
PISTES :
1. Echo
2. Winter
3. Homecoming
4. Cynic's Gate
5. Autumn
6. Mangroove
7. Summer
8. Faith
9. Spring
10. Oil pressure
FORMATION :
Sev Lewkowicz
(guitares, claviers)
Tim Wheatley
(basse, guitares, chant)
Robert Lipson
(batterie)
Richard Ashworth
(textes)
GRACIOUS!
"Echo"
Royaume-Uni - 1996
Centaur - 54:12
Le terme de "reformation" a-t-il encore un sens, lorsque les seuls ex-membres du groupe en question à y participer n'en sont ni les fondateurs, ni la force créatrice ? La question mérite certes d'être posée, mais finalement, c'est avant tout la qualité de la musique proposée qui importe. Les Yes et autres ELP ont appris à leurs dépens (et aux nôtres, hélas) que le flacon, aussi aguicheur soit-il, ne saurait remplacer l'ivresse...
Bref, du Gracious! de jadis, on ne trouve sur Echo ni Sandy Davis (chant), ni Martin Kitcat (claviers), auteurs de la quasi-totalité du répertoire des deux albums publiés au début des années 70. Alan Cowderoy (guitares) fait certes une - brève et anecdotique - apparition (simple gage de légitimité ?), mais seuls Tim Wheatley (basse) et Robert Lipson (batterie) ont vraiment repris du service, flanqués de deux nouveaux-venus (pas tous jeunes pour autant), Sev Lewkowicz (chant, claviers et guitares) et Richard Ashworth (textes).
On ne peut guère douter de la sincérité des motivations des deux musiciens : tous deux ont brillamment réussi leur reconversion professionnelle, et même si l'offre des Japonais (encore eux !) leur ayant commandé ce disque a dû être conséquente, le seul appât du gain n'a sans doute pas joué un rôle majeur. D'ailleurs, le contenu musical de cet Echo témoigne d'une authentique ambition progressive, celle-ci s'exprimant essentiellement par le biais de trois longs morceaux : "Oil Pressure" (9:08), "Faith" (9:41) et "Echo" (13:54).
Pour autant, ce Gracious! nouveau n'évoque guère son lointain prédécesseur. C'est normal, puisque Lewkowicz monopolise l'attention, que ce soit en tant que chanteur ou en tant que claviériste. En effet, les claviers dominent nettement le son, s'exprimant même à plusieurs reprises en soliste. La guitare est plus rarement mise en avant, et d'ailleurs dans ces cas (notamment pour le vibrant solo final du morceau-titre) elle est tenue par un invité, Stuart Turner. Ce parti-pris a de quoi étonner (positivement) de la part du groupe.
Mais c'est surtout dans le style que Echo se distingue des œuvres passées du groupe. Il est en effet construit sur des rythmes assez lents, des arrangements aux accents dramatiques, et des parties vocales qui n'ont rien de guilleret. C'est d'ailleurs à ce niveau que Gracious! prête le plus le flanc à la critique, car les options de Sev Lewkowicz en la matière peuvent irriter : souvent forcée, cultivant des intonations artificiellement graves et rauques, sa voix semble vouloir s'écarter de son registre naturel. Dommage...
On pardonnera en revanche au quatuor, eu égard aux bonnes intentions qu'il affiche par ailleurs, deux titres plus courts et commerciaux, moins inspirés, même si ceux-ci tendent à rompre l'unité voulue. A propos d'unité, il est intéressant de noter qu'ont été insérés entre les morceaux quatre courts interludes instrumentaux portant chacun le nom d'une saison. Un concept-album avec pour thème les saisons ? Tel devait être la formule adoptée par Gracious! en 1969, lors d'un premier opus qui ne vit jamais le jour. La boucle est bouclée...
Sans révolutionner notablement le genre, ni prétendre dominer la scène progressive actuelle, Echo est néanmoins un album plaisant, d'autant plus qu'il témoigne de l'attachement de musiciens, au-delà des époques, à un style musical se voulant justement intemporel. Gracious! honore la cause progressive de son aura prestigieuse, et nous ne pouvons que lui en être reconnaissants.
Aymeric LEROY
Trois questions à Robert LIPSON & Richard ASHWORTH :
Est-il vraiment pertinent d'avoir conservé le nom de Gracious!, alors que Sev Lewkowicz, qui assure toutes les tâches de premier plan sur cet album, est une nouvelle recrue, et que son style vocal, notamment, est très différent de celui de Sandy Davis ?
Nous pensons que la musique que contient Echo est assez proche de ce que Gracious! ferait aujourd'hui s'il ne s'était pas séparé il y a 25 ans... Concernant Sev, il joue effectivement un rôle très important dans le groupe, mais nous sommes tous impliqués dans la composition et les arrangements. Quant à son style vocal, nous en sommes très satisfaits. C'est évidemment une question de goût, mais nous l'aimons beaucoup,
Pourquoi avez-vous mis tant de temps à concrétiser ce projet, annoncé dans nos colonnes il y a déjà deux ans ?
Oh, vous savez, ça se passe toujours un peu comme ça dans le milieu musical... Nous avons mis à peu près un an à boucler l'enregistrement, puis il a fallu une autre année pour que le disque finisse par sortir... Si bien que nous avons déjà commencé à écrire l'album suivant !
Justement, quels sont vos projets pour l'avenir proche ?
Eh bien, nous avons déjà deux nouveaux titres quasiment prêts... Et puis nous espérons faire notre retour sur scène avant la fin de l'année. La formation 'live' du groupe devrait comprendre, en plus de Tim, Rob et Sev, Stuart Turner en guitariste soiiste, un second claviériste, et peut-être une choriste...
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°16 - Été 1996)

