BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Liquid Scarlet pochette

PISTES :

1. Greyroom (5:23)
2. Hesitating In The Foyer (4:39)
3. Città Nuova (8:32)
4. Molok (5:16)
5. Talking In Ashes (6:42)
6. Comes Near, Linger Far (8:25)
7. The Red Stairs (5:52)
8. One Last Mascarade (8:13)

FORMATION :

Olov Andersson

(guitare, clarinette, tambourin)

Johan Lundström

(batterie, percussions, guitare acoustique, orgue d'église, tin-whistle, chœurs)

Markus Fagervall

(chant, guitare)

Joel Lindberg

(basse, cris)

Frida Lundström

(piano, orgue Hammond, claviers)

EXTRAITS AUDIO :

LIQUID SCARLET

"Liquid Scarlet"

Suède - 2004

Progress - 52:44

 

 

L'année 2004, à l'instar de ses devancières, réserve son lot de surprises. La défaite des Bleus contre la Grèce en quart de finale de l'Euro, le 48ème titre de championne de France cycliste de l'increvable Jeannie Longo, la démission inattendue de... oups excusez-moi je me suis trompé de magazine. Je suis dans Big Bang, c'est bien ça ? OK, donc je reprends : la découverte de Liquid Scarlet... j'ai bon là ?

Ce groupe Suédois, dont les membres sont tout juste âgés de 20 printemps mais jouent ensemble depuis qu'ils en ont 13, débarque sur les terres progressives avec un premier album, sans nom, qui pourrait bien attirer les regards et charmer les oreilles, au même titre que Gravity de Anekdoten ou Timeloss de Paatos. Certes, ces cinq jeunes musiciens (quatre garçons, une fille) ne rivalisent pas encore avec leurs aînés mais ils font preuve d'un étonnant savoir-faire, tant au niveau de l'écriture que de l'interprétation.

Les compostions, au nombre de huit, empruntent à diverses sources de notre courant (King Crimson et Genesis en tête) tout en incorporant une certaine modernité, une touche pop-rock actuelle (à la Radiohead, Elbow) principalement incarnée par la voix de Markus Fagervall. Celle-ci, tantôt douce tantôt appuyée (et même un peu trop forcée par moments, dommage), constitue la principale dimension mélodique et sert de fil conducteur, un seul titre étant entièrement instrumental. Les claviers sont utilisés en soutien harmonique (Mellotron, Hammond) et nous gratifient de courts soli bien sentis. Les guitares sont variées, lyriques, rock, âpres voire légèrement dissonantes (thank you Mister Fripp), nous remémorant, lors de certains passages, Änglagård ou le déjà cité Anekdoten. A l'écoute de l'album, on ne peut en effet s'empêcher de faire référence, toutes proportions gardées, à ces deux maîtres du progressif Scandinave.

Si Liquid Scarlet affiche clairement ses influences et peut se voir reprocher un manque d'originalité, le talent et la fraîcheur dont il fait preuve sont tels que l'on lui pardonnera ses 'erreurs' de jeunesse. En fait, les morceaux ne souffrent d'aucun véritable temps mort, mises à part quelques parties chantées qui auraient pu être un brin écourtées (attention, c'est un fervent défenseur du prog instrumental qui dit cela !). L'ensemble est très cohérent mais suffisamment mouvant pour ne pas lasser. Les séquences calmes, atmosphériques, tour à tour mélancoliques et chaleureuses, où le chant est soutenu par des arrangements délicats (à base de piano, guitare acoustique, clarinette, percussions...) ne sont jamais rébarbatives et les secousses électriques et autres poussées de fièvre crimsonienne arrivent toujours au bon moment pour générer de réjouissants contrastes dynamiques.

Certains pourront déplorer un manque d'intensité (n'est pas Anekdoten qui veut) mais la maîtrise technique alliée à un sens de la mélodie font que la satisfaction l'emporte. Liquid Scarlet étonne par sa maturité et sa justesse. Les amateurs des groupes suscités et plus généralement tous les adeptes d'un rock symphonique à la fois élégant et tourmenté, seventies et moderne, se doivent de poser une oreille sur cet album fort enthousiasmant et plein de promesses.

Yann CARREAU

(chronique parue dans Big Bang n°54 - Juillet 2004)

Entretien avec LIQUID SCARLET :

(par John 'Bo Bo' Bollenberg)

Lorsqu'on compare la vague actuelle des groupes de rock progressif avec celle de l'âge d'or des années soixante-dix, tout le monde est d'accord pour dire que ce qui manque aujourd'hui à notre genre de musique favori est une relève de jeunes musiciens pratiquant ce style. Beaucoup de «nouveaux» groupes actuels sont en fait constitués par des musiciens ayant déjà roulé leur bosse dans le métier mais qui n'ont jamais pu percer au moment où le prog était à la mode. Mais quel jeune aurait envie de dépenser de l'argent pour aller voir un groupe de musiciens ayant atteint la cinquantaine ? Si on parle de jazz, l'âge ne compte pas vraiment, mais sitôt le mot «rock» engagé dans la conversation, tout le monde veut voir et ressentir la fougue et l'énergie de la jeunesse. Il est donc plutôt agréable de découvrir une bande de jeunes musiciens entre 20 et 22 ans s'engager dans la voie du rock progressif avec enthousiasme et de l'énergie à revendre. Une énergie que ces jeunes parviennent à retransmettre sur scène à leur public et, croyez-le ou non, ce public ramène de nouveaux passionnés prêts à découvrir une face plus difficile du monde de la musique. Si le groupe doit encore perfectionner sa maîtrise technique dans les années à venir, Liquid Scarlet possède déjà une personnalité bien affirmée, de celle qui les rapproche du rock rentre-dedans contemporain plutôt que du prog du passé.

