BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Atlas pochette

PISTES :

1. Saltarello (3:50)
2. Volubilis (7:02)
3. Louez Son Nom ! (7:36)
4. Voyage I (7:32)
5. Deux Amis (6:54)
6. La Ribote (3:25)
7. Atlas (6:44)
8. Icarus (6:28)

FORMATION :

Jean-Baptiste Ferracci

(chant)

Sonia Nedelec

(chant)

Didier Ottaviani

(batterie, percussions)

Jean-Luc Payssan

(guitares acoustique et électrique, mandoline, chant, percussions)

Thierry Payssan

(orgue, synthétiseurs, chant, percussions)

Eric Rebeyrol

(basse)

EXTRAITS AUDIO :

MINIMUM VITAL

"Atlas"

France - 2004

Muséa - 49:34

 

 

Ne tournons pas plus longtemps autour du pot ! C'est bien la première fois qu'une production des jumeaux Jean-Luc (guitare) et Thierry (claviers) Payssan ne nous surprend pas ! Et ça, c'est une véritable surprise. En effet, chaque album de Minimum Vital, ou de son pendant Vital Duo, n'apportait pas seulement une touche de nouveautés, mais bel et bien des univers musicaux totalement inédits. Cet Atlas-là, contrairement à son nom, n'est pas aussi dépaysant que cela... Sept ans après la parution de Esprit d'Amor, et en considérant les nouvelles et passionnantes voies entre-temps empruntées par le duo, on pouvait légitimement s'attendre à davantage d'innovation(s)...

Néanmoins, on peut se poser la question : une œuvre doit-elle forcément surprendre ? Est-ce que ce caractère est nécessairement gage de qualité ? Et l'inverse est-il autant valable ? Non, bien sûr, ce serait une vision simpliste ! Sans entrer dans le cliché tout aussi ridicule des vieux pots sensés faire les meilleures soupes, il est toutefois possible de suivre des recettes reconnues et proposer quelque chose de délectable ! Certains ténors du progressif actuel basent même leur art là-dessus. Ainsi, les ingrédients de cette musique vitale sont suffisamment savoureux et originaux pour que le groupe se permette de revisiter son passé sans fausse modestie. D'autant plus qu'il ne s'inspire finalement que de lui-même. Et si l'innovation n'est plus le maître-mot, elle est loin d'être absente ici !

De prime abord, tout nous pousserait à considérer Atlas comme un digne petit frère d'Esprit d'Amor, ces deux albums ayant d'évidents points communs. «Saltarello» qui introduit le petit dernier, semble même échappé de son prédécesseur. Les mélodies vocales constituent ainsi toujours le centre névralgique des compositions. Tout en étant d'une rare richesse harmonique et rythmique (comme jamais elles ne l'ont été), elles savent rester évidentes et faciles à retenir. Elles sont joliment servies par l'union des voix des excellents Sonia Nédélec et Jean-Baptiste Ferracci, qui savent faire chanter parfaitement ce dialecte imaginaire et très imagé inventé par les jumeaux... De plus les mêmes ambiances entraînantes, voire dansantes mais jamais mièvres sont partagées entre les deux albums. La gaieté semble être le fil directeur de celui-ci, son sous-titre «Vers Un Etat de Joie» n'en est que l'indice le plus flagrant.

Un autre héritage du passé vital, qui avait été quelque peu délaissé sur Esprit d'Amor au profit d'influences plus latines, refait ici son apparition. Il s'agit de l'inspiration médiévale et sombre qui avait fait le succès de Sarabandes (1990) et dans une moindre mesure de La Source (1993) et bien sûr de Vital Duo. Les mélodies se font alors plus acides ou mélancoliques, les ambiances deviennent oppressantes ou introverties et l'énergie déployée est davantage porteuse de sentiments mélancoliques, voire obscurs, que de franche jovialité, notamment lors des parties instrumentales.

Et c'est lorsque la formation pousse la synthèse de ces deux passés plus ou moins contradictoires jusqu'à son accomplissement que finalement elle est la plus concluante. A cet égard, le très chaloupé «Voyage I» (qui peut-être considéré comme la suite logique de «Ann Dey Floh» - sur La Source - et «L'Invitation» - sur Esprit d'Amor), son thème introductif ménestrel, ses belles mélodies en demi teintes et sa succession de ruptures (vocales ou guitaristiques) est un parfait exemple de ce mariage de couleurs réussi.

