleur, du sépia, du grain, des tâches, des rayures, des superpositions. Au début, on peut ressentir presque de l'agacement devant tout cela tant on est habitué aux images «normales» d'un concert. Mais rapidement, on est pris dans le film, et avec un montage très élaboré sans être saccadé, on perçoit que ces différentes animations compensent le statisme des musiciens. Car si Gavin Harrison, très concentré, offre un jeu tentaculaire impressionnant, Colin Edwin à la basse et Richard Barbieri aux claviers sont totalement effacés, et Steven Wilson se cache souvent derrière ses cheveux ! Quant au cinquième homme, John Wesley, qui supplée Wilson au chant et à la guitare, il est lui aussi très discret et demeure en retrait la plupart du temps. Restent donc la musique et les images, et là c'est un flot continu de bonheur. Certes, le répertoire est essentiellement axé sur les deux plus récents opus de la formation (et rien avant Signify), mais les versions proposées sont bien retravaillées, pas forcément meilleures, mais différentes, et offrent donc un intérêt supplémentaire à posséder ce DVD.

Les premiers morceaux sont très pêchus («Open Car», «Blackest Eyes») et ne montrent qu'une facette du groupe; mais à partir de «Hatesong», la subtilité et le jeu impressionnant des uns et des autres transparaissent nettement plus. Impression renforcée par une mise en image parfaite, souvent au plus près des musiciens, et toujours avec des caméras idéalement placées. On devine que le réalisateur (Lasse Hoile, collaborateur visuel du groupe et également auteur du clip «Lazarus») a longuement observé le groupe sur de précédents concerts, pour capter ensuite chaque moment privilégié. Beaucoup de gros plans sur les mains, des bouts d'instruments, instants de flottement presque hors du temps gorgés d'une poésie qui va bien au-delà de séquences souvent calmes et reposées dont ils sont tirés, avant que le rock et la dimension concert reprennent leurs droits naturels.

Steven Wilson est bien évidemment au cœur du concert par son omniprésence guitaristique et sa voix, mais ses acolytes ne sont pas des faire-valoirs pour autant. John Wesley est un double très compétent au chant et à la guitare, qui permet au premier de se concentrer sur certaines parties chantées. Il a même droit à une petite partie solo pleine de feeling sur «Arriving Somewhere But Not Here». Colin Edwin ne se départit jamais d'un petit sourire timide, mais il possède un toucher plein de groove; Richard Barbieri, maître es potentiomètres et soundscapes divers, prouve à l'occasion qu'il peut aussi jouer délié rapidement («Halo»). Mais le plus impressionnant demeure Gavin Harrison, tant il multiplie les styles de frappe et brille par son utilisation des cymbales (à voir absolument dans les bonus le petit titre instrumental uniquement joué avec des cymbales et présenté en split-screen pour bien identifier chaque son !).

Le concert principal (enregistré à Chicago en octobre 2005) dure un peu plus d'1h20, auquel il faut ajouter 20 minutes de rappel pour trois morceaux. Le dernier d'entre eux, «Trains», est l'occasion d'apporter une note de vie inattendue, lorsque Steven Wilson casse une corde de sa guitare. Un peu décontenancé (sans doute que tout ne soit pas rigoureusement parfait !), il récupère une autre guitare et s'amuse à retrouver l'endroit exact sur la scène où cela s'est produit. Un petit moment de détente qui apporte un supplément de chaleur, et qui fait se lâcher le groupe, encouragé par le public qui manifeste sa joie en tapant des mains.

Côté bonus, on a droit à l'habituelle galerie de photos (animée, mise en musique et d'une durée de 10 minutes pour une centaine d'images), au clip du morceau «Lazarus», aux trois films projetés sur scène pendant les morceaux «Halo», «Mother & Child» et «The Start of Something Beautiful» (le plus intéressant des trois car presque un courts-métrage d'animation), et cerise sur le gâteau, une prestation filmée pour l'émission de télévision allemande Rockpalast, lors de laquelle le groupe interprète deux titres, «Futile» et «Radioactive Toy».

Les fans de Porcupine Tree peuvent donc se réjouir car voilà un bel objet (beau digipack cartonné) bien fourni, témoignage idéal du visage actuel de la formation. Evidemment, on aimerait bien qu'un autre film de cette trempe remonte le temps et le répertoire du groupe. Il n'y a plus qu'à rêver, car Steven Wilson est plutôt du genre à aller de l'avant que revenir en arrière. Profitons en tout cas pleinement de Arriving Somewhere, modèle du genre de concert filmé.

Christian AUPETIT

(chronique parue dans Big Bang n°64 - Hiver 2006-2007)