
PISTES :
1. Lines Are Drawn Again (5:14)
2. The Carafe [part II] (10:07)
3. The Marriage Of Maria Braun (4:33)
4. Rhododendron (9:30)
5. Everywhere (4:05)
6. Just Like You (4:19)
7. Killer Couple Strikes Again (3:51)
8. There's Got To Be A Way To Leave (4:26)
9. The Thorn In Your Flesh (3:56)
10. Lines (7:09)
FORMATION :
Olov Andersson
(guitare, clarinette)
Johan Lundström
(batterie, chant, claviers)
Markus Fagervall
(chant, guitare)
Joel Lindberg
(basse)
Olle Sjögren
(claviers)
LIQUID SCARLET
"II"
Suède - 2005
Progress Records - 57:14
Après un premier album développant un prog très classique à la sauce 'genesiso-crimsonnienne', nous reviennent sans crier gare ces bougres de Liquid Scarlet à l'ambition démesurée. Lors de l'entretien accordé à Big Bang fin 2004, ces jeunes hommes à la vingtaine bien trempée confiaient à John Bollenberg leur souhait de «devenir simplement comme les Beatles et d'écrire d'incroyables chansons». Refusant comme beaucoup de groupes l'étiquette 'rock progressif', lui préférant certainement une autre un peu moins «réductrice», Liquid Scarlet sort ces jours-ci son deuxième album, sobrement intitulé II. Malheureusement pour ces jeunes scandinaves, des Beatles leur musique est assez éloignée, et du rock progressif, par contre, dans ces dix plages (oscillant joyeusement entre 3:51 et 10:07), vous en entendrez beaucoup parler...
L'album commence tout en douceur, sur une très belle ballade piano/voix à la mélodie assez entêtante. Cette introduction plutôt mélodique se conclura très finement dans un déluge de guitare, soutenu par des chœurs et des nappes de claviers d'une belle intensité. Vient ensuite la pièce de résistance de l'album. «The Carafe (Part II)» est, à n'en pas douter, amené à devenir le classique du groupe. Après un départ sur les chapeaux de roue évoquant un prog suédois très typique, dominé par une guitare forcément frippienne, commence un blues d'anthologie avec un Markus Fagervall (chant) très charismatique. Sa prestation tout en nuances, passant d'une voix plutôt apaisée à celle d'un véritable écorché vif, est digne d'un équilibriste. Il porte à lui seul le morceau.
Passez vite l'anecdotique «The Marriage Of Maria Braun» et plongez vous à corps perdu dans «Rhododendron» du haut de ses 9:30. Ce morceau, découpé en plusieurs parties distinctes, commence calmement sur un mode folk, avec un bel accompagnement à l'accordéon, puis c'est une nouvelle fois l'explosion, avec ici des claviers qui débordent de partout dans des solos donnant quelques peu le tournis. Le final, servi par des nappes de Mellotron bien grasses, nous laissera repus et complètement épuisés.
Ce qui est assez étonnant, finalement, chez Liquid Scarlet, c'est sa capacité à nous sortir des plans prog typiquement suédois, et donc à fortes connotations seventies, accompagnés de mélodies soignées plus typiquement pop. On est en effet loin des refrains accrocheurs caractéristiques d'une certaine frange du prog actuel. Ici Liquid Scarlet se la joue un peu plus fine en nous proposant successivement des morceaux calmes et éthérés avec «Everywhere» et «Just Like You» aux arrangements très réussis. Ces morceaux plus apaisés font preuve d'un certain classicisme dans l'art délicat de la confection de mélodies raffinées. De prime abord plus accessibles, ce sont les titres qui se laissent finalement le moins bien apprivoiser. Mais une fois adoptées, ces petites sucreries sont tout à fait délectables. L'excellent «Killer Couple Strikes Again» évoque presque les «Kings Of Leon» dans ce qui aurait pu être le single de l'album, sorte de mélange entre rock assez basique et prog conventionnel.
II finira sur une note légère avec le très émouvant «Lines» (7:09). Liquid Scarlet fait une nouvelle fois mouche avec un titre tout en douceur soutenu dans le final par des nappes de Mellotron apportant la dramaturgie nécessaire pour conclure de la plus belle manière qui soit.
Ce deuxième album ne souffre finalement que de très rares points faibles. Tout juste pourrait-on encourager les suédois à s'extirper des références trop flagrantes, et d'essayer de développer un peu plus leur personnalité. Quoi qu'il en soit, il sera assez difficile de faire la fine bouche devant tant de brillante spontanéité.
Julien GOARNISSON
(chronique parue dans Big Bang n°60 - Décembre 2005)