Un peu pour les mêmes raisons «Deux Amis» est un autre morceau marquant d'Atlas. Bien que quelques indices le laissaient présager, tels le pont virevoltant puis inquiet particulièrement enlevé sur «Volubilis» ou la guitare 'oldfieldienne' de «La Ribote» (par ailleurs seul titre totalement dépourvu de paroles), il se démarque par un superbe final emprunt d'une rage exacerbée dont on ne croyait plus Minimum Vital capable. Le morceau fini d'ailleurs par des «Alléluia» scandés assez virulents - à l'instar de certaines versions de «Köhntarkösz» (celle de la BBC 1974 par exemple) ou du «KA» de Magma. Simple coïncidence ou clin-d'œil ?!? En revanche, il semble que le groupe se soit un peu emballé sur le morceau-titre. Si le thème énergique est assez réussi et fourmille de bonnes idées (il rappelle vaguement le riff de «Behind The Line» de Genesis), son arrangement cumule un peu tous les reproches que l'on pouvait faire à la formation, surtout dans sa première partie : claviers trop clinquants et rythme minimaliste et métronomique, qui lui confèrent un côté pompier assez déplacé. Sa seconde partie est plus modérée, étrange et séduisante, mais ne parvient pas à rattraper cet avant-goût amer...

Récurent depuis La Source, un dernier symptôme n'est pas totalement réglé, même s'il y a du mieux. La batterie ne parvient pas toujours à trouver sa véritable place, et ce en dépit de l'arrivée de Didier Ottaviani, plus convaincant que Charly Berna. Etrangement, seuls les titres les plus rythmés semblent en souffrir et plus particulièrement les passages chantés. En fait cette rythmique trop carrée tend à plomber le coté dansant en lui imposant une rigidité trop contraignante. Peut-être Minimum Vital devrait-il réfléchir à intégrer davantage de percussions au détriment du kit. C'est une piste à suivre...

Toutefois ce bémol ne doit pas masquer les progrès formels réalisés. Certainement sous l'influence du Duo, les arrangements se sont épurés et les sonorités sont devenues plus douces et acoustiques qu'auparavant. Ainsi Thierry Payssan a-t-il définitivement abandonné ses pénibles imitations de cuivres au profit de simili-hautbois (une des marques de fabrique du groupe) ou d'orgues plus réussis; Jean-Luc privilégie ses guitares classiques, mandolines et cistres, et ne sort sa Les Paul (avec un égal bonheur) que lors des passages plus vifs; tandis que la basse d'Eric Rébeyrol se fait sobre et moelleuse à souhait. Toujours à ce sujet, le dosage entre parties chantées et instrumentales est à présent parfait.

En fin de compte, Minimum Vital arrive à mêler accessibilité et sophistication avec brio. Si la découverte de son univers est assez aisée, sa richesse et sa profondeur ne se dévoilent qu'après un certain effort de la part des auditeurs. Mais doit-on pour autant considérer Atlas comme un album-bilan ? Oui et non ! Certes, il propose une sorte de synthèse de la carrière passée en réunissant avec succès les diverses facettes du groupe. Néanmoins, ce genre d'exercice se voulant définitif, il serait dommage de s'en contenter, car le talent de ces musiciens peut les entraîner encore plus loin ! Certes, on faisait déjà cette remarque dans notre numéro 20 en 1997, mais quelque soit la réussite de cet album (supérieure même au précédent), nous ne pouvons pas ne pas avoir foi en les capacités créatrices des jumeaux Payssan et croire qu'ils ont réalisé là leur «chef-d'œuvre». Dans son style, Vital Duo est parvenu à une sorte de perfection, il n'y a aucune raison pour que Minimum Vital n'y arrive pas de son coté ! Les nouvelles orientations lui permettront peut-être d'atteindre ce but (cf. entretien). Mais ne soyons pas trop pressés, et laissons-nous guider par ce bel Atlas illustré. Le voyage mérite réellement le détour !

