
PISTES :
1. The Shire (4:14)
2. Gandalf The Magician (3:25)
3. Song Of The Dwarfs (6:02)
4. Rivendell (2:20)
5. The Dark Cave (4:36)
6. Running Towards The Light (3:02)
7. Uncomfortable Seats (6:30)
8. In Beorn's Garden And Beorn's Walk To Carrock (3:12)
9. Mirkwood Suite (11:19)
a. Mirkwood
b. In The Palace Of The Elven King
c. Barrel Ride
d. Laketown Fugue
e. The Return Of The King
10. Smaug (3:36)
11. Roäc's Tale (1:18)
12. The Battle Of The Five Armies (5:31)
13. Thorin's Funeral (1:47)
14. Afterture (3:58)
15. Shire Song (4:08)
FORMATION :
Pär Lindh
(batterie, percussions, claviers)
Björn Johansson
(guitares, basse, basson, instruments ethniques)
Anna Schmidtz
(flûte, hautbois)
Magdalena Hagberg
(chant)
PÄR LINDH & BJÖRN JOHANSSON
"Bilbo"
Suède - 1996
Crimsonic Label - 65:05
Le premier album de Pär Lindh, Gothic Impressions, avait révélé un nouvel acteur majeur de la scène progressive mondiale. A ses multiples qualités de musicien (claviériste, mais aussi batteur) s'ajoutait une importante culture classique, régulièrement mise en pratique. Autant que sa première œuvre, son dévouement à la cause progressive suédoise (qu'il a contribué à dynamiser) et la multitude de ses projets nous laissent penser que le meilleur est encore à venir.
Pour l'heure, nous découvrons cette collaboration avec un autre multi-instrumentiste, Björn Johansson (guitares électrique et acoustique, basse et basson), déjà présent (brièvement) sur Gothic Impressions, et force est de reconnaître que l'on hésite de prime abord à s'enthousiasmer franchement pour cette énième transposition musicale d'une œuvre de Tolkien... même si, comme le précise avec malice Pär Lindh, "Bilbo Le Hobbit" (à la différence du "Seigneur Des Anneaux", par exemple) n'avait lui-même jamais donné lieu à une telle adaptation.
Quoi qu'il en soit, il n'y aurait guère de sens à reprocher à un artiste d'alimenter son imaginaire d'œuvres rabâchées plutôt que de sources vraiment originales. D'autant que, pour Lindh comme pour Johansson, adapter Tolkien semble être un projet de longue date. Après tout, chacun a le droit de réaliser ses rêves d'enfant...
Ce débat étant clos, relativisons quand même son importance : dans un tel disque, les liens, entre l'histoire contée et la musique qu'elle a inspiré, sont des plus subjectifs et, pour l'auditeur moyen, que ce disque soit adapté de Tolkien ou de qui que ce soit d'autre n'a finalement qu'un intérêt accessoire. L'objectif n'est en effet pas tant de coller au plus près à la lettre (ou même de l'esprit) de l'œuvre originale, mais de recréer en quelque sorte I'invitation à un voyage intérieur que celle-ci portait en elle.
La valeur à accorder à Bilbo tient donc plus à sa qualité musicale intrinsèque qu'au contexte qui l'a engendré. Et de ce point de vue, nul ne peut nier le charme qu'exercent, dès la première écoute, les compositions du duo. Musicalement, cet album s'inscrit en fait dans une longue tradition. De tous temps, musiques savantes et populaires se sont mutuellement alimentées. La veine est toujours féconde et ne demande qu'à être exploitée.
Lindh et Johansson font ainsi largement appel, pour fonder leur discours, au folklore scandinave, mais celui-ci est en fait tiré vers le haut, constamment soumis à la confrontation de paramètres classiques et/ou modernes. On a ainsi affaire à un succession de pièces généralement assez courtes (de 1 à 6 minutes, à l'exception d'une suite de 11 minutes), tour à tour classisantes, folkisantes ou plus typiquement progressives. Ce procédé situe la démarche du duo à mi-chemin entre celles du Mike Oldfield des premiers albums et du Gryphon de Midnight Mushrumps (le jeu de guitare et l'utilisation du basson par Johansson accentuent d'ailleurs ce double parallèle). Le charme de l'ensemble se voit par ailleurs savoureusement rehaussé par une double contribution féminine, celle de Magdalena Hagberg au chant et Anna Schmidt à la flûte et au hautbois, toutes deux parfaites.
