BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Le Città Invisibili pochette

PISTES :

1. Mondo 3 (5:19)
2. Bersabea (5:03)
3. Limbo Cosmico (Parte Prima) (5:37)
4. Ombre Tra La Folla (5:14)
5. Ipazia (4:13)
6. La Città Del Sole (5:24)
7. Limbo Cosmico (Parte Seconda) (2:22)
8. Zemrude (4:17)
9. Guernica (4:25)

FORMATION :

Davide Cagnata

(chant)

Matteo Cavallari

(guitares)

Barbara Mazzola

(flûte)

Matteo Pinfari

(basse)

Marcello Ricci

(batterie)

Massimo Tabai

(claviers)

EXTRAITS AUDIO :

OBSCURA

"Le Città Invisibili"

Italie - 2007

Mellow Records - 52:48

 

 

A certains égards, Obscura, nouveau quintette originaire d’Italie qui nous livre ici son premier album, porte bien son nom. D’abord parce que ce groupe est plutôt avare d’informations le concernant, avec une page encore vide en guise de site internet¹, et très peu de détails de la part de son label (Mellow Records). Au moins apprends-t-on que l’album a été produit par David Cremoni, guitariste de l’éminent Moongarden, un des groupes les plus doués parmi les vétérans encore en activité du renouveau progressif des années 90, ce qui, sans être un gage absolu de qualité, témoigne sans doute d’un certain attrait artistique. Ensuite, parce que la musique proposée par Obscura, sans être aussi noire qu’une nuit sans lune, évolue dans un registre plutôt sombre et taciturne.

Bien qu’extrêmement mélodique, et tissé d’harmonies plaisantes à l’oreille (voilà pour le côté lumineux…), Le Città Invisibili est en effet un album foncièrement mélancolique, qui tire l’essentiel de sa séduction de son flegme lent et magnétique, invitation à une rêverie maussade parcourue d’éclairs acides et de soupirs asthéniques, jaunes comme le teint d’un moribond. Le genre honoré n’a pourtant rien de fondamentalement original, et évolue même parfois en terrain balisé : celui d’un progressif très classique, traversé par des nappes languides d’orgues et de Mellotron, avec une petite couleur «néo» occasionnelle (lorsqu’un petit riff de synthé tranchant déchire la fausse torpeur des accompagnements), mais régulièrement réveillé par les secousses rageuses et terriennes d’une guitare saturée, présente en accompagnement ou en soli. Bref, nous avons là affaire à un «dark prog» symphonique coloré de ‘metal’ indolent (mais ne flirtant à aucun moment avec le gothique, ce qui est assez marquant pour être souligné), aux couleurs souvent plus ‘seventies’ que franchement contemporaines, ne serais-ce qu’à travers l’instrumentation utilisée, majoritairement analogique et faisant aussi la part belle à une flûte éplorée. Ce style à la fois ‘hard’ et classisant n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui des italiens d’Ubi Maior, mais avec une approche nettement plus atmosphérique.

Cette dernière qualité, se traduisant par des ambiances planantes et entêtantes, fait, comme dit plus haut, tout le charme de l’album. Un charme prenant et incontestable, mais qui n’opère, pour ainsi dire, que dans un deuxième temps, une fois intégré et oublié les limites flagrantes de l’interprétation, et une production finalement assez fruste, sans grand relief. Le propos instrumental reste en effet simple et s’embarrasse peu de détails, avec des lignes mélodiques relativement convenues, souvent calquées platement sur les accompagnements (les parties de flûte, notamment, ne brillent ni par leur agilité, ni par leur imagination). L’accompagnement rythmique, de son côté, partiellement étouffé par un mixage perfectible, semble un brin mou du genou. Quand au chant de Davide Cognata (en italien), sans grande personnalité même s’il reste globalement juste, on a quand même connu mieux venant de la patrie du ‘bel canto’.

Reste tout de même quelques jolies compositions («Mondo 3» et sa lente introduction sinueuse de claviers, «Limbo Cosmico» et ses nappes de Mellotron hypnotiques – bien qu’un peu longuettes sur la fin –, ou encore «La Città Del Sole», lourde songerie flottante), même si je ne peux m’empêcher de trouver le résultat bien en deçà de ce qu’il aurait pu être si le groupe avait su y insuffler davantage de verve instrumentale. Voilà qui, à mon sens, résume tout : Obscura a bel et bien quelque chose à exprimer, avec un style bien à lui, mais il lui manque encore l’éloquence et la force de conviction. Des promesses donc, encore des promesses…

Olivier CRUCHAUDET

¹ Depuis la rédaction de cette chronique, la page en question est finalement devenue un vrai site informatif, à découvrir à cette adresse.

(chronique parue dans Big Bang n°67 - Automne 2007)