BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Mundi Domini pochette

PISTES :

1. Summus Mundi Domini (7:06)
2. Le Petit Train Posé (5:25)
3. Siddharta (8:04)
4. La Fille au Bûcher (7:31)
5. Amen (3:27)
6. Linda (3:57)
7. La Fiesta en Enfer (3:34)
8. Cantabile (5:00)
9. La Complainte des Non-Vivants (3:20)

FORMATION :

Mélanie Caron

(piano, guitare, chant)

Odrée Couture-Bédard

(flûte, sitar, guitare, piccolo, chant)

Rae Couture

(flûte, chant)

Stéphane Doyon

(accordéon, narration, chant, percussions)

Sean Lonergan

(piano, percussions, chant, guitare)

Annabel Pompilio

(basse, chant)

MUNDI DOMINI

"Mundi Domini"

Canada - 2002

Autoprod. - 47:24

 

 

A en juger par la photo de groupe à l'intérieur du livret, la moyenne d'âge des membres de Mundi Domini (un effectif de six musiciens, tout de même) ne doit sans doute guère dépasser les dix-sept ans et demi. Cela fleure bon l'auberge de jeunesse, le camp d'ados bien disciplinés, voire, sans trop d'ironie, le comité Québécois des JMJ. Impression confirmée au détour d'un des rares titres chantés («Dieu est avec nous (...) nous nous battons pour sa gloire...», c'est vrai que j'ai un peu sorti cet extrait de son contexte, qui ressemble à un hymne à Jeanne d'Arc, mais bon...), ou des remerciements abondants, entre autres à «la paroisse de Notre Dame de Roc Amadour», à «Sœur Isabelle Nadeau pour m'avoir enseigné la musique», et même, le fin du fin, à «mon père qui m'a légué son talent en musique». Ce qui prouve qu'on peut être jeune et ne douter de rien. J'en profite, à titre personnel, pour remercier le spermatozoïde, bourré de talent lui aussi, grâce auquel je peux aujourd'hui lire, écrire, et rédiger cette chronique. Ce que c'est que l'hérédité, tout de même...

Mais revenons à nos brebis. Mundi Domini (maîtres d'un monde, en latinus vulgaris), espère «nous communiquer ce que lui inspire toute la richesse et la beauté du monde» (sic). Tout cela est bien candide, mais on en a vu d'autres, et a au moins le mérite de la sincérité et de la fraîcheur, la vraie, celle qui ne fait pas semblant. Question musique, vous vous en doutez, King Crimson peut aller se rhabiller, c'est à un havre de paix et d'harmonie quasi céleste que nous sommes conviés. Et s'il n'y avait que ça. L'instrumentation elle-même ne risque pas de vous brutaliser les tympans : pas de batterie, juste quelques percussions par ci, par là, et encore seulement en cas de besoin. Par ailleurs, à l'exception de la basse, tout, absolument tout est acoustique, de la guitare au piano, des flûtes traversières et autres piccolo au sitar, en passant par l'accordéon. Ok, je sais que ce dernier instrument donne de l'urticaire à certains, alors qu'il suffit, par exemple, de réécouter le dernier XII Alfonso pour mesurer ce qu'il peut apporter à la musique de pittoresque et de paisiblement mélancolique, surtout lorsqu'il est utilisé avec finesse et sensibilité. Ce qui est le cas ici.

Allez, trêve de sarcasmes, ce premier album de Mundi Domini a carrément la classe, et impose le respect. Il y a dedans une légèreté recueillie, quelque chose d'évanescent et d'imperceptiblement pénétré qui, pendant quelques moments de grâce, vous donnerait presque l'impression de ne plus toucher terre. C'est le règne de la pureté, de la mélodie la plus sereine, baignée par un piano limpide et le ressac langoureux des flûtes. En même temps, tout cela a autant de corps que d'esprit : jamais la musique ne semble s'essouffler ou manquer de substance, bien au contraire, elle est comme traversée par un courant tranquille et fermement porteur, à la fois constante et toujours changeante comme peut l'être la petite flamme d'un cierge. Pour tout vous dire, même s'il m'arrive par moments de zapper le titre cité en introduction (je suis ouvert à quelques idées, mais faut pas trop me chercher...), la musique de Mundi Domini m'a sincèrement touchée. Elle a presque réussi à me décrisper, à me rendre moins méchant et, pour un peu, à me faire croire que le monde est vraiment beau. Dommage que l'album ait une fin, et qu'il faille se réveiller...

Bon, voilà encore un opus tout à fait brillant, peut-être pas le plus indispensable du moment, sans doute également un peu typé, mais qui mérite largement le détour. Je le recommande aux plus stressés d'entre nous, et surtout à ceux qui ont envie d'authenticité, de beauté sans fard et de plénitude intérieure. J'ai même envie, à mon tour, de dire merci. Merci à Mundi Domini pour toute cette belle musique, si sensible et remplie d'âme. Merci pour cette petite ouverture sur un univers plus harmonieux et plus charitable. Et puis merci papa, merci maman. Et m... erci à celui qui le lira !

Olivier CRUCHAUDET

(chronique parue dans Big Bang n°53 - Mai 2004)