Bilbo possède donc un fort potentiel de séduction. Il faut néanmoins noter, et c'est peut-être là un travers inévitable du folklore scandinave (à savoir que son caractère un peu facile et répétitif limite la portée de son usage progressif), que l'enthousiasme initial tend à s'émousser un peu au fil des écoutes. Peut-être cet album souffre-t-il également de son hétérogénéité stylistique. Il est difficile d'exceller dans variété et la concision, et n'est pas Bo Hansson (celui de Lord Of The Rings justement) qui veut (même si le duo lui rend joliment hommage en forme pastiche sur "The Dark Cave")...
Pourtant, la réussite est bel et bien au rendez-vous. S'éloignant le temps d'un album de son style de prédilection, Pär Lindh s'avère tout aussi doué pour la quiétude et le dépouillement. C'est d'ailleurs sans doute parce que son sens du spectaculaire, hérité de Keith Emerson, se double d'une grande sensibilité, que les deux pièces maîtresses de Gothic Impressions - la longue suite "The Cathedral" et l'impressionnante adaptation de "La Nuit Sur Le Mont Chauve" de Moussorgsky - étaient si réussies.
Un album qui comblera les amateurs de symphonisme romantique, et qui permettra aux partisans d'un plus grand dynamisme de la part du claviériste suédois, de patienter de fort agréable manière jusqu'au second opus du Pär Lindh Project...
Laurent MÉTAYER
Entretien avec Pär LINDH :
Comment est née cette collaboration entre Björn et toi ?
J'ai rencontré Björn lors du dernier festival que j'ai organisé en tant que président de la Swedish Art Rock Society, en 1993 à Uppsala. Il est venu me voir et m'a demandé s'il pouvait jouer des pièces de guitare acoustique entre les prestations des différents groupes. J'ai trouvé l'idée excellente, car l'attente est souvent insupportable dans ce genre de manifestations. Et le public a beaucoup apprécié ! Un peu plus tard, il m'a recontacté, car il cherchait des musiciens pour jouer sur un album solo qu'il préparait. Je lui ai dit que j'étais moi-même au travail sur un album. Nous avons donc décidé de nous associer ! C'est un musicien très versatile, qui est aussi à l'aise dans le classique que le folk, le rock progressif ou le blues... Il a joué dans de nombreux groupes.
Comment en êtes-vous venus à créer cette adaptation de "Bilbo le Hobbit" de Tolkien ?
Nous sommes tous deux de grands amateurs de Tolkien, et avions chacun dans nos tiroirs des compositions 'tolkienesques'... En fait, j'ai écrit "Song Of The Dwarfs" à l'âge de 14 ans ! Björn avait quant à lui une intro et une conclusion qui collaient parfaitement... Ça a commencé comme ça... Cela semblait une bonne idée d'adapter Bilbo, car ça n'avait jamais été fait auparavant...
On ne peut pas en dire autant pour Tolkien en général... Comment expliques-tu l'engouement des musiciens progressifs pour son œuvre littéraire?
Je pense que c'est simplement parce que Tolkien fait beaucoup appel à l'imaginaire, et qu'il a créé dans ses livres une sorte de monde parallèle où il fait meilleur vivre, un monde plus moral, moins pollué... On retrouve ces mêmes aspirations, à mon avis, dans la musique progressive. C'est là que je vois le lien entre la musique et le texte.
Une nouvelle fois, on ressent fortement l'empreinte du folklore Scandinave dans vos mélodies. Est-ce volontaire ou totalement inconscient?
C'est un phénomène naturel, je crois. Que ce soit en jazz ou en rock progressif, les musiciens scandinaves laissent toujours s'exprimer leur culture et leur tradition musicale. Il suffit d'écouter Kaipa, Änglagård ou Bo Hansson pour s'imprégner de l'odeur de la terre et des forêts du grand nord. Pour ce qui est de Bilbo, nous avons voulu que le folklore nordique joue un rôle important, même si des influences celtiques ou anglaises sont également présentes.
