BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

A Matter Of Life And Death pochette

PISTES :

. Different World (4:17)
2. These Colours Don't Run (6:52)
3. Brighter Than A Thousand Suns (8:44)
4. The Pilgrim (5:07)
5. The Longest Day (7:48)
6. Out Of The Shadows (5:36)
7. The Reincarnation Of Benjamin Breeg (7:21)
8. For The Greater Good of God (9:24)
9. Lord Of Light (7:23)
10. The Legacy (9:20)

FORMATION :

Bruce Dickinson

(chant)

Steve Harris

(basse)

Janick Gers

(guitare)

Dave Murray

(guitare)

Adrian Smith

(guitare)

Nicko McBrain

(batterie)

IRON MAIDEN

"A Matter Of Life And Death"

Royaume-Uni - 2006

EMI - 72:04

 

 

Ayant depuis le retour des enfants prodigues Bruce Dickinson et Adrian Smith retrouvé l'inspiration, avec deux albums de grande classe, Brave New World et Dance of Death (voir les numéros 37 et 51 de Big BangJ, le groupe vétéran de la New Wave of British Metal, véritable institution du heavy metal, n'a plus rien à prouver. Leur style défini, les six musiciens peuvent donner l'impression de fonctionner désormais en roue libre. Certes, Maiden fait du Maiden, chacun étant toujours bien en place (mention spéciale à Dickinson, une fois de plus), mais il le fait plus ou moins bien. Avec ce nouvel album studio, le quatorzième, on a affaire à un des meilleurs crus de ces dernières années, aussi, voire plus progressif, que Brave New World. Sur les dix morceaux, toujours produits et enregistrés par Kevin Shirley, pas moins de sept atteignent ou dépassent les sept minutes, et trois tutoient les neuf minutes !

La composition y est plus collective, et les textes véhiculent tous une indéniable noirceur, tout comme la pochette (bien plus réussie que celle de Dance of Death), abordant les thèmes de la guerre («These Colours Don't Run», «The Longest Day»), de la menace atomique («Brighter Than a Thousand Suns»), ou du fanatisme religieux («The Pilgrim», «For the Greater Good of God»). Mettons donc d'emblée de côté les trois plus courts morceaux : «Different World», qui ouvre l'album, est un titre très calibré et prévisible, supérieur à «Wildest Dreams» mais inférieur à «The Wicker Man»; «The Pilgrim» s'impose assez vite comme un successeur à l'excellent «The Nomad», avec son ambiance orientalisante du plus bel effet; «Out of the Shadows», enfin, se rapproche davantage d'un «Revelations» (sur Piece of Mind), avec un tempo plus lent, pour une chanson bien agréable et des breaks instrumentaux usant abondamment de la basse et de la guitare, électrique comme acoustique.

Les plus longues compositions, qui possèdent souvent une structure similaire (début en douceur, accélération, refrain lyrique, soli de guitares, retour au début pour la conclusion), présentent toutes un charme particulier, à l'exception peut-être de «The Longest Day». qui ne parvient pas à totalement séduire avec un refrain un peu trop répétitif (en dépit d'une séquence instrumentale très intéressante), et est loin d'égaler, sur le sujet du débarquement, «Paschendale», puissante évocation du premier conflit mondial. Ainsi, «These Colours Don't Run», qui offre au final les traditionnelles vocalises destinées à être entonnées par le public lors des concerts, possède des séquences instrumentales symphoniques très plaisantes. «The Reincarnation of Benjamin Breeg», en apparence plus traditionnel, avec ses harmonies de guitare magnétiques, se détache grâce à une mélodie prenante et des riffs pesants et sombres. «For the Greater Good of God» possède ce souffle épique souvent caractéristique des compositions signées du seul Steve Harris, avec d'amples développements instrumentaux, le refrain étant pour sa part quasiment scandé par Dickinson. «Lord of Light» prend tout son temps pour s'installer, mais fait ensuite parler la poudre pour une mélodie aux accents martiaux. «The Legacy», enfin, est le morceau qui arbore les plus larges arrangements acoustiques, en forme de dentelles de notes, avec un travail vocal approfondi.

Mais le point culminant de A Matter of Life and Death est clairement «Brighter Than a Thousand Suns» : thème envoûtant, orchestrations tantôt subtiles, tantôt plus lourdes, refrain à rebondissements, soli à gogo, tout est réuni pour que ce titre s'impose comme un grand classique. Clin d'œil amusant, Adrian Smith a ressorti sa guitare synthé utilisée à l'époque de Somewhere in Time et Seventh Son of a Seventh Son. Au final, si A Matter of Life and Death ne peut guère briller par son originalité, il confirme tout le bien qu'on peut penser de cet ancêtre incontestable du hard-prog actuel.

Jean-Guillaume LANUQUE

(chronique parue dans Big Bang n°64 - Hiver 2006-2007)