
PISTES :
1. Awakening Of The Elements
2. Infinity Street
3. Simoom
4. Over The Islands
5. Scenery With A Guitar
6. Schostoccata
7. States Of Mind. Part I
8. States Of Mind. Part II
9. States Of Mind. Part III
10. Paranoia Blues
11. Collision Of The Elements
12. Sky Wide Open
FORMATION :
Vassily Soloviev
(flûte, percussions)
Andy Didorenko
(guitares électrique et acoustique, basse, violons électrique et acoustique)
Alexander Akimov
(claviers; percussions, programmations, design sonore)
INVITÉ
Yuliya Basis
(claviers [3])
LOST WORLD
"Awakening Of The Elements"
Russie - 2006
Muséa - 49:08
Rencontrés sur les bancs du conservatoire de Moscou, trois virtuoses en herbes: Andy Didorenko, Vassily Soloviev, et Alexander Akimov décidèrent en 1999 d'unir leur force. Le premier brancha son violon sur le 220 Volts et convint qu'ajouter deux cordes et passer de l'archet au mediator, ma foi, ce n'était pas la mer à boire; le second se mit à comprimer davantage l'air avant de souffler dans sa flûte et ressortit guitare et percussions des cartons, le dernier quant à lui se procura quelques synthés et s'adonna aux joies de la programmation. Et voilà comment naît un combo prog ! Suite à cinq années de travail acharné et pas moins de sept démos, Lost World enregistra son véritable premier album Trajecto en 2003. Pour le peu que nous avons pu entendre, il s'agit d'un objet assez bizarre : un mélange pas très cohérent de progressif conventionnel, de RIO, de musique classique et contemporaine, voire de pop vaguement new wave. S'il n'est pas resté à la postérité, il a permis à son auteur de se faire remarquer par Muséa qui lui proposa de distribuer mondialement son second opus. Et c'est tant mieux car le meilleur restait à venir.
Cet Awakening Of The Elements est en effet une bien belle découverte. Comme pour rattraper le temps perdu et montrer l'étendu et la multiplicité de ses talents, Lost World présente avec chacun des douze morceaux (de 3 à 7 minutes) un visage chaque fois renouvelé et la plupart du temps fort réussi. Le morceau titre qui ouvre l'album de façon magistrale en est le plus bel exemple. Sur un tempo vif, les thèmes mélodiques d'une vivacité foudroyante s'enchaînent pour former un véritable feu d'artifices ("oh le beau violon ! oh la belle flûte !! oh la belle guitare !!!" etc.). C'est puissant, enjoué et tout simplement jubilatoire. Toujours aussi flamboyant, mais dans un style moins démonstratif, "Infinity Street" est une joute mélodique de guitares acoustiques entremêlées dont le résultat, une fois de plus très beau, est assez voisin de ce qu'a pu produire Mike Oldfield ou les suédois de Tribute. De guitares, il en est aussi question dans "Scenery With A Guitar", mais ici dans un contexte plus frippien, ou proche du Philharmonie de Beau Soleil, avec soundscapes apaisés et mélodies translucides. D'autres titres pencheraient plutôt vers ELP, Crimson ou autre.
Rappelant la formation académique du trio (Andy Didorenko entend à ce sujet mener une carrière de compositeur et violoniste soliste), tout un versant de sa musique est inspiré par les auteurs classiques, du 19 et 20ème siècles essentiellement. "Schostoccata" est d'ailleurs un arrangement tumultueux, très rock (pour ne pas dire baroque) d'une pièce de Dmitri Chostakovitch. Le second mouvement (lent donc) de la pseudo sonate pour violons et orchestre de rock "State of Mind" est un autre sommet de l'album. Ses mélodies sublimes et son harmonisation chaleureuse évoquent certaines pièces de musique de chambre de Ravel (particulièrement son trio pour piano-violon-violoncelle).
Sur la globalité de l'album, deux références viennent irrémédiablement à l'esprit : Tribute et Solaris. Avec les premiers, ils partagent le sens de l'évidence mélodique, la capacité à se nourrir d'influences traditionnelles et à marier avec bonheur la douceur acoustique et la fougue de l'électricité. La filiation avec les Hongrois est encore plus flagrante, que ce soit pour le meilleur (flûtes, influences classiques - baroques en particulier, côté spatial et hors du temps et des modes, interprétations speedées et goût du spectaculaire) ou pour le pire (côté outrancier ou gadget, sonorités néo futuristes, batteries sèches et mécaniques). Pour ce dernier point "Over The Island", sorte de boogie démonstratif, cumule un peu tous les travers possibles. Il fallait une faute de goût, la voici livrée sur un plateau ! Enfin, Il serait quand même illégitime de ne pas donner un coup de chapeau à Andy Didorenko. Leader incontesté de Lost World (il en est d'ailleurs le principal compositeur), il possède la verve et la virtuosité d'un Akira Tsuboy (KBB). Son travail tout au long de cet album, autant aux violons qu'aux guitares, témoignent d'une classe d'exception.
Comme vous pouvez le constater, il y en a pour tous les goûts. Chaque morceau a sa couleur, son parfum et se distingue des autres. Tout n'est peut être pas arrivé à maturité, mais cela dénote de la part du groupe une ouverture d'esprit et un vaste domaine de compétence qui laissent entrevoir un futur plein de promesses. Vu le potentiel d'Andy Didorenko, de ses acolytes, et des progrès qu'ils ont faits entre les deux albums, il y a de quoi l'espérer. Ce ne sera peut-être pas pour tout de suite car, pour se faire, le trio devra certainement s'élargir et accueillir un alter ego batteur à la hauteur, et aussi personnaliser davantage son propos. Et là, notre bonheur sera vraiment total !
Olivier VIBERT
(chronique parue dans Big Bang n°65 - Avril 2007)