Pourquoi ne pas avoir utilisé les textes originaux de Tolkien pour les parties vocales ?
C'était notre intention à l'origine. Le fait que cela n'ait finalement pas pu être possible explique le retard considérable de sa sortie, par rapport aux prévisions que je vous avais données l'année dernière (cf. BB n°12). Voilà ce qui s'est passé. Au début, les ayant-droit de Tolkien étaient très enthousiastes par rapport au projet. Ils trouvaient que certains passages, en particulier, étaient l'illustration musicale parfaite du livre. Puis les choses ont mal tourné. Nous avons attendu huit mois (!), pour finalement nous entendre signifier un refus... Vous pouvez imaginer ma colère, d'autant qu'on nous avait demandé de présenter un 'mix' définitif de l'album, avec le chant, pour que notre cas soit étudié... J'étais tellement frustré que, le soir-même, je me suis assis à ma table de travail, et je me suis mis à écrire de nouveaux textes... J'y ai passé toute la nuit et, le lendemain à midi, tout était prêt. Dix jours plus tard, nous avions réenregistré toutes les parties vocales. Magdalena est parvenue à se libérer pour l'occasion, bien que travaillant à plein temps comme enseignante. Elle est vraiment formidable !
Teniez-vous absolument, Björn et toi, à assurer seuls, autant que possible, l'ensemble de l'instrumentation du disque ?
Oui. Nous voulions que ce soit un album en duo. Notamment en souvenir des tracas que j'avais connus lors de l'enregistrement de Gothic Impressions. J'avais dû attendre près d'un an pour que le bassiste et le batteur d'Änglagård daignent honorer leur promesse de jouer sur l'album. Au bout d'un moment, j'en ai eu marre, je les ai appelés et leur ai dit que je n'attendrais pas plus longtemps. Du coup j'ai assuré seul la batterie et la basse (en fait un synthé-basse) sur la moitié de l'album. Ironiquement, certains chroniqueurs ont trouvé que je m'en tirais aussi bien, sinon mieux, qu'eux, ce qui m'a encouragé à persévérer dans la batterie, instrument que je n'avais quasiment pas pratiqué depuis la fin des années 70. A l'époque, certains me considéraient comme le meilleur batteur de Suède ! Il faut dire que j'en jouais cinq heures par jour... Ce qui ne me laissait qu'une heure ou deux pour le piano !
Le Pär Lindh Project, dont tu nous annonçais la formation l'an dernier, n'a finalement fait ses débuts scéniques que début mai. Comment avez-vous été accueillis ?
Ce fut absolument formidable, le public a été génial. De mon côté, j'ai beaucoup apprécié de pouvoir enfin jouer sur scène les morceaux de Gothic Impressions. C'est un défi très exaltant que de mêler des personnalités aussi différentes que les nôtres. Il y a d'un côté Magdalena et moi, qui sommes plutôt de formation classique, et Marcus, Nisse et Jocke qui viennent du hard-rock et qui sont très curieux de s'initier au rock progressif.
Quels sont les projets du groupe dans l'immédiat ?
L'histoire avec les héritiers de Tolkien a complètement bouleversé mes plans initiaux, mais en dehors du retard que tout cela nous a fait prendre, nous avons toujours l'équivalent de deux albums en titres non enregistrés, ce qui devrait donner lieu à deux CD. L'un d'entre eux sera très complexe, très agressif et expérimental. Magdalena aura à nouveau en charge les parties vocales, et vous risquez d'être surpris par son chant sur les morceaux les plus sombres, comme "London Town". Misse chantera également, puisqu'il arrive très bien à chanter et à jouer de la batterie en même temps. Voilà. Je préfère, une nouvelle fois, ne pas trop m'avancer. J'ai appris, ces derniers temps, à être prudent ! Ceci dit, j'espère faire de nombreux concerts avec le Pär Lindh Project à l'automne...
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°16 - Été 1996)