Olivier VIBERT

Entretien avec Thierry PAYSSAN :

Minimum Vital

Début 1999, après la sortie de votre Live et dans l'entretien que vous nous aviez accordé (cf. BB#29), vous sembliez être assez pressés de remettre le couvert avec Minimum Vital. Il aura toutefois fallu attendre cinq années, soit sept après la parution de Esprit d'Amor, pour entendre un nouveau disque du groupe. Vital Duo est-il la seule justification de cette longue parenthèse ? Ne pensez-vous pas d'ailleurs que, sept ans, c'est un peu trop long pour vos fans ?

Tout à fait d'accord, c'est trop long ! En fait, les choses ne se sont pas passées exactement comme prévues : cet album aurait dû sortir plus tôt, dans la foulée du Live, et certains morceaux datent d'ailleurs de cette période. Mais entre-temps, il y a eu l'expérience Vital Duo, qui n'était pas préméditée, mais qui nous a entraînés vers des rivages insoupçonnés (pour nous !). Cela a remis en cause l'existence du groupe, et nous ne savions plus trop ce qu'il fallait faire. Mais il y avait la matière prête pour les bases d'un nouvel album, et on s'est dit que ce serait trop bête de jeter tout ça aux orties. Alors, on s'est remis au travail et cela nous a remotivés, tous les six. Mais en même temps, nous avons souhaité devenir autonomes sur le plan de la production sonore, et là aussi, c'est toute une aventure ! Puis, il a fallu faire avec la disponibilité des uns et des autres. Il y a eu une année entière où Jean-Luc était très peu libre du fait d'un emploi du temps chargé (boulot oblige !). Cela explique le retard.

Il y a sept ans, le progressif français rimait avec Minimum Vital mais aussi Halloween, Eclat, Hecenia, groupes avec lesquels vous aviez de nombreuses affinités et avec qui vous avez partagé quelques scènes de par le monde. A présent, l'actualité de ces formations est moins intense, quand elles n'ont tout simplement pas disparu. Aujourd'hui d'autres, telles Priam, Taal, Syrinx, XII Alfonso, ont pris le relais avec brio et personnalité. Comment vous situez-vous au sein de cette nouvelle scène ? Avez-vous l'ambition de reconquérir votre «leadership» ?

Eh bien, nous ne prétendons pas avoir un «leadership», du moins dans le sens : «être plus forts que les copains». Par contre, j'avoue que j'aimerais assez que nos efforts pour essayer de développer une personnalité originale, une certaine cohérence musicale, soient reconnus. Mais en fait, notre seule ambition est de progresser déjà pour nous-mêmes. J'aimerais que nous arrivions à nous approcher au maximum de ce que nous avons en tête. C'est ce qu'il y a de plus dur. Je pense que tout compositeur, quel que soit son niveau d'ailleurs, grand ou modeste, passe son temps à essayer de toucher au plus près l'harmonie secrète qui résonne au fond de lui. Pour ce qui est des groupes que vous citez, il me semble effectivement qu'ils participent chacun à améliorer le niveau du mouvement prog aujourd'hui, qui est meilleur qu'il y a 10 ou 15 ans. Ceci dit, je reste un indécrottable nostalgique du progressif des années 70. On ne pourra jamais rivaliser avec un tel déploiement de talent et d'intelligence musicale.

L'expérience du Vital Duo a très certainement influencé votre façon de travailler avec le groupe complet. On a notamment l'impression que les arrangements sont plus épurés...

Oui, cette expérience nous influence de façon définitive maintenant. L'univers sonore notamment utilisé avec le Duo est particulier, volontairement atypique, aéré. Une des choses que je regrettais personnellement avec Esprit d'Amor est que je trouvais que les arrangements étaient trop chargés, et que l'album aurait beaucoup gagné en laissant un peu plus d'espace pour s'exprimer. Donc, pour celui-ci, nous avons essayé de donner plus de lisibilité dans les arrangements, et nous sommes satisfaits du résultat.

Quel était votre état d'esprit lors de la composition d'Atlas ? On a l'impression que vous avez voulu dresser une sorte de bilan de vos albums passés... Pour la première fois dans votre carrière, vous n'empruntez pas une direction totalement inédite mais une autre jalonnée par votre passé...

Oui, je comprend cette analyse, que je partage tout à fait. Pour être franc, nous avons travaillé sur cet album avec le sentiment que quelque chose d'autre allait bientôt émerger, mais que ce n'était pas encore le bon moment, que tout n'avait pas été dit avec cette formation. Il nous fallait marquer encore un jalon pour terminer ce qui avait été commencé avec Esprit d'Amor, et en même temps, faire mieux si possible ! Cela nous a conduit à faire une sorte de synthèse de notre parcours.

Votre musique (en tout cas certains titres) peut être qualifiée de dansante, mais en se référant davantage à un contexte 'trad' que 'disco' (pour faire simple). Est-ce une volonté délibérée ? Avez-vous par exemple déjà surpris votre public se trémousser lors de concerts ?

Je suis assez d'accord avec la comparaison «danse trad». Le fait de bouger sur de la musique n'est pas péjoratif, c'est même l'envie que devrait provoquer toute musique digne de ce nom, et c'est valable pour un concerto de Mozart, une chanson des Beatles, «Close To The Edge», et tutti quanti ! Je crois qu'on fait trop facilement l'amalgame : «danse = commercial = merde». Je ne raisonne pas du tout comme ça. A mon avis, une musique bien jouée est une musique qui a du souffle, du «swing», du «groove», appelez ça comme vous voulez. Par exemple, comment pourrait on rester de marbre devant la pulsation vitale d'un «Mekanïk Destruktiw Kommundöh» ou toute l'œuvre de Vander en général ? Et pourtant qui oserait soutenir que c'est commercial ? Il est arrivé souvent que des gens dansent lors de concerts de Minimum Vital. Parfois, cela a été considéré comme un crime impardonnable par certaines personnes prétendant soutenir le rock progressif. Pour moi, c'est une récompense !

On retrouve de nombreuses références à la spiritualité dans votre musique. Dieu notamment est cité à plusieurs reprises (pas forcément sur Atlas) et votre répertoire compte quelques prières ou assimilées. Souhaitez-vous vous exprimer davantage sur ce sujet ?

Question difficile, car en fait nous n'avons rien de particulier à dire à ce sujet, pas de message religieux, pas de conseils à donner en matière de spiritualité. Alors, pourquoi ces références ? Je pense que cela nous vient naturellement, presque instinctivement. Cela doit être lié au fait que la musique nous semble être une porte privilégiée pour accéder à quelque chose qui se situe au delà de nous, au delà de notre vie terrestre. J'ai l'impression que l'être humain sait de manière confuse, et parfois naïve, qu'il vient «d'ailleurs», que ses racines sont de nature divine. Nous avons tous la nostalgie de ça, d'une «totalité» dont nous sommes extraits, et dont nous avons soif toute notre vie durant. Peut-être sommes-nous «piégés» en quelque sorte dans cet univers physique, pour une raison qui dépasse notre entendement. Peut-être que Dieu lui-même s'est «piégé» volontairement dans cette réalité terrestre. Peut-être que l'existence même de cette réalité physique, qui voit le passage du temps, le cycle de vie et de mort, le changement permanent des choses, est dû à cette incarnation de Dieu dans ce «quelque chose» qui est le théâtre de nos vies. On est là en pleine métaphysique ! A mon avis, la musique est un moyen de toucher du doigt une transcendance au delà de notre réalité temporelle. Je ressens ça lorsque j'écoute certaines musiques du Moyen Age, la musique d'Olivier Messian ou Jehan Alain, la musique de notre ami Philippe Cauvin, ou encore... «Awaken» de Yes ! Pour une raison peut être inconsciente, nous sommes amenés nous aussi, à notre niveau, à exprimer quelque chose qui relève de la spiritualité. Mais je ne peux l'analyser mieux !

Vous avez votre propre studio Vital Musique. En quoi cela vous apporte-il plus de libertés ? Vous vous êtes souvent plaints de ne pas avoir eu assez de moyen pour réaliser vos premiers albums; alors, est-ce que cette indépendance répond à tous vos besoins ?

