BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Return Home pochette

PISTES :

1. Return Home (6:29)
2. Season Of Greed (4:16)
3. Catharsis (2:53)
4. The Blind Widower (8:55)
5. Roses Never Hatch (6:35)
6. The Slight Snake (3:19)
7. Dust In Town (6:49)
8. The Blind Widower (Part II) (5:31)
9. Time For Them To Go (5:01)
10. A Way Back (Return Home Part II) (5:10)

FORMATION :

Alexandre Boussacre

(chant)

Freddy Scott

(chant)

David Darnaud

(guitares)

Eric Bouillette

(guitares, piano [4])

Alexandre Lamia

(guitares, claviers)

Anne Claire Rallo

(claviers)

Bernard Hery

(basse)

Fab Galia

(batterie)

Laurent Benhamou

(saxophones)

Penny Mac Morris

(flûte [4,8])

NINE SKIES

"Return Home"

France - 2017

Autoprod. - 55:03

 

 

Si, comme moi, vous aviez pu écouter cet album à l'aveugle, en vous délectant seulement de sa musique, sans disposer d'aucun renseignement ni sur ses musiciens, ni sur leur nationalité, nul doute que vous auriez été encore davantage bluffés que ce que je vais vous révéler. Return Home, en effet, est un album impressionnant, bourgeon nourri de l'histoire du rock progressif anglais, de son héritage imposant et sans égal, mais réalisé par des artistes français, localisés à Nice : Alexandre Boussacre et Freddy Scott au chant, Alexandre Lamia aux guitares et claviers, Anne-Claire Rallo aux claviers, David Darnaud aux guitares, Eric Bouillette aux guitares et piano, Fad Galia à la batterie, Bernard Hery à la basse, Laurent Benhamou aux saxophones et Penny Mac Morris à la flûte.  

Sur le plan conceptuel, rien de révolutionnaire, simplement le regard d'un individu sur notre mode de vie actuel et ses - nombreux - disfonctionnements à travers la vie de plusieurs urbains. Mais la pochette est superbe et la production, elle, tout simplement énorme ! C'est d'autant plus remarquable que Nine Skies n'a bénéficié du soutien d'aucune maison de disques, qui doivent désormais fortement lorgner sur eux... Dix titres se succèdent, de trois à près de neuf minutes, et tout y est parfaitement en place, des harmonies musicales au chant en anglais, délivré avec talent et parfaite justesse de l'accent. «Return Home» débute par une chanson très mélodique, avant de basculer dans une séquence instrumentale digne de Steven Wilson, et un retour au chant initial; les cassures de rythmes sont d'une grande fluidité, et pour le premier morceau d'un premier album, les lauriers peuvent sans hésitation être décernés à Nine Skies. La suite ne démentira nullement ce constat profondément élogieux, bien au contraire.  

Ce qui est particulièrement remarquable, c'est que cette musique, tributaire de tout un patrimoine, ne singe jamais un groupe ou un titre en particulier, mais parvient à en saisir l'esprit dans une veine toute personnelle. On peut ainsi penser à Genesis ou à Pink Floyd sur le mélancolique et bucolique «Season Of Greed», aux beaux accents acoustiques, à Steven Wilson de nouveau sur l'instrumental en clair-obscur qu'est «Catharsis», à Marillion sur «Roses Never Hatch», et même en partie à King Crimson sur «Slight Snake» ou «Blind Widower 1». Plus longue composition de Return Home, cette dernière accorde une place d'importance au saxophone et à la flûte, dans un esprit plus jazz, ainsi que le laisse également entendre la basse. Et si le saxophone se laisse aller dans des envolées plus libres, la ligne mélodique emplie d'émotion est constamment maintenue, le piano jouant à ce titre un rôle capital. Tout juste pourrait-on reprocher au final de ne pas déployer plus d'emphase et de puissance. La seconde partie, plus courte, est entièrement instrumentale.  

Toutes les prestations des musiciens sont dignes d'intérêt, et je retiendrai particulièrement celle de Fad Galia, usant de toutes les ressources de son instrument (belle utilisation des cymbales), ou des guitaristes, au toucher d'une grande finesse et d'une profonde sensibilité. Voilà un premier disque qui force le respect, tant tous les titres méritent le détour, et témoignent d'un aboutissement saisissant. Souhaitons à Nine Skies de connaître une carrière à la hauteur de son immense talent !

Jean-Guillaume LANUQUE

(chronique parue dans Big Bang n°101 - Février 2018)