BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Tales From The Green Sofa pochette

PISTES :

1. Secret Place I (9:03)
2. You Don't Fool Me (10:29)
3. Friends Of Mine (11:19)
4. Gone Margarita (9:24)
5. Tales From The Green Sofa (12:34)
6. Secret Place II (7:43)

FORMATION :

Stephan Forner

(guitares électrique et acoustique, chant)

Cyrille Forner

(basses électrique et acoustique, chant)

Philippe Duplessy

(claviers)

Joel Mondon

(batterie)

INVITÉS

Agnès Forner
(flûte)

Loïc Brétignière
(congas)

Cédric Cartaud
(guitare acoustique)

MIRAGE

"Tales From The Green Sofa"

France - 2004

Muséa - 60:32

 

 

Malgré les premiers échos, entendus ça et là, concernant le second album de Mirage, je ne voulais pas y croire. Un groupe Français serait capable d'exceller dans le style des vertes années de Camel !? Non pas en proposant une adaptation vaguement approchante, comme on peut parfois trouver des ressemblances entre Atoll et Yes, quelques similitudes entre Pulsar et Pink Floyd ou une copie soignée mais quelque peu aseptisée comme Starcastle vis à vis de Yes, mais plutôt une totale assimilation (appropriation ?) de l'esprit originel avec le minimum de distanciation nécessaire... Et aussi avec une bonne dose de créativité en guise d'enjeu pour tenter de faire passer ce mimétisme au second plan et laisser place à une œuvre aux qualités indéniables.

Eh bien, à l'écoute de Tales From The Green Sofa, j'avoue avoir été complètement sidéré par la réussite de ce pari des plus risqués !!! Et pourtant, cette entreprise semblait une gageure a priori intenable puisqu'il fallait être constamment sur la corde raide pour évoquer favorablement la référence initiale en créant de nouvelles compositions (thèmes, arrangements) suffisamment originales et aussi fortes ! Cela impliquait évidemment un important bagage musical et une excellente maîtrise instrumentale mais aussi une sacrée dose d'inspiration, de foi en ce projet et enfin d'une véritable vénération pour le modèle, Camel. A l'évidence, Mirage possède tout cela ! Il l'exprime tout d'abord par l'osmose parfaite entre les quatre musiciens. Chacun expose clairement son jeu qui concourt de manière déterminante au résultat final; le bassiste a un son moins rond que dans les premiers Camel, le batteur met un peu moins les cymbales en avant que son homologue britannique, le claviériste a un jeu un peu moins posé et mémorable et parfois légèrement plus jazzy que Pete Bardens... Quant au guitariste, je n'ai jamais entendu quelqu'un qui ait un feeling si proche du leader de Camel ! Fluidité du phrasé, utilisation similaire (et parfaite donc) de la saturation, même brillante utilisation des accentuations suraiguës... Impressionnant ce Stephan Forner !

Le groupe a adopté un chant un peu détaché à la manière de son modèle (qui n'a pas toujours fait l'unanimité !), mais qui ne dépare pas l'ensemble d'autant plus qu'il est assez rare. La musique développée ici s'apparente spécialement à Moonmadness, par son caractère jazzy, véloce parfois, et moins violent que sur Mirage. Les solos sont passionnants et substantiels, les morceaux sont bien construits avec des rebondissements opportuns (on trouve deux interventions à la flûte).

La cause est entendue, du prog de cette qualité là, ça ne court pas tant les rues. Mirage me paraît vraiment l'un des plus subtils et intéressant parmi les nombreux groupes qui ont tenté de capter le «feeling» du célèbre groupe Britannique (mettons à part un Fruupp, groupe cousin, ou le talentueux Bellaphon). Aussi, il me paraît indispensable à tous les admirateurs au sens large de Camel, même si je connais quelques personnes totalement hermétiques à ce genre de copie, qu'ils jugent sans âme donc inepte. Souhaiter que Mirage poursuive dans cette voie est néanmoins discutable dans la mesure ou cela peut s'avérer frustrant à la longue pour ses musiciens (et pour ses auditeurs)... Mais franchement, à ce stade, on peut se poser la question : que pourraient-ils faire d'autre... mieux ?!

Philippe LOMBARD

(chronique parue dans Big Bang n°54 - Juillet 2004)