BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Running Interference (2:08)
2. Silent Monster (6:27)
3. Changes With The Day (11:15)
4. Some Shall Search (12:20)
5. Do Whispers Die ? (8:18)
6. The Story (9:20)

FORMATION :

Chris Rodler

(guitares acoustique et électrique, guitare synthétiseur, claviers)

Melissa Blair

(chant)

Brett Rodler

(batterie)

Kevin Hultberg

(basses fretless et 5 cordes [5])

Dave Rasicci

(basse [6])

Mike Ohm

(guitare solo)

George Jordan

(guitare solo)

John Gratto

(claviers [2])

LEGER DE MAIN

"Second First Impression"

États-Unis - 1997

PMM - 49:41

 

 

Le premier album de Leger De Main (cf. Big Bang N°14) nous avait autorisé à nourrir de vifs espoirs à son égard. Sans avoir prouvé quoi que ce soit, ce trio américain original (et pas seulement par son patronyme) suscite bizarrement enthousiasme et passion. Etonnant, non ? Second First Impression nous parvient donc à point pour voir si cette forte dose de subjectivité peut se parer d'éléments plus objectifs...

Sous la conduite de Chris Rodler (accompagné de son frère et de Melissa Blair), Leger De Main a visiblement décidé de ne changer que peu la formule de The Concept Of Our Reality, à savoir mêler ingrédients hard et progressifs. Néanmoins, la différence se situe aujourd'hui au niveau du dosage de ces deux éléments. Sans parler de révolution stylistique, la puissance, rythmique notamment, s'est quelque peu atténuée au profit d'une sophistication plus typique de notre genre de prédilection...

Moins rageuses que par le passé, les six compositions (de 2:07 à 12:20) offrent toujours une large place à de conséquents développement instrumentaux guidés par le préposé aux guitares et aux claviers (ils sont assez présents, ceci explique peut-être cela...) et les subtiles vocalises de Melissa Blair. Cette dernière n'est sûrement pas pour rien dans l'originalité que l'on prête au trio américain par rapport à ses collègues hard-progressif : qui pourrait en effet nier l'apport bénéfique d'un peu de délicatesse féminine dans ce monde de brutes... Et si l'on désire des certitudes quant aux progrès de notre trio, nul doute que ce soit dans la maîtrise instrumentale qu'il faille principalement la chercher. La technique s'est en effet définitivement mise au service de la musique pour nous offrir, outre quelques exercices dissonants du meilleur effet (réminiscent du Crimson 1973-1974), des séquences tout à la fois fouillées et mélodiques.

Les deux derniers morceaux de Second First Impression («Do Whisper Die» - 8:18 - et surtout «The Story» - 9:20) traduisent parfaitement cette évolution, et s'avèrent par conséquent les plus typiquement progressifs... Au sein de cette formule plus académique, le trio se montre fort à son aise, et tend à nous prouver que son avenir passe peut-être par une radicalisation de la présente évolution. Leger De Main a tout pour devenir un ténor du genre progressif, sans pour autant perdre sa singularité basée sur la vitalité et l'énergie. Car si les racines demeurent heavy-metal, rien n'empêche (au contraire, quand la transformation semble comme ici aussi naturelle) que le branchage prenne des formes progressives.

Un fois de plus, nous sommes donc amenés à évoquer le problème posé par ces formations hybrides se situant à la frontière de deux styles ayant chacun ses caractéristiques propres... L'auditeur est souvent frustré, car il désire l'affirmation de la composante représentant son style de prédilection. L'objectivité voudrait ainsi que l'on considère cette fusion, non plus comme une greffe de deux unités musicales mais, à l'image d'un plat cuisiné, comme un objet finalisé à la fois tributaire et différencié de ses ingrédients. Mais est-ce véritablement possible ? La fusion parfaite n'existerait-elle donc pas... Un groupe n'est-il pas amené à pencher rapidement vers l'un ou l'autre des genres en question... Car si Leger De Main représente un des exemples les plus aboutis de cette quête, force est de constater que sa personnalité semble s'accommoder davantage des valeurs progressives que hard. L'évolution constatée a donc toutes les chances de se poursuivre...

Olivier PAUTONNIER

(chronique parue dans Big Bang n°23 - Novembre/Décembre 1997)