BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Wheel Of Life pochette

PISTES :

1. Masterplan Pt. 1 (14:39)
2. Alex In Paradise (5:07)
3. At The Speed Of Light (6:28)
4. Do U Tango? (7:44)
5. Where Earth Meets The Sky (12:59)
6. Hindby (4:59)
7. Wheel Of Life (8:28)
8. Masterplan Pt. 2 (5:10)

FORMATION :

Jonas Reinglod

(basses, claviers additionnels)

Göran Edman

(chant)

Zoltan Csorsz

(batterie)

Krister Jonzon

(guitares électrique et acoustique)

INVITÉS

Richard Anderson
(solo de clavier [1])

Roine Stolt
(guitare [7,8])

Tomas Bodin
(orgue Hammond [1,2,3,8])

Hans Bruniusson
(percussions [1])

Helen Melin
(percussions [2,4,5,7])

Sal Dibba
(congas, yembe [5,7])

Helge Albin
(flûte [7])

Jakob Karlzon
(piano, claviers [5,7])

Ola Hedén
(piano [7])

Inger Ohlén
(chant [5])

Alex Reingold
(voix [2])

EXTRAITS AUDIO :

KARMAKANIC

"Wheel Of Life"

Suède - 2004

Regain Records - 65:36

 

 

La nébuleuse dont les Flower Kings sont le centre semble être au fil des années en ébullition croissante, à tel point que l'on devrait plutôt parler de pulsar Suédois ! En cet été et automne 2004, nous avons ainsi eu droit aux nouveaux Flower Kings, The Tangent et The Swedish Family, ainsi que le Karmakanic dont il est ici question. Ce dernier est d'ailleurs celui qui a connu la plus mauvaise distribution, sans doute en raison de la maison de disques choisie, dont le créneau est habituellement le metal. Auteur d'un premier album tout à fait réjouissant, Entering The Spectra, en 2002, le trio toujours formé de Jonas Reingold (seul compositeur de l'ensemble) et Zoltan Csörsz, la section rythmique des Flower Kings, Göran Edman, ancien chanteur de Yngwie Malmsteem, et enrichi du guitariste Krister Jonzon, livre avec ce Wheel Of Life un opus nettement meilleur que le précédent, aussi bien sur le plan technique que sur celui de la composition.

Les influences sont ici nombreuses et surtout très identifiables. Le morceau-titre semble ainsi tout droit tiré du Breathless ou du I Can See Your House From Here de Camel, avec sa mélodie bucolique et sa flûte chantante, enrichis de pointes techniques à la Richard Sinclair. On peut également en rapprocher le plus calibré «Alex In Paradise», qui représente le côté plus pop de Camel, sa mélodie agréable étant toutefois transcendée par une belle guitare jazzy très bien intégrée. «At The Speed Of Light» est plus inspiré de Zappa, tandis que l'instrumental «Hindby» est un blues apaisé. Mais les compositions les plus ambitieuses sont au nombre de trois. «When The Earth Meets The Sky» est certainement la meilleure : passages de piano dignes d'un Banks ou d'un Wakeman, accélérations de basse et de guitare typiques de Yes, mélodie 'genesienne' pleine de romantisme et de mélancolie, séquence canlerburienne à l'ambiance tamisée, proche d'un National Health et des Northettes... L'ensemble est spécialement bien troussé et constitue un véritable souffle d'air frais.

Plus difficile d'accès, mais oh combien réjouissant, le morceau «Do U Tango ?», qui détourne la rythmique du tango pour un délire jazz-rock hispanisant effréné, évocateur par moments d'un Al Di Meola. Quant au morceau en deux parties «Masterplan», qui totalise une vingtaine de minutes, il s'avère moins homogène. Tirant sa source du progressif torturé à la King Crimson, des fastes symphoniques d'un Genesis, de l'emphase des Flower Kings ou du côté bucolique du Camel de 1970-75, il affiche une sérieuse faute de goût, le solo de synthétiseur beaucoup trop démonstratif et sans âme de Richard Andersson (employeur de Reingold au sein de Time Requiem): quand à sa deuxième partie, qui conclut l'album, son solo de guitare planant s'avère très attendu, voire téléphoné. Les invités sont d'ailleurs nombreux, de Roine Stolt, auteur d'un très beau solo Latimerien sur «Wheel Of Life», à Tomas Bodin en passant par Hans Bruniusson, pour ne citer que les plus connus. Quant aux musiciens du groupe proprement dit, ils impressionnent tous par leur maîtrise : Reingold, capable de passer de lignes dures à la Squire à des notes au feeling jazzy insolent; Edman, qui prouve qu'il possède un registre vocal et un charisme sonore remarquables; Csörsz, dont le jeu talentueux et aérien semble presque trop naturel; et Jonzon, dont on appréciera tout particulièrement le feeling et la diversité des styles de jeu abordés.

Si cette nouvelle réalisation des Karmakanic peut difficilement être qualifiée de franchement originale, elle prouve en tout cas que l'on peut faire de l'excellent travail, avec des arrangements soignés (une écoute au casque vous le révélera mieux que tout) dans de vieux pots ayant fait leurs preuves. Wheel of Life devrait ainsi réussir à se trouver une bonne place dans les classements de fin d'année !

Lionel GROSJEAN et Jean-Guillaume LANUQUE

(chronique parue dans Big Bang n°55 - Octobre 2004)