BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Magellan - Symphony For A Misanthrope

PISTES :

1. Symphonette (instrumental) (2:51)
2. Why Water Weeds ? (8:31)
3. Wisdom (4:24)
4. Cranium Reef Suite (18:05)
Part one: "Youthful Enthusiasm"
Part two: "Psych 101"
Part three: "Primal Defense"
5. Pianissimo Intermission (instrumental) (2:08)
6. Doctor Concoctor (4:13)
7. Every Bullet Needs Blood (6:42)

FORMATION :

Trent Gardner

(chant, claviers, trombone)

Wayne Gardner

(guitare, chant, chœurs)

INVITÉS

Joe Franco
(batterie, percussions)

Robert Berry
(batterie, basse [2])

Steve Walsh
(claviers [1])

Dave Mannion
(claviers [1])

MAGELLAN

"Symphony For A Misanthrope"

États-Unis - 2005

InsideOut - 46:57

 

 

La signature de Trent Gardner chez InsideOut semble avoir dynamisé la créativité de ce dernier, puisque seulement un an et demi sépare Impossible Figures, le précédent album du groupe, de ce nouvel opus, le sixième, un délai qui n'a jamais été aussi court pour Magellan. Plusieurs éléments relient d'ailleurs Symphony For A Misanthrope au précédent disque du combo : même type de production, même ouverture en instrumental, même référence à la musique classique avec un titre au piano très enjoué, «Pianissimo Intermission», qui dénote un peu avec le reste et évoque la première moitié de «Bach 16», même logo et même illustrateur. Toutefois, à ce sujet, le pessimisme et l'aspect critique des textes de Trent Gardner sont cette fois clairement visibles sur la pochette, particulièrement sombre.

Et de misanthropie, il en est bien question dans les cinq chansons de l'album. «Why Water Weeds» évoque ainsi avec humour le sort d'une Terre en fin de course, «Wisdom» le sens trompeur et falsificateur que l'on donne souvent au terme de sagesse, «Doctor Concoctor» la prétention de ceux qui pensent avoir des solutions à tous les problèmes, et «Every Bullet Needs Blood» le commerce des armes à feu... Musicalement, Magellan fait feu de tout bois, et ce dès le titre instrumental introductif : «Symphonette» est en effet un festival d'emphase et de symphonisme (sic), aux sonorités multiples (et dont une séquence évoque le dernier Ars Nova), sur lequel un certain Steve Walsh fait d'ailleurs une intervention de clavier.

Quant aux cinq chansons, elles sont de qualité inégale, tout en déclinant sans révolution la marque de fabrique des frères Gardner, et confirment avec brio le talent de chanteur de Trent. «Wisdom» est ainsi une émouvante ballade à la guitare acoustique et au piano relativement calibrée, proche de la première partie de «Walk Fast, Look Worried» sur Test Of Wills, tandis que «Every Bullet Needs Blood» connaît une baisse de régime entre son introduction instrumentale 'ethnisante' et sa deuxième moitié chantée, qui s'emballe pour notre plus grand plaisir. Par contre, les huit minutes de «Why Water Weeds», pour lesquelles Robert Berry a été sollicité, sont une complète réussite, alternant parties enfiévrées, interventions vocales à donner le frisson (on pense à «The Great Goodnight») et qui devraient suffire à faire taire ceux qui n'ont toujours pas ressenti que Magellan distillait aussi de l'émotion, sans oublier deux sections plus novatrices, dans lesquelles le chant est accompagné d'un clavier virevoltant et d'une rythmique très technoïde... «Doctor Concoctor», lui, reprend un inédit des années 90 resté jusqu'à présent dans les tiroirs, le savoureux «People Are Sheep», en modifiant certains arrangements et en le redécoupant pour intercaler de nouvelles sections de chant avec effet déformant, seulement moyennement convaincantes, d'ailleurs.

Mais le magnum opus de ce nouveau disque est l'épique qui devait initialement lui donner son titre, «Cranium Reef Suite». Ses dix-huit minutes articulées en trois parties sont spécialement denses, d'une grande force mélodique, avec plusieurs poussées grandioses et lyriques, offrant la quintessence du style de Magellan, des ambiances variées et des thèmes multiples, sans démonstrations ni soli à rallonge, et un remarquable équilibre entre les guitares et des claviers plus flamboyants que jamais, que l'on retrouve tout au long de l'album. Tous ces points positifs font de ce Symphony For A Misanthrope un opus qui nécessite toujours du temps pour être digéré, mais un cran au dessus de Impossible Figures, que l'on peut donc mettre aux côtés des deux premières réalisations du groupe et pas loin de Hundred Year Flood...

Espérons qu'avec maintenant deux disques sortis chez eux, InsideOut prenne le risque d'investir sur une tournée de ses poulains américains, en proposant par exemple des concerts rassemblant plusieurs groupes comme Shadow Gallery, Mastermind ou Planet X. Car voir les frères Gardner sur scène, accompagné par le batteur Joe Franco, qui a repris le poste qu'il occupait déjà sur Hundred Year Flood, vaudra certainement le détour !

Jean-Guillaume LANUQUE

(chronique parue dans Big Bang n°57 - Avril 2005)