Liquid Scarlet 2004

Le guitariste Olov Andersson et le batteur Johan Lundström semblent être la colonne vertébrale de Liquid Scarlet, les principaux compositeurs et des amis qui se comportent un peu comme des frères siamois. «On a commencé à jouer de la musique à l'âge de 15 ans. «Tout ce qu'on savait, c'était qu'on voulait jouer même si nous n'avions aucune idée quant à l'objectif à atteindre. Mes parents écoutaient très peu de musique et ne possédaient qu'un disque d'Elvis. C'est principalement grâce à des amis qu'on a découvert la véritable bonne musique. Pour être honnête avec vous, je ne sais pas d'où cela provient, mais le fait est que tous les membres du groupe ont une véritable passion pour la belle musique.» Voyons donc voir ce que Johan entend par belle musique. «J'ai commencé à écouter Genesis très jeune. J'ai acheté l'album Nursery Crime et en rentrant, me sentant fiévreux, je suis allé me coucher. J'ai mis l'album et j'ai alors vécu la plus bizarre expérience de ma vie. A partir de ce moment, j'ai vraiment été captivé par cette musique et nous avons commencé à intégrer des idées de ce genre à nos compositions, qui sont devenus de fait un peu plus longues. Au début, on jouait des chansons plutôt mélancoliques, et puis on a commencé à ajouter des structures plus complexes et des parties instrumentales plus conséquentes. A la même période, on a réalisé ce qui se passait avec le prog en Suède et on s'est mis à écouter des groupes comme Anekdoten et Änglagård que nous aimons beaucoup.» Et Olov d'ajouter: «La première fois que j'ai entendu Anekdoten, j'ai été soufflé ! C'était exactement ce que je voulais faire. Mais comme c'était il y a longtemps, on est passé par pas mal de changements et on a écouté beaucoup d'autres groupes depuis, alors finalement, le son de Liquid Scarlet est devenu plus personnel même si on a été influencé par de très nombreux artistes. La chose qui demeure inchangée cependant, c'est de faire de la belle musique ! Alors c'est intéressant d'avoir de bons amis avec une bonne collection de disques ou de lire de bons magazines de rock avec des critiques objectives. Ce sont tous ces éléments qui permettent de modeler Liquid Scarlet !».

Johan continue : «Evidemment, nous écoutons aussi beaucoup de musique récente, alors notre but n'est pas de sonner comme Genesis ou Yes ou tout autre groupe des années soixante-dix, mais plutôt de créer quelque chose de nouveau. Nous avons beaucoup d'influences, Radiohead étant l'une d'entre elles. Nous enregistrons actuellement notre second album et je peux vous dire qu'il sonnera très différemment du premier. Sur celui-ci, ma jeune sœur Frida jouait des claviers, mais comme elle vient de s'installer dans une autre ville, il s'est avéré impossible pour elle de rester dans le groupe. Elle vient donc d'être remplacée. Noous vivons tous dans la région de Pitéa qui se situe à 1000 km au nord de Stockholm, ce qui vous donne une idée du monde retiré dans lequel nous vivons. Et c'est probablement ce qui explique, pourquoi nous ne souhaitons pas nous voir étiquetté «prog». Nous nous considérons avant tout comme un groupe de rock. Nous portons également beaucoup d'attention à nos prestations scéniques. C'est pourquoi nous nous habillons tous de la même façon, de manière à souligner l'uniformité à l'intérieur du groupe. Il nous paraît dangereux de mener le groupe dans telle ou telle direction, car nous essayons de faire de Liquid Scarlet quelque chose d'unique, tant d'un point de vue musical que dans notre attitude sur scène. Bien sûr, nous écoutons toute sorte de musique lorsque nous sommes en tournée, et probablement que certaines choses nous marquent plus que d'autres, mais plutôt d'un point de vue atmosphère. La plupart des morceaux sont écrits par nous deux, mais nous aimerions qu'à l'avenir les autres membres du groupe participent. Au niveau des arrangements, tout le monde participe, et comme nous avons chacun nos idées, cela amène parfois des modifications intéressantes. Notre chanteur Markus joue également dans un groupe de reprises les week-ends, principalement du hard rock, alors il est probable qu'indirectement il apporte des éléments plus violents à notre musique. Pour ma part, je suis professeur de musique et je me plonge donc dans toutes les musiques. Et Olov et moi sommes de très grands admirateurs des Beatles !». «Les Beatles sont les plus grands», s'enthousiasme Olov. «Liquid Scarlet veut simplement être comme les Beatles et écrire d'incroyables chansons. Je suis sûre que nous y arriverons !».

(Entretien paru dans Big Bang n°56 - Décembre 2004)