BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Night pochette

PISTES :

1. Dream Of Stone (17:00)
2. Chequered Light Buildings (6:34)
3. Upside Down (9:41)
4. Valerie's Friend (6:29)
5. Massive Illusion (13:37)

FORMATION :

Jan Henrik Ohme

(chant, chœurs)

Thomas Andersen

(piano, claviers, programmations)

Jon-Arne Vilbo

(guitares)

Mikael Krømer

(violons, programmations)

Kristian Olav Torp

(basse)

Robert Risberget Johansen

(batterie, percussions)

EXTRAITS AUDIO :

GAZPACHO

"Night"

Norvège - 2007

Intact Records - 53:21

 

 

Au moment où vous lirez ces lignes, vous aurez peut-être déjà été "déçu" par le nouvel album de Marillion. Non pas que Somewhere Else soit mauvais, mais il fait preuve à mon goût d'une trop grande sagesse pour susciter autre chose que des écoutes polies et somme toute un peu distantes. Pourquoi évoquer ici cependant le groupe anglais ? Tout simplement car les musiciens de Gazpacho et Marillion nourissent depuis quelques années de solides relations amicales qui ont d'ailleurs conduit les seconds à inviter régulièrement les premiers à jouer en première partie de leurs concerts et récemment à participer à leur convention annuelle (Steve Rothery a même fait une apparaition sur un titre du précédent opus de Gazpacho). Certes. Mais le lien (donc la pertinence de cette introduction) entre les deux formations ne s'arrête pas là, car Night apparaît grosso modo comme l'album que l'on aurait finalement espéré de Marillion...

Proche parent de Marbles, Night s'avère en effet le parfait prolongement de celui-ci. L'ambition dont s'est privée Marillion sur Somewhere Else apparaît ici comme par magie, Gazpacho reprenant à son compte et avec un incroyable brio l'univers musical (récent) de nos chers anglais. Pas de clone à craindre ici donc, mais plutôt un jeune élève débordant de fougue et d'enthousiasme pour élaborer sa propre alchimie progressive... Car, dans le style qu'il s'est choisi, Night déborde de cette brillance atmosphérique qui invite d'entrée à la plus vive admiration. Gazpacho, chantre d'un progressif mélancolique qui se décline en d'incessantes vagues hypnotiques, fait à mes yeux un sans faute qui le propulse parmi les révélations de ce début d'année. Bon OK, ces Norvégiens n'en sont pas à leur débuts (il s'agit ici en fait de leur cinquième album), mais Night passe en revue et de la plus belle des manières tous les atouts exposés jusqu'à présent par ses géniteurs. Ce concept album, censé nous faire comprendre combien rêve et réalité n'ont de cesse de se confondre, ne comportait initiallement qu'une seule pièce, que le groupe a finalement décidé de scinder en cinq compositions (17, 6, 10, 6 et 14 minutes). Ces dernières comportent certes quelques 'gimmicks' évoquant immanquablement le Marillion époque récente, comme le chant plaintif de Jan Henrik Ohme (dont la voix est d'ailleurs assez proche de celle de Steve Hogarth), quelques savoureux solos de guitare, ce mid-tempo lancinant ou les parties de guitares acoustiques réhaussées de touches de piano, mais elles transcendent le plus souvent ces influences mimétiques. Gazpacho est ainsi bien plus affranchi que son mentor d'un certain penchant vers une pop de luxe, délaissant les accroches mélodiques pour une écriture plus profonde offrant aux musiciens une architecture formelle des plus soignées pour accueillir leurs développement instrumentaux. De plus, Gazpacho offre à ce Night quelques spécificités liées à son appartenance géographique (une sorte de froide sensualité, même si ces termes peuvent sembler antinomiques) ou à sa culture classique comme ce violon qui apportent de nouvelles enluminures romantiques à cette musique d'ores et déjà pourvues de joyaux de la sorte.

Dire au final que je suis séduit par cette formation, que je connaissais finalement assez mal, s'avère très largement au dessous de la vérité. Gazpacho crée en effet une musique sensible qui affleure l'âme par un incessant ressac émotionnel, mais qui simultanément laisse un profond sentiment de plénitude auditif... Night, contrairement à certaines œuvres qui éblouissent par leur capacité à mixer des séquences/styles disparates, fait preuve d'une totale homogénéité, trouvant un rare équilibre entre modernité et "universalité" progressive. Pari ambitieux, mais pari réussi !

Olivier PELLETANT

(chronique parue dans Big Bang n°65 - Avril 2007)