
PISTES :
CD 1 :
1. The Creation (18:22)
I) One Mind
II) In a Perfect Light
III) Where Are You ?
IV) Reaching From The Heart
2. The Man’s Gone (2:50)
3. Author Of Confusion (9:30)
4. The Separated Man (17:58)
I) I’m In A Cage
II) I Am The Man
III) The Man’s Gone (Reprise)
IV) Something Within Me Remembers
5. Cradle To The Grave (4:55)
6. Help Me/The Spirit And The Flesh (11:13)
7. Father Of Forgiveness (5:46)
8. Reunion (9:11)
I) No Separation
II) Grand Finale
III) Make Us One
CD 2
(édit. limitée) :
Back To the Garden (4:26)
Nothing To Believe (3:29)
Cradle To The Grave (Neal's Voc) (4:55)
King Jesus (4:48)
What Is Life? (4:28)
Where The Streets Have No Name (5:46)
Day After Day (3:25)
Chris Carmichael's Aria (1:07)
I'm Free / Sparks (6:36)
FORMATION :
Neal Morse
(claviers, guitares, chant)
Randy George
(basse)
Mike Portnoy
(batterie)
INVITÉS
Phil Keaggy
(guitare électrique [1], guitare acoustique [4], chant [5])
Chris Carmichael
(violons, chœurs)
Gene Miller
(chant)
Rick Altizer
(chant)
Michael Thurman
(cor anglais)
Rachel Rigdon
(violon)
Hannah Vanderpool
(violoncelle)
Dave Jacques
(violoncelle)
Jim Hoke
(saxophone)
Neil Rosengarden
(trompette)
Bill Huber
(trombone)
Glenn Caruba
(percussions)
Aaron Marshall
(chœurs)
Missy Hale
(chœurs)
NEAL MORSE
"One"
États-Unis - 2004
InsideOut - 73:55/39:14
Un an seulement s'est écoulé depuis la sortie du brillant Testimony, et non content de livrer dans la première moitié de 2004 un double DVD de la tournée qui suivit (voir les chroniques des numéros 51 et 54), Neal Morse nous propose en ce mois de novembre un nouvel album studio, certes simple, mais rempli à ras bord ! La continuité avec Testimony est directe, d'abord sur le fond, puisque le concept de ce disque est une nouvelle illustration de la place majeure qu'occupe désormais la religion chrétienne dans la vie de l'artiste. Moins autobiographique, One relate la perte originelle du contact divin avec l'homme, à travers un individu en proie au doute, mais qui finira par retrouver ce lien essentiel avec son Créateur. Nous avons déjà précisé, lors de la sortie de Testimony, en quoi ce message spirituel ne nous semble pas devoir constituer un obstacle rédhibitoire à la découverte d'un disque, d'une part parce que cette dimension religieuse est une composante classique de la mentalité des «Etatsuniens» (et partant de leur musique, progressive ou non), d'autre part parce que les idées évoquées, si l'on excepte celle de soumission à un Dieu censé être supérieur, sont plutôt positives et généreuses (l'interview que nous avons réalisé avec lui confirme d'ailleurs que l'on ne peut mettre un signe égal entre un Neal Morse et un George Bush Junior). S'il y avait vraiment lieu de s'offusquer pour des idées malsaines exprimées dans nos rangs, on trouverait davantage d'arguments à épingler le satanisme de la frange death-metal ou gothique. Or, personne ne semble venir protester de ce côté. Étrange quand même, sachant que ce que l'on veut y voir comme de la rigolade influe gravement sur le mental d'un grand nombre d'adolescents. Bref, il serait d'autant plus dommageable de bloquer sur les textes de Neal Morse que la musique est tout simplement excellente.
Si Testimony se voulait conceptuel, il présentait de façon quelque peu contradictoire une disparité éclatée sur l'ensemble de ses deux CDs. Cet aspect ne nous a pas déplu outre mesure, trop heureux que nous étions de retrouver l'ex-leader de Spock's Beard dans un contexte progressif (il n'y avait vraiment rien d'acquis). Il semble même qu'en abordant ainsi de façon séparée, des éléments, voire des genres bien identifiables l'album a séduit au-delà du public habituel. Tel ne sera certainement pas le cas de One qui, contre toute attente, s'avère de par sa plus grande homogénéité, plus progressif encore que son prédécesseur.
