BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

The Universe Also Collapses pochette

PISTES :

1. Forever Reoccurring (20:37)
2. If Never I'm and Ever You (2:27)
3. My Sawtooth Wake (13:14)
4. The Elemental (6:43)

FORMATION :

Kavus Torabi

(chant, guitares, harmonium)

Fabio Golfetti

(guitare, chant)

Ian East

(saxophones, flûte, clarinette basse)

Dave Sturt

(basse, synthétiseurs, chant)

Cheb Nettles

(batterie, piano, theremin, chant)

GONG

"The Universe Also Collapses"

France - 2019

Kscope - 43:01

 

 

"Remember, there is only now..." Tel est le mantra ultime scandé sur toute la fin du dernier titre de The Universe Also Collapses, "The Elemental" (à compter de 4:51), semblable à la première phrase du titre introductif, "Forever Reoccuring" :"There is only now you know." Et c'est l'un des messages, autant internes qu'externes, portés par l'entité musicale appelée Gong. Là où Rejoice! I'm Dead! (2016) faisait comme un écrin commémoratif au départ éthéré du fondateur Daevid Allen, The Universe Also Collapses marque un changement dans la continuité : si Daevid n'est plus là, Gong bénéficie toujours de sa présence. Daevid est partout, et surtout, son idée - Gong - est toujours l'expression de sa volonté. Et c'est aussi cet aspect qui fait que le groupe tel qu'il existe actuellement est Gong !

Ainsi, le quintette a travaillé sans trace d'enregistrements ou de compositions de Daevid Allen ni invités comme sur le précédent album. The Universe Also Collapses est l'expression de cette nouvelle forme gongienne. Et cette expression traduit un retour à un psychédélisme que Gong avait parfois laissé de côté, notamment sur Rejoice! I'm Dead! Et I See You (2014). Pour autant, la tournure psychédélique de ce nouvel album n'est pas le rapatriement vers quelque chose de déjà entendu chez Gong. C'est différent, nouveau, et pourtant... Pourtant, "The Elemental" déjà évoqué commence plutôt comme une chanson de Jo Jackson ou de... Knifeworld (réécoutez "The Germ Inside" sur Bottled Out Of Eden [2016]) ! Autant vous dire que Kavus Torabi ne semble pas être juste le chanteur et un des guitaristes de Gong, il en est une forme motrice importante même si la démocratie du groupe est tout autant à l'oeuvre qu'au temps de Daevid Allen. Cela s'entend sur le long "Forever Reoccuring" (20:36) construit autour de répétitions et variations du riff premier - dans une déclinaison de guitares et de saxophones très proche de la musique de Steve Hillage, autre membre de la grande famille. D'ailleurs, la nouvelle mouture du Steve Hillage Band qui va tourner en Angleterre cette année - pour un quarantième anniversaire qui s'annonce épique - verra les musiciens de Gong servir de backing band au grand Steve. Les pièces du puzzle sont en place pour que nous ayons affaire à une expérience sensorielle particulière. Aucun étonnement au regard de la déclaration de Kavus : "J'ai envie d'entendre de la musique qui me donne l'impression d'être sous l'effet de drogues..." Eh bien, aucun souci ! Avec The Universe Also Collapses, le seul dealer dont vous ayez besoin est votre disquaire préféré. Aucun crainte quant aux effets secondaires, aucun soupçon de produit frelaté. Comme on dit, c'est de la bonne ! Entre les croisements des guitares de Kavus et Fabio Golfetti et les interventions des saxophones de Ian East, la rythmique de Dave Sturt (basse) et Cheb Nettles (batterie), l'album est tout autant planant qu'il se trouve parfois dansant ("My Sawtooth Wake"). Avoir quatre chanteurs sur cinq membres est un autre avantage qui apporte une dimension supplémentaire, les chorus étant partout, comme chants et comme effets. Enfin, l'enregistrement et le mixage ayant été confiés à Frank Byng, lui-même batteur et percussionniste, on obtient un savant mélange dont toutes les qualités ressortent, que ce soit à faible ou à fort volume.

Bref, vous l'aurez peut-être compris, mais ce nouvel album de Gong n'est aucunement une tromperie sur la marchandise. C'est annoncé comme étant du Gong, et c'en est. D'aucuns vous diront qu'il y a de la pomme dedans ou qu'ils connaissaient une Polonaise qui en prenait au petit déjeuner. Ne les écoutez pas trop, ce n'est pas vraiment du brutal. C'est plutôt sidéral et ça se déguste comme un space cake. Mélangez avec une boisson concoctée dans une théière volante et alternez avec le premier album solo d'Ed Wynne (Ozric Tentacles), également chroniqué dans ce numéro et qui, tiens tiens !, ouvrira les concerts de la tournée annoncée de Gong. Et maintenant, décollage immédiat, laissez s'ouvrir vos chakras !

Cependant, désolé, The Universe Also Collapses n'est pas un album de rock progressif ni un disque de jazz fusion (quoique ?). Ce n'est pas moi qui le dis, c'est Kavus Torabi ! Au final, on s'en fout un peu, c'est un pur disque psychédélique comme seul peut-être Gong était en capacité de le réaliser. Et comme de toute façon, il n'y a que maintenant et que l'univers s'effondre...

Henri VAUGRAND

(chronique parue dans Big Bang n°106 - Mai 2019)