BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Innocent God pochette

PISTES :

1. Invisible Bright Man (6:20)
2. My Warrior (6:53)
3. Innocent God (9:22)
4. Found (6:56)
5. Who To Believe (5:15)
6. Sea Of Detail (6:02)
7. Slow Burn (4:37)

FORMATION :

Trent Gardner

(claviers, chant)

Wayne Gardner

(guitare, basse)

Robert Berry

(autres instruments)

EXTRAITS AUDIO :

MAGELLAN

"Innocent God"

États-Unis - 2007

Muse Wrapped - 45:19

 

 

Après deux albums chez InsideOut, le groupe de Trent Gardner a finalement décidé de faire subir une nouvelle inflexion à sa carrière en optant (définitivement ?) pour l'autoproduction. Plus exactement, les frères Gardner ont créé leur propre structure, Muse Wrapped Records, qui produit également Jack Foster III (dont le nouvel album est annoncé pour très bientôt). Un choix qui s'inscrit dans la lignée du morceau payant de Symphony for a Misanthrope que Magellan avait mis en téléchargement sur son site officiel, mais qui est peut être quelque peu précoce : sans bénéficier d'un réseau de distribution classique, le groupe risque de manquer d'exposition, et seuls les connaisseurs peuvent dès lors avoir la motivation suffisante pour acheter ce septième album studio en le commandant directement aux États-Unis.

Mais qu'en est-il justement de ce nouvel opus ? De prime abord, on pourrait penser qu'il s'agit d'un des moins convaincants de Magellan, aux côtés de Test of Wills. En fait, on a comme l'impression que les frères Gardner sont revenus en arrière, à l'époque de Hour of Restauration et Impending Ascension : seulement assistés de Robert Berry, il ont renoncé à un batteur professionnel, ce qui se ressent à l'écoute de rythmiques souvent trop basiques ou manquant de groove. De même, les arrangements s'avèrent plus dépouillés, sans aucune intervention de trombone, donnant une sonorité de Magellan moins hard, plus axée sur le chant. Mais peu à peu, la magie opère, et sur les sept nouveaux morceaux, seuls deux et demi se révèlent moins concluants. Il en est ainsi de «Who to Believe ?», une ballade piano voix sympathique, mais qui n'atteint pas la profondeur d'un «Hymn to Heathen» ou du thème principal de «The Great Goodnight»; de «Slow Burn», un rock assez basique, qui vaut surtout par une séquence intermédiaire magnétique, menée par le clavier; et du titre éponyme, tout au moins ses deux tiers, qui traînent quelque peu en longueur et évoquent, pour la guitare surtout, le Genesis période années 80 et We Can't Dance...

Heureusement, les points forts sont là, et parviennent à hisser cet Innocent God pratiquement au niveau de ses deux prédécesseurs (voir les numéros 52 et 57 de Big Bang). La basse compense ainsi la faiblesse de la batterie, et si les soli de guitare ou de clavier sont rares, ils sont largement équilibrés par des mélodies envoûtantes, portées par la voix toujours unique de Trent Gardner, démultipliée sur plusieurs pistes, et que l'on ne peut s'empêcher de fredonner au fil des écoutes. «Invisible Bright Man», qui ouvre le disque, a ainsi beaucoup de corps, distillant une émotion certaine, et sa structure comme ses arrangements réservent plus de surprises qu'on ne pourrait le penser. Le plus acoustique «My Warrior», dont la fin voit le retour de vocalises typiques de Trent Gardner, ou le sensible «Found», qui traite de la catastrophe de la Nouvelle Orléans, sont également d'attachants morceaux. Quant au dernier tiers de «Innocent God», son côté aérien et mélancolique le rend irrésistible. Des chansons, oui, avec bien quelques airs de déjà entendu de ci de là, mais de cet acabit, on en redemande ! Le seul instrumental, «Sea of Details», est une incantation réveillant les mânes d'ELP, avec une rythmique solide sur laquelle vont, lancinantes, mélodies de claviers et de guitare (sur fond jazzy). Un album qui demande du temps pour être apprécié, mais donne très envie de voir quelle sera la prochaine direction abordée par Magellan.

Jean-Guillaume LANUQUE

(chronique parue dans Big Bang n°66 - Été 2007)