Vous avez peut-être d'ailleurs, à son sujet, déjà lu des critiques réticentes. Oubliez-les. Elles proviennent de gens dont l'oreille ne saurait aller au-delà d'un certain seuil de complexité. La plupart des ingrédients de Testimony se retrouvent bel et bien sur ce nouvel album, mais leur agencement favorise une imbrication qui tend à en modifier la perception de telle sorte qu'il faut plusieurs écoutes pour jouir de tous leurs attraits. Nous-y verrons, plutôt qu'un obstacle, une garantie de longévité.
Au-delà des apparences donc, il existe bien une certaine continuité sur la forme avec le très acclamé Testimony. La section rythmique de l'album est d'ailleurs la même que celle du DVD de Testimony, Randy George à la basse et Mike Portnoy à la batterie, qui livrent des prestations du feu de dieu (sic !); la différence est que cette fois, les deux musiciens ont gagné en importance en participant avec Neal Morse à la composition du disque, à l'instar des œuvres de feu Transatlantic. Un rapprochement d'autant plus évident que les cinq suites qui parsèment l'opus célèbrent un progressif symphonique et classique comme on les aime, les composantes instrumentales et mélodiques étant en partie plus développées. La première, «The Creation», divisée en quatre mouvements, est sans doute la plus brillante. Débutant par une longue introduction orchestrale, ses dix-huit minutes nous font communier (re-sic !) avec la verve instrumentale dont est coutumier Neal Morse, par le biais d'une succession de thèmes forts, entraînants, et la voix chaleureuse du maître de cérémonie, soutenue par des chœurs fréquents. Piano, violoncelles sont au rendez-vous, pour un voyage progressif au long cours toujours prenant et chargé d'émotion. Un guitariste à part entière a d'ailleurs été sollicité pour l'enregistrement, Phil Keaggy, et son intégration est une franche réussite.
«The Separated Man», le second «epic», tutoie de la même manière la célébration festive du prog, avec toujours quelques influences jazzy (les sons de claviers, particulièrement) et une sensationnelle séquence instrumentale très acoustique, plus proche de la country. Les trois autres suites tournent autour de dix minutes, mais sont tout aussi intéressantes, «Author Of Confusion» étant plus musclé, avec une ouverture presque metal et le traditionnel exercice de chant en canon, tandis que «Help Me / The Spirit And The Flesh» est tout simplement irrésistible, offrant des percussions bienvenues dans sa première moitié et une seconde partie lyrique et emphatique en diable, comme Neal Morse les affectionne. Quant à l'ultime composition, «Reunion», elle souffre d'une tendance à la fête un peu trop naïve dans ses premières minutes et d'arrangements de cuivres bien trop conventionnels, mais son final s'avère malgré tout enthousiasmant. Les morceaux plus courts sont surtout des ballades acoustiques, et c'est là où l'inspiration de Neal Morse tend à marquer un peu plus le pas, «The Man's Gone» ou «Father Of Forgiveness» évoquant nettement des titres antérieurs, de Spock's Beard en particulier. Par contre, un «Cradle To The Grave» gagne en intérêt grâce à un magnifique duo entre Neal Morse et Phil Keaggy, une première à approfondir.
One apparaît donc comme un excellent album, et même incontestablement un des meilleurs de son auteur. Si égoïstement, on peut en accepter les élans religieux comme étant à l'origine d'une inspiration prolixe, on peut aussi légitimement se poser la question du choix progressif. N'est-il pas, en effet, contradictoire avec le prosélytisme que certains tendraient à reprocher à Neal Morse ? Que gagne ce dernier à vouloir prêcher dans un si faible auditoire ? Aussi, quelque soit sa motivation, nous nous devons de prier pour qu'il n'en change pas... heu... Mais qu'est-ce qu'on raconte ?...
