BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Typewriter Concerto pochette

PISTES :

1. Allegro Vivace (5:44)
2. Largo... (6:10)
3. Allegro... (5:16)
4. Finale (0:50)
5. Feeling Of eternity (6:00)
6. Rondo Of The Broken Arm (4:45)
7. Vallis Mariae (3:40)
8. Departure (11:10)

FORMATION :

Alo Mattiisen

(claviers)

Riho Sibul

(guitares)

Peeter Brambat

(flûtes)

Vello Annuk

(basse)

Arvo Urb

(batterie)

Terje Terasmaa

(vibraphone)

Ivo Varts

(machine à écrire [1-4])

A Lend

(cor anglais [5,8])

Jüri Tamm

(électronique)

IN SPE

"Typewriter Concerto In D"

Estonie - 1985

Muséa - 43:39

 

 

Un concerto pour machine à écrire ? Voilà que défilent dans mon esprit, à la lecture de cet intitulé saugrenu, les multiples exemples d'extravagances auto-indulgentes d'une certaine musique dite contemporaine, ne trouvant matière à renouvellement que dans des 'concepts' de plus en plus farfelus et n'apportant finalement rien de vraiment nouveau à la cause musicale.

A priori, l'idée d'Alo Mattiisen, compositeur estonien de formation classique, né en 1961, d'intégrer la machine à écrire à sa palette instrumentale, est du même tonneau. Impression accentuée par ses explications fumeuses comme quoi la confrontation entre la machine et les vrais instruments symboliserait celle entre réalité et rêve. Des paraboles de ce genre, on en a entendu beaucoup !

C'est en 1979 qu'est né In Spe, avec un concept musical qui, malgré une constante évolution stylistique, est resté le même dans ses grandes lignes : créer une "musique rock que l'on puisse appréhender à plusieurs niveaux"... Bref, du rock progressif qui n'oserait pas dire son nom !

Composé en 1984 et enregistré l'année suivante, ce second album du groupe (sept musiciens en plus d'Alo, sans compter le préposé a la fameuse machine...) était jusqu'ici connu sous le nom de Girl On Beach, d'apres sa pochette. Muséa l'a rebaptisé d'après sa pièce maîtresse, une suite de 18 minutes divisée en quatre parties, et remplacé l'un des quatre autres morceaux par un inédit tiré des sessions de l'album.

Pour revenir à la polémique entamée plus haut, l'écoute de ce CD nous mène à un constat plutôt mitigé. Le côté "caprice d'intellectuel" est finalement secondaire, mais cela n'empêche pas la musique d'In Spe de distiller un certain ennui.

On blâmera en priorité l'aspect aseptisé du travail rythmique, dans les sonorités de batterie comme dans l'écriture de ses parties, à la binarité quasi-constante. Ce côté 'pop' contamine inévitablement les autres instruments (synthés pompiers), malgré une richesse de timbres (flûte, xylophone...) qui aurait pu crédibiliser un ensemble aux indéniables qualités mélodiques.

Si l'ensemble s'avère donc moyen, on trouvera pourtant matière dans cet album à un enthousiasme plus franc : deux morceaux, "Feeling Of Eternity" (6:00) et "Departure" (11:10), proposent en effet des ambiances plus en demi-teintes, où le traitement subtil des masses sonores (chœurs lugubres, interventions feutrées de l'orchestre) génère une beauté étrange et émouvante.

Cette réédition ne fera certes pas de l'Estonie un nouvel eldorado progressif, mais a au moins le mérite de nous présenter un compositeur au talent certain, dont on espère entendre bientôt, grâce à Muséa, d'autres œuvres...

Aymeric LEROY

(chronique parue dans Big Bang n°12 - Juillet-Août 1995)