Pas à 100% encore, mais ça vient ! Notre parcours en studio au fil du temps a été un peu chaotique, souvent difficile. J'aurais bien aimé que l'on rencontre plus tôt quelqu'un comme Jean-Paul Trombert (ingénieur du son au studio Pro System), qui aurait su nous conseiller dès le début sur ce qu'il fallait travailler en priorité en terme de production sonore, d'arrangements. Nous avons tout découvert par nous mêmes, et bien sûr, nous avons fait des erreurs, et ça a pris du temps. C'est le drame de nombreux musiciens français : chez nous la notion de «producteur» au sens anglo saxon (c'est à dire le directeur artistique, celui qui conseille, donne les orientations sur les couleurs sonores, les choix d'arrangements, de mixage, souvent en collaboration avec le groupe d'ailleurs, ce n'est jamais, ou très rarement, despotique) n'existe pas ! Ou du moins pour des groupes n'ayant pas signé avec une major. Il faut donc se débrouiller tout seul, et cela prend plus de temps pour comprendre certaines choses.

 A contrario, ceci n'est-il pas un frein à votre créativité et n'êtes-vous pas victime de ce confort ? Vous avez enregistré Atlas sur une période de deux ans, le fait d'avoir plus de contraintes de planning n'aurait-il pas pressé les choses ?

Oui, cela aurait peut être raccourci les délais, mais pas tant que ça. Notre «lenteur» vient surtout du fait que nous avons peu de temps en dehors du boulot, et il faut aussi laisser un peu de place pour la vie de famille. Il me semble par ailleurs que tout est de plus en plus compliqué. J'ai moins d'insouciance qu'avant, mais c'est peut être l'âge aussi (tout juste 40 ans) !

Quels sont vos projets à court et moyen termes ? Comment pensez-vous gérer la coexistence des deux formations «vitales» ? Avez-vous des concerts prévus ?

Nous avons envie de commencer à travailler sur le prochain album studio, ce sera peut être Vital Duo, ou Minimum Vital, ou les deux ! Nous commençons à entrevoir à quoi cela va ressembler. L'évolution sera très sensible, j'en suis certain. Le plus simple serait sans doute de fusionner les deux formations, d'insuffler du Vital dans le Minimum, ou du Duo dans le Vital, ou vice versa ! Les concerts sont de plus en plus difficiles à trouver en ces temps où notre bon gouvernement s'attache à détruire le peu de culture, pourtant quasiment clandestine, qui survivait encore. Vital Duo est cependant programmé pour le festival de Sarlat, le 22 mai, avec Cast et IQ, c'est confirmé ! Au départ, c'était le groupe qui devait se produire, mais notre chanteuse Sonia est en tournée avec Les Grandes Gueules, et elle n'était pas disponible.

Nous avons entendu parler de votre participation au projet Odyssee, mis en œuvre par le magazine finlandais Colossus, initiateur l'an dernier du fameux Kalevala. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Colossus nous a contacté pour savoir si nous étions intéressés. Au début j'ai émis quelques réserves, car je trouvais que les arguments avancés étaient un peu naïfs : «un concept album plus de deux fois plus long que Tales From Topographic Oceans ! Des sons seventies en pagaille !» etc. Mais finalement, on s'est dit que c'était une belle occasion d'expérimenter autre chose, avant de poursuivre l'évolution du groupe, et de travailler sur une durée qui ne nous est pas habituelle (20 à 25 minutes). Le projet implique neuf groupes (dont XII Alfonso), chacun devant illustrer musicalement un des chapitres de «l'Odyssée» de Homère. Nous travaillons dessus actuellement. Le morceau est composé, nous sommes en train de faire une maquette de travail, en vue de l'enregistrement de la batterie qui doit se dérouler début juin.

Terminons par une question anecdotique mais qui m'a toujours titillé, pourquoi Jean-Luc joue-t-il de la guitare et toi des claviers et non l'inverse ?

C'est un peu le hasard en fait ! C'est peut-être parce que j'ai été le premier à demander à nos parents de me payer des cours de piano. C'était l'époque où nous découvrions Yes et Genesis. Il nous était apparu clairement que ces musiciens là avaient un bagage «classique» que ne possédaient pas les Beatles (que nous aimions aussi beaucoup). Mais là, nous sentions bien que nous avions affaire à autre chose : notre univers musical changeait tout d'un coup de dimensions et prenait des proportions quasi cosmiques ! Donc, il me semblait que, pour essayer humblement de faire la même chose, le passage par la case «cours de musique classique» s'imposait ! J'ai donc choisi le piano. Et, naturellement, comme il aurait été idiot de former un duo de claviers, Jean Luc m'a rejoint quelques mois plus tard avec une guitare classique !

(chronique et entretien parus dans Big Bang n°53 - Mai 2004)