Jean-Guillaume LANUQUE, Laurent MÉTAYER & Grégoire PLADYS
Entretien avec Neal MORSE :
Quelles sont les différences dans les processus d'élaboration respectifs de Testimony et de One ?
La naissance de l'album One a été plus facile que pour Testîmony. Pour ce dernier, j'étais un peu perdu par moments, bloqué, et en quête d'aide; c'était un accouchement difficile ! Pour One, une partie avait été écrite, des démos enregistrées. D'autres choses ont été faites au moment d'entrer en studio, et il a fallu réunir des sections écrites à des moments différents et indépendamment les unes des autres. C'est le cas de «The Separated Man», par exemple. Ce fut un processus plus hybride, plus collectif, moins étouffant que pour Testimony.
Pourquoi avoir choisi de proposer comme gros du disque bonus une série de reprises ? De quelle manière les avez-vous sélectionnées ?
Mike est un fou de reprises, ce qui était déjà le cas dans Transatlantic, et dès qu'il arrive en studio, il a envie de jouer des morceaux d'autres artistes. C'est sa contribution au groupe. Je n'avais pas trop envie de jouer «Amazing Journey» [des Who). Il avait cependant envie de faire une reprise des Who, que j'aime beaucoup : «I'm Free». Randy George voulait reprendre George Harrison, et moi je tenais à faire la reprise de U2 «Where the Streets Have no Name» parce que je trouve que c'est une chanson très spirituelle.
Vous considérez-vous comme un «born again Christian» ?
Je pense qu'on peut dire que oui, même si je suis prudent par rapport au terme, car je suis conscient de ses connotations négatives et désagréables, et qu'il peut faire penser aux télé-évangélistes, ce en quoi je ne me reconnais pas.
En France, on s'est beaucoup intéressé à la réélection de George Bush il y a quelques semaines. Que pensez-vous de l'utilisation de la foi qu'il fait, et que pensez-vous des artistes qui se sont engagés en faveur de John Kerry ?
Je suis toujours méfiant quand il s'agit de politique, parce que pour moi, c'est une chose qui fait ressortir la haine et la colère en l'homme, et que Jésus nous apprend à nous aimer les uns les autres, et à aimer nos ennemis. Bien sûr, j'ai des opinions politiques, mais je pense que seul Dieu peut juger le cœur de l'homme. Et je ne connais ni le cœur de George Bush, ni celui de John Kerry...
Pensez-vous que le progressif soit un véhicule approprié pour un message religieux par rapport à des musiques plus traditionnelles comme le gospel ?
J'ai écrit quelques chansons de gospel qu'il faudrait que je retravaille. Je n'aime pas trop penser en terme de catégories en musique, parce que j'écris avec mon cœur, et je trouve qu'en fait, la musique progressive est un merveilleux moyen pour parler de spiritualité. Je sais que c'est une musique qui est souvent considérée comme très technique et très cérébrale, mais pour moi, c'est la musique la plus spirituelle qui soit. Un groupe comme Yes, par exemple, illustre parfaitement cette idée.
Musicalement, One, à mon avis, peut être divisé en deux ensembles : les suites épiques, dont «The Creation» et «The Separated Man» sont les deux sommets, plus influencées par Transatlantic, et les ballades. Etes-vous d'accord avec cette analyse ?
En effet, oui. On peut voir les choses comme ça.
Avez-vous l'intention de renouveler l'expérience de vos deux premiers albums solo, plus dépouillés et pop ? Je sais que vous n'aimez pas trop parler à l'avance de ce que vous allez faire, et que vous préférez laisser venir les choses !
Oui, je suppose que je dois être un peu ennuyeux dans mes réponses (rires). Je disais récemment à un ami que souvent, j'aurais envie de répondre : «Je prie et j'essaie d'être à l'écoute»... Mais en fait, c'est vrai ! Je ne suis vraiment pas dans une logique marchande et mécanique, qui consiste à écrire de la musique, la vendre, écrire de la musique, la vendre, etc... ce que je pourrais faire. Ce que j'écris vient du cœur.
Même si Dieu a pris énormément d'importance dans votre vie, auriez-vous envie d'explorer d'autres thèmes pour de prochains albums ?
Ce qui m'intéresse vraiment, c'est quand même tout ce qui touche au spirituel. Mon pasteur nous disait récemment que certes il était instruit, qu'il connaissait très bien la Bible, bla bla bla... mais que ce qui l'intéressait, c'était, non pas de parler de la Bible en soi, mais de faire comprendre ce qu'est l'esprit et la spiritualité, et d'apporter quelque chose en plus. Voilà ce qui m'intéresse aussi à travers ma musique.
D'après vous, quels sont les différences et les points communs dans les thèmes abordés sur Testimony et sur One ?
Testimony était vraiment mon histoire personnelle, alors que One aborde les choses d'une façon plus générale, même si j'y ai mis aussi des choses personnelles. On y retrouve le thème du salut, de la noirceur qui seule peut donner son sens à la lumière, et donc aussi au côté plus obscur de l'homme, par opposition à ce qu'il y a de meilleur en lui.
Percevez-vous une différence de perception du public entre l'époque où vous étiez le leader de Spock's Beard et votre carrière solo ?
Ils m'ont l'air d'être les mêmes... mais moins nombreux ! (rires) Environ un tiers de moins (rires). Mais ce n'est pas la taille qui compte, n'est-ce pas ? (rires)
Testimony, l'album et le DVD, se sont-ils d'ailleurs bien vendus ? Aujourd'hui, arrivez-vous à vivre de votre musique ? Avez-vous une autre activité professionnelle en dehors de la musique ?
Ça va pas mal, Dieu s'occupe bien de moi ! (rires) En tant que chrétien, ce n'est pas mon chiffre d'affaire qui compte, c'est de réussir à atteindre et à toucher les gens. Donc, à côté de la musique proprement dite, il y a juste la vente en ligne sur mon site, nealmorse.com, que vous pouvez bien sûr visiter ! (rires)
Une tournée est-elle prévue pour One ? Passera-t-elle cette fois-ci par la France ? Votre formation de scène sera-t-elle aussi fournie que pour Testimony, ou doit-on s'attendre à quelque chose de plus intimiste ?
Déjà, pour la tournée précédente, je voulais venir, mais cela n'a pas pu se faire, pour des raisons indépendantes de ma volonté, ce que je regrette. Mais je tenais à dire à mes fans français que j'aurais vraiment voulu passer par la France la dernière fois, et que j'espère vraiment que ça se fera cette fois-ci. Mais pour l'instant, rien n'est définitivement établi. Quant à la formation, je ne sais pas encore, mais ce qui est sûr c'est que j'ai vraiment adoré jouer avec une grande formation lors de la tournée précédente.
Qu'est-ce que vous écoutez actuellement ? Que pensez-vous d'ailleurs de Dream Theater, le groupe de votre ami Mike Portnoy, qui vient de sortir un nouvel enregistrement live ? Plus généralement, avez-vous eu d'autres coups de coeur artistiques, en cinéma, livres, etc... ?
En ce moment, ma femme a envie d'écouter des chants de Noël, donc... ! (rires) Notamment une reprise d'une chanson traditionnelle faite par les Jackson Five ! En ce qui concerne Dream Theater, je les trouve extraordinaires, incroyables. Sur leur dernier DVD live, l'improvisation sur «Beyond This Life» est époustouflante, décoiffante ! Ils sont vraiment impressionnants ! Côté livres, le dernier que j'ai lu est Absolute Surrender, écrit par Andrew Murray, un ouvrage religieux. Sinon, je ne vais pas au cinéma parce que mes enfants sont encore un peu jeunes pour y aller, et le peu de films que j'ai vus à la télévision ne vaut pas la peine qu'on en parle. Mais c'est mon opinion, et je rate certainement des choses intéressantes.
Entretien
réalisé par Christine FORTIN
et Jean-Guillaume LANUQUE,
(merci à Grégoire PLADYS)
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°56 - Décembre